Kombouaré : «C'est un combat tous les jours» (L'Equipe)
FF

Kombouaré : «C'est un combat tous les jours»

FF

Kombouaré : «C'est un combat tous les jours»

Dans l'ouvrage «Paroles d'un footballeur kanak» (éditions Au vent des îles), Antoine Kombouaré se livre sous forme d'entretiens avec Walles Kotra, directeur de la chaîne de télévision Nouvelle-Calédonie 1re et président du conseil d'administration du Centre culturel Tjibaou, au sujet de sa riche carrière et de son itinéraire peu commun. Très discret dans les médias, l'ancien défenseur central s'y confie comme jamais sur sa personnalité, ses valeurs, ses blessures, Nantes, le PSG. Entretien avec l'authentique entraineur de Lens et son confident.

«Pourquoi cet ouvrage ?
Antoine Kombouaré : L’instigateur, l’initiateur, est là (il montre Walles Kotra, assis à côté de lui). Ça ne pouvait se faire qu’avec un Océanien, un gars de la Nouvelle-Calédonie. J’ai eu beaucoup de demandes en métropole depuis vingt ans. J’ai toujours refusé car je ne voyais pas l’utilité. Là, Walles étant aussi Kanak que moi, c’était la personne qui pouvait non seulement comprendre ce que je pouvais dire, mais aussi prendre le temps avec moi. C’est un petit ouvrage mais ça a mis presque quatre ans car il y a plusieurs fois où j’ai dit : "C’est bon, on s’arrête". Et lui a trouvé les mots, le temps. Après, la confiance était avec lui. Dans le travail, c’est constamment un déchirement, une bagarre ; en tant que Kanak, il peut me comprendre. Les raisons ? Walles me dit que c’est important pour nos jeunes. Pour moi, ce n’est pas facile. Ici, je fais un travail, mais je ne veux pas servir d’exemple. Après, je comprends la démarche, on n’est pas beaucoup de Calédoniens, de Kanaks, à être sortis de là-bas, alors si ça peut inspirer certains jeunes, pourquoi pas ? Moi, j’espère être un exemple pour mes enfants, après… Vous avez vu, je suis assez discret au niveau des médias, etc.
Walles Kotra : Il y a aussi le fait qu’Antoine a atteint un parcours de vie, il a 50 ans, où on fait un point. Il peut servir d’exemple aux jeunes du pays, car il part de l’infiniment petit. Chez nous, en Océanie, c’est ça, son petit village, sa petite famille, il grimpe il grimpe... (Antoine Kombouaré coupe en disant : L’Ile des Pins, c’est 1 200 habitants...) Ce qui m’intéressait, c’était de se demander : "Qu’est-ce qu’il y a dans les tripes de quelqu’un, pour partir de sa maison à Plum où il n’y avait pas d’électricité au moment du départ, partir d’un petit club qui n’est même pas de Nouméa, et arriver au Paris Saint-Germain comme joueur puis comme entraineur en passant par Valenciennes, etc ?" Il n’y a pas seulement de la technique, de la communication, il y a quelque chose d’autre. C’est ça qui m’intéressait. Essayons de remonter la rivière pour savoir d’où ça vient. Surtout dans le monde du football où aujourd’hui, c’est de la communication, beaucoup d’argent, des postures, etc. Là, on dit : "Allons sur quatre ans discuter de tout et de rien, des choses simples, et essayer de comprendre un tel itinéraire". Je parle des jeunes de Nouvelle-Calédonie, mais je pense que ça sert à tous les autres jeunes qui pourront le lire.
AK : En gros, c’était mettre des mots sur un parcours. Et ça a été fait car c’était sous forme d’entretiens, ce qui me convenait très bien (rires).
WK : On se met à un niveau d’hommes. Antoine n’est pas dans un parcours de promotion et moi, je ne suis pas là pour faire un coup biographique.

Vous êtes donc ravis de cet ouvrage ?
AK : Oui...
WK : C’était important de le faire.

Antoine, vous qui êtes assez peu bavard, ça n’a pas dû être facile de vous confier ?
Il y a eu plusieurs fois des moments de rejet. Ce qui est difficile pour moi, c’est qu’au-delà de parler de foot - déjà je n’aime pas ça - ça va dans quelque chose d’intime. Tout ce qui touche aux grands-parents, mes parents, mon épouse, ma famille… Ça a été très dur.
WK : Le deal, finalement, c’était de dire "s’il y a une phrase gênante, on la supprime". Finalement, aucune n’a été supprimée. C’est un exercice difficile.
AK : Je ne sais pas faire ça mais après, c’est parce que j’aime aussi. Certains le font facilement. Pas moi. Ça ne pouvait donc se faire qu’avec Walles qui était la base, le "poteau" comme on dit chez nous, il a fait bloc.
WK : On l’a fait ici (Paris), Lens, Arras, en Polynésie, à Tahiti... Il n’y a pas eu de pression sur les choses. Si ça ne débouchait pas sur un livre, tant pis. L’idée, c’était de le faire sincèrement.

Walles Kotra, ça a été difficile de faire en sorte qu’Antoine se confie ?
Il a fallu créer cette relation dont il parle, et en même temps, cette intimité. Quand on est seuls chez lui, on dit des choses... (AK coupe en souriant : «Pourtant, il y a l’épouse qui est là...») On s’isole. Il se trouve que dans notre culture kanak, souvent les choses importantes se disent à voix basse, comme je le dis dans l’introduction. On a retrouvé ce niveau de voix. Ce n’est pas parce qu’on parle doucement qu’on ne dit pas des choses importantes. Plus c’est important, plus on chuchote, même. C’est culturel. Après, l’exercice difficile a été de se demander si on allait mettre publiquement ce qu’on se disait dans l’intimité. Et là, l’éditeur Christian Robert a aussi joué son rôle. On a estimé finalement que le travail réalisé respectait surtout Koulone (le prénom kanak d’Antoine Kombouaré) et ce qu’il avait dit.
AK : Walles m’envoyait le travail qu’il effectuait sur les entretiens au fur et à mesure, et je devais lire et valider. Mais je n’ai jamais lu... Jamais, car je lui faisais confiance. Je n’ai même pas encore lu le bouquin.
Kombouaré Nouvelle Calédonie (L'Equipe)
Kombouaré Nouvelle Calédonie (L'Equipe)
« Toute ma famille et mes copains me disent que je suis fou. Mais moi je fais ma vie»
Vous parlez de votre enfance et de valeurs importantes transmises qui ont forgé votre personnalité et votre personne (respect des anciens, apprentissage du respect de l’autre), de l’éducation kanak... Ce sont des valeurs qui continuent d’être importantes à vos yeux ?
Non seulement, ça continue d’être important, mais le pire pour mes joueurs, c’est que je l’applique dans mon travail. C’est pour ça que ce n’est pas toujours facile... De temps en temps, ça clashe un peu et j’ai des fois des réactions épidermiques. Mais ça va avec ce que je suis, je ne mens pas, je suis cash. Bien sûr, j’ai toujours le respect de l’ancien, du patron, du président. Mais après... C’est une lutte aussi. Ça a été ça toute ma carrière. Entre le monde kanak où il est question d’humilité, de chuchotements, de respect et là, mon milieu dans lequel je travaille où c’est la bagarre, où il faut écraser l’adversaire et même les partenaires car vous êtes en concurrence avec eux, ce n’est pas facile. Après, je suis passé au rôle d’éducateur, ça a été bien. Je pense que je n’aurais pas pu passer directement à coach professionnel. Ces quatre ans là (au PSG) m’ont permis d’apprendre mon métier, de passer cette étape difficile et de trouver le bon équilibre. Apprendre au contact des gens, sans me renier, sans renier mes origines. C’est un combat tous les jours.

D’autant plus avec vos jeunes Lensois ?
AK : Avec les jeunes et les joueurs tout court. Avec les jeunes, c’est à la limite plus facile car ils sont bruts de décoffrage donc vous les formatez comme vous le souhaitez. Le plus dur, c’est avec les autres, dans le management. Faire comprendre que ok, un joueur important qui gagne beaucoup d’argent, c’est bien, mais il y a des valeurs, des règles. Ce sont les leçons de la vie.
WK : Ce que je vois de l’extérieur, dans l’itinéraire, c’est qu’il y a à la fois la technicité et les valeurs. Ca rejoint deux mondes. Son monde kanak lui a donné des valeurs et ensuite, Suaudeau (ancien entraineur de Nantes) et les gens qui lui ont donné la technicité, c’est la synthèse des deux qui permet à un homme d’être un "homme débout", comme on dit chez nous. C’est un homme qui sait respecter et se faire respecter. Je crois qu’Antoine a réussi cette combinaison entre les deux. Les valeurs qu’il a apportées du monde kanak lui ont permis d’être debout dans l’autre monde.

Walles, vous écrivez : «Ses paroles ressemblent à notre océan pacifique. A la fois fragiles et puissantes. Paisibles et rugissantes». Avez-vous vu Antoine évoluer au fil du temps ?  
Je pense qu’il gagne en consistance. Je vois encore cette année qu’il y a des enjeux importants avec Lens et qu’il faut à la fois de la technicité et mener les hommes. Plus ça va, plus cette dimension humaine devient dominante, bizarrement. Après, il est toujours le même dans sa volonté de ne pas trop parler, communiquer. Il est un peu "sauvage" sur les bords.

Où le voyez-vous dans cinq, dix ans ?
WK : Je ne sais pas, peut-être sur un terrain de golf (rires). Ce n’est pas un homme qui programme sa carrière. Je suis très frappé de voir à chaque fois comment il bascule. Exemple : Après Paris, il va à Sion où personne ne l’attend. Puis, alors qu’il veut aller en Angleterre, le président de Lens vient et tape deux fois à la porte… C’est bien dans le monde du football aujourd’hui que tout ne soit pas programmé. Il n’y a pas de plan de carrière.
AK : Moi, je ne calcule pas et je ne réfléchis pas en termes de carrière en me disant : "Je ne vais pas là car si j’y vais, ça va me fermer des portes". Pour preuve, mon parcours. Déjà, quand je suis en fin de contrat à Nantes, j’ai des clubs importants comme Monaco, Saint-Etienne, le PSG, et je vais à Toulon. Puis après, je suis allé au PSG. A Paris, il me reste deux ans de contrat, j’ai 33 ans et la possibilité d’une reconversion, et, car la vie de famille est un peu compliquée à ce moment-là, je pars à Sion, 25 000 habitants. Alors que j’ai des clubs anglais... Je vais là-bas car j’ai envie de me retrouver, car je commence un peu à "partir en live". Pareil dans ma carrière d’entraineur. J’ai la chance que Strasbourg en D1 me demande et je fais un an et demi super. J’ai des contacts avec des clubs de L1, et je vais à Valenciennes en National. Toute ma famille et mes copains me disent que je suis fou. Mais moi je fais ma vie. Ensuite je viens au PSG. A la fin de cette expérience, je pense avoir une petite notoriété, et... je vais en Arabie Saoudite. Idem quand j’en reviens, trois clubs de L1 sont intéressés et je vais à Lens en Ligue 2... Je fais mon parcours, mes rencontres avec des gens que je vais sentir, qui vont me faire passer un message. C’est plus l’aspect humain qui m’intéresse. J’ai la chance aujourd’hui de pouvoir dire : "Je peux choisir" et faire un peu ce que je souhaite. Et je vais aller vers des projets qui vont plus me parler.
Kombouaré buteur en 1993 (L'Equipe)
Kombouaré buteur en 1993 (L'Equipe)
«Il n'y a pas de regret mais pas d'échec non plus»
Vous n’avez pas de regrets ?
Non, pfff... J’avance. Il n’y a pas d’échec pour moi. Pas de regret de ne pas être allé à l’OM après Toulon ? Non seulement, il n’y a pas de regret mais pas d’échec non plus. C’est le parcours d’un homme, on ne parle pas d’entraineur là. Il y a des hauts et des bas, comme dans la vie de tous les jours. Qui je suis, moi, avec mon parcours d’entraineur pour dire:  "Je veux n’avoir que des succès" ? Même les plus grands ont connu des soucis, comme Aimé Jacquet... Quand j’ai été viré la première fois de Strasbourg, Coco Suaudeau, mon mentor, me dit : "Ca y est Antoine, tu es un vrai entraineur ! Car tu sais maintenant ce que c’est".

Le livre est dédié à votre grand-mère, qui vous a élevé avec votre grand-père ?
Exact. C’est important pour moi parce que j’ai toujours le sentiment qu’elle m’accompagne tout le temps. Je sens qu’elle est toujours bienveillante, au-dessus de ma tête. Si j’ai ce parcours exceptionnel, c’est car elle a toujours été là. Je lui dois tout.

Après Nantes et Toulon, vous avez progressé au PSG puis il y a ce but face au Real Madrid...
C’est le but qui me permet de rentrer sur le terrain médiatique un peu à l’égal de Ginola, Weah, Ricardo, etc. Il y avait des stars et moi j’étais un bon joueur de club, de complément. Ce jour-là, ça m’a permis de me révéler au grand jour. C’est le but qui marque une génération car, après, ils sont tous partis, les Weah, Ginola, Valdo… On a fait vibrer la France entière avec ce match contre le Real.

Ce but, c’est «l’oeuvre» de votre vie ?
Ah non. Pour moi, les plus grands moments, ce sont surtout les victoires collectives. J’ai aimé cette équipe qui a été championne de France avec le PSG (1994). Pour en revenir au fameux but, je rigole car beaucoup de gens me disent : "J’étais au Parc". A les entendre, il y avait 300 000 personnes au Parc (rires) !
WK : Quand Antoine revient au PSG comme entraineur lors d’une période difficile avec les supporters, bizarrement, ce but-là lui a permis une relation avec les supporters. Antoine a un statut avec eux. Je trouve ça fabuleux.
AK : Oui, il y a toujours un énorme respect, c’est ça qui est bien. Les gens n’oublient pas.

Quel regard portez-vous sur votre parcours ?
Ce n’est que du bonheur. J’ai la chance d’avoir pu vivre des choses que je pensais inatteignables, vu d’où je viens, à 20 000 kilomètres... Jamais je ne pensais être footballeur professionnel. D’ailleurs, ce n’était pas un de mes rêves. Je voulais devenir prof de gym. Et j’ai eu la chance de faire une belle carrière. Puis, j’ai basculé dans le métier d’entraineur mais au départ, c’était la formation qui me plaisait.
WK : La leçon de cet itinéraire, c’est qu’il n’y a pas de limites pour un homme qui en veut. Quel que soit l’endroit d’où il vient, la banlieue, la campagne, etc, c’est possible. La deuxième chose, c’est que tu n’es pas obligé de tout détruire pour avancer. Des gens peuvent réussir en respectant les choses.
AK : Je ne veux surtout pas donner de conseils, mais l’idée, c’est que je parle de mon parcours ici, et si les jeunes, les gens, veulent s’en inspirer… Encore une fois, il n’y a pas d’échec. Quand il y a un passage difficile, on reprend le sac derrière et on repart au combat, on avance. Partout où je suis passé, je n’ai jamais eu aucun souci avec mes anciens employeurs. Ce n’est que du foot, hein.
Kombouaré Pastore (L'Equipe)
Kombouaré Pastore (L'Equipe)
«Quand j'ai quitté le PSG, c'était un soulagement»
Vous n’êtes pas nombreux à avoir cet état d’esprit-là...
Oui, on parlait de mes origines, de mon éducation mais c’est aussi se construire comme ça. Bien comprendre les règles du métier dans lequel je me trouve. Je sais qu’entraineur, à tout moment, ça peut s’arrêter. Alors, c’est bien de le dire. Mais le jour où ça se passe mal, tu montes au créneau en criant de partout et disant que ce n’est pas normal, etc ? Mais si, c’est normal, ce sont les règles. Moi, je l’ai appris à travers les expériences. Tu peux être viré en étant dernier, souvent, mais aussi en étant premier : et alors, qu’est-ce que ça change ? C’est le patron là-haut qui décide, point.

Vous avez justement été remercié du PSG alors que vous étiez leader de L1 en décembre 2011. On peut avoir du mal à comprendre que vous le preniez bien et que vos ruptures se passent toujours bien...
Il y a le côté respect du patron qui est là, le côté pudique aussi, car je ne veux pas que ces affaires soient étalées sur la place publique. Puis, il y a mon éducation. Le principal, c’est qu’on respecte mon contrat puis après je m’en vais. Il y a le côté fier aussi, je ne vais pas me mettre à genoux et demander à rester. Vous ne voulez pas de moi ? Eh ben allez, je m’en vais, la route est tracée et je trace mon parcours. Je n’ai envie que d’une chose : rebondir. Que ce soit à Strasbourg qui m’a lancé en L1 ou le PSG, je ne les remercierai jamais assez. Au PSG, ils m’ont donné l’occasion de gagner des trophées en tant que joueur- presque six ans-, m’ont donné la possibilité d’apprendre mon métier (quatre ans) puis j’ai entrainé l’équipe première, ce que je ne pensais jamais pouvoir faire. Il ne manquerait plus que je leur crache dessus… Et je suis payé en plus... Je comprends que la famille, les amis, etc, puissent dire "c’est une injustice, etc", mais ils ne sont pas à ma place et n’ont pas vécu ce que j’ai vécu. Quand j’ai quitté le PSG, c’était un soulagement. On se demandait si Kombouaré allait être remplacé par Mourinho, Ancelotti, etc. Le climat dans lequel j’étais ne me plaisait plus. J’ai passé douze-treize ans magnifiques au PSG et je n’ai aucun souci avec eux. Ce n’est que du foot.

Vous n’avez vraiment jamais eu de déchirement ?
Non, car dès le départ il s’agit de comprendre les règles. Et de me forger une carapace. Il ne manquerait plus que je me plaigne. Il y a des gens plus malheureux que nous, sans déconner. OK, sur le plan du foot, je reconnais que j’aurais pu rester, mais si le patron te dit que c’est fini, qu’il te donne ton argent, tu t’en vas. Sois digne et avance. Ce sont des valeurs que je prône aussi dans mon travail avec mes jeunes. Quand tu perds un match, on est déçus mais après on fait quoi, on s’arrête là ? L’avantage, c’est qu’on a un autre match derrière pour essayer de se rattraper.

Pensez-vous que votre personnalité peut encore évoluer ?
Je ne me pose pas ce genre de questions. Par rapport au côté cash, je pense que j’évolue dans le bon sens. Pour preuve, je n’ai plus de souci avec le corps arbitral. Ça se passe super bien, j’ai appris à prendre beaucoup de recul, à me canaliser, à accepter les décisions, ce qui n’est pas toujours facile. Quand on est un petit club, on a parfois le sentiment de ne pas être écouté.

Un regret de ne pas avoir été sélectionné en équipe de France ?
Pff... J’ai eu la chance de voir mon petit frangin Christian Karembeu, alias «Lali», en Bleu. Le voir, l’accompagner... C’est mon bonheur.
kombouaré (antoine) (L'Equipe)
kombouaré (antoine) (L'Equipe)
«C'est un peu de la psychanalyse, ça te vide, ça dépoussière un peu»
Vous avez adoré votre expérience à Aberdeen (1996-98), est-ce qu’entrainer un jour en Ecosse vous dirait ?
Je n’ai pas de plan de carrière, donc pourquoi pas ? Ça se joue avec les rencontres, mon humeur du moment... Je ne mets pas de limite, il n’y a pas d’endroit où je ne voudrais pas aller. La preuve, je suis allé en Arabie Saoudite. Il faut y aller là-bas…

Pourquoi pas en Ecosse, donc, comme pourquoi pas une quatrième expérience à Paris ?
... Même réponse. Je n’ai pas de plan de carrière...

Vous avez quitté la Nouvelle-Calédonie à 18 ans mais vous en parlez beaucoup. Vous y retournez fréquemment quand vous le pouvez ?
Non, c’est très rare. J’y suis retourné justement pour la promotion du livre. Il y avait le salon du livre et aussi le séminaire des entraineurs.

La voyez-vous différemment avec l'âge et l'expérience emmagasinée ?
Oui. Car, comme j’y vais très rarement, je vois des constructions nouvelles à chaque fois, beaucoup d’améliorations. C’est un pays qui se transforme, qui évolue. C’est bien. Après, c’est un peu l’objet du livre, on parle du destin commun, il y a l’avenir du pays. Il y a un processus politique qui se met en place.
WK : La question qui se pose est : quel est l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, comment on construit le pays ensemble là-bas ? Il y a des échéances précises entre 2014 et 2018, il y a un référendum... C’est compliqué, c’est une question difficile pour une petite communauté comme nous. L’exemple d’Antoine, c’est aussi de dire que ce n’est pas parce que c’est compliqué, qu’on ne peut pas trouver de solution. Il faut y aller. A la limite, plus c’est compliqué, et plus on va s’investir.
AK : Il y a aussi l’idée de s’élever par rapport au débat.
WK : Plus grand que son territoire. On a déjà trouvé des solutions dans des situations compliquées dans le passé comme avec les accords de Matignon. Quand on trouve une solution dans un tel cas, on se grandit tous. Il y a trente ans de cogestion dans ce pays et maintenant, il faut trouver une solution pour l’avenir. Ce n’est pas facile mais tout le monde y travaille.

Faire cet ouvrage, cela a été une belle expérience ?
Là, c’est encore à chaud, mais cela a été un exercice très difficile en ce qui me concerne. Maintenant que ça a été fait, moi, j’avance. Ca y est, c’est fait, c’est une bonne chose et je remercie Walles.

Ça vous a fait du bien ?
Peut-être que quelque part, c’est un moyen de franchir un cap. De parler et me libérer de certaines choses aussi. C’est un peu de la psychanalyse, ça te vide, ça dépoussière un peu.
WK : En dehors de l’univers du football, je m’intéresse beaucoup à notre région pacifique qui est un univers de petites iles et communautés. Quand on est très petit, c’est important d’exister. Je trouve que l’itinéraire d’Antoine est un hommage à tous les vieux du Pacifique. Pour exister, être, survivre, il faut être plus grand que sa petite île. Il faut aller au-delà, trouver des valeurs, combattre, sinon on disparait. A chaque fois, on redresse la tête. De ces petites îles-là, des hommes peuvent s’élever. C’est très marrant car c’est le hasard de notre histoire commune qui fait qu’on se retrouve tous les deux à Paris (rires).»

Propos recueillis par Emmanuel Langellier

Deuxième partie : Kombouaré : «J'irai jusqu'au bout»
Réagissez à cet article
500 caractères max