Antoine Kombouaré pose avec le sourire (L'Equipe)
FF - Lens

Kombouaré : «J'irai jusqu'au bout»

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Kombouaré : «J'irai jusqu'au bout»

Avant d'affronter Lorient (20e) dans un match de la peur ce samedi lors de la reprise de la Ligue 1, Antoine Kombouaré se confie pour Francefootball.fr sur la situation du RC Lens (19e). Une situation actuelle, certes, compliquée, mais que l'ancien défenseur central, sous contrat jusqu'en 2016, a bon espoir d'améliorer.

«Antoine Kombouaré, vous dites dans votre livre «Paroles d’un footballeur kanak» (éditions Au vent des îles) à propos de Lens : «J'aime le combat des petits». Après treize journées, le RCL est 19e. Avez-vous bon espoir d’améliorer ce classement ?
Oui, non seulement j’ai bon espoir, mais on y croit fermement. Après, on sait qu’on a des soucis, mais ce ne doit surtout pas être une excuse. Donc, il faut avoir la force, la conviction et la détermination pour remonter la pente. Et aller chercher les points pour le maintien. L’avantage du Championnat, c’est que c’est un marathon, donc il y a une position qu’on a aujourd’hui à la journée 13. Moi, ce qui m’intéresse, c’est de savoir où on sera à la 36e, 37e, 38e journée.

Le prochain match à Lorient (20e un point derrière), ce samedi (20h00), peut-il déjà être un tournant dans cette saison ?
Ce sont des matches importants car ce sont des adversaires directs. Pour enlever la pression à mon jeune groupe, je leur dis qu’il ne faut pas regarder le classement. Vu ce qu’on a vécu en début de saison, en tant qu’entraineur, si on m’avait dit que je vivrai avec ce groupe-là, ce travail-là avec les difficultés, pas de stade, pas d’argent, pas de recrues, dix joueurs qui quittent le club malgré la montée, etc, jamais je n’y aurais cru. Donc, on a ces problèmes-là, tout le monde est au courant de la situation dans laquelle on est, et après, ce qui est important, c’est de travailler. Tous les jours, il faut travailler pour rebondir, repartir de l’avant parce qu’on a tous envie d’être en Ligue 1 à la fin de la saison. Le match de Lorient est donc important à ce moment mais il n’y a pas de conséquences, ce ne sont que trois points. On peut même aller plus dans la réflexion : même si on gagne, ce n’est pas pour cela qu’on sera sortis d’affaire et que Lorient sera «mort». Il y aura encore vingt-trois journées derrière…

Gervais Martel, le président du RCL, avait dit viser la 10e place l’été dernier, vous pensez que c’est possible ?
Quand il fait cette déclaration-là, c’est car il y a un budget à annoncer. Et il correspondait à une 10e place.  Après, ce n’est pas parce que vous faites une telle annonce par rapport au budget, à la DNCG, etc, que le classement va suivre. On pensait qu’on allait avoir de l’argent, mais vu là aujourd’hui, on est le dernier budget de la L1 ou, en termes de masse salariale. J’ai fait un peu la comparaison avec d’autres clubs… On n’a que des jeunes, il faut faire avec. Mais il n’y a pas de soucis, je ne veux surtout pas que ce soit une excuse. Aujourd’hui, on a les problèmes que rencontre l’actionnaire, on comprend, il a des soucis qui nous posent forcément des problèmes à nous, mais après, on est en vie, on travaille avec les jeunes qui vont, j’espère, évoluer et progresser.
Kombouaré avec Martel (L'Equipe)
Kombouaré avec Martel (L'Equipe)
«Je n'en ai jamais voulu à Mammadov»
Vous n’en voulez pas au propriétaire Hafiz Mammadov ?
Non, je ne lui en ai jamais voulu. Au contraire, à Lens, on lui dit merci car l’année dernière, il a mis 20 millions d’euros pour que le club existe, vive et reste en Ligue 1. Aujourd’hui, il a des problèmes, OK. A nous de trouver des solutions pour essayer de combler le manque d’argent et d’effectif. Mais jamais, on ne va baisser les bras. Si on doit tomber en fin de saison, c’est que c’est notre destin. Mais ne comptez pas sur moi pour dire qu’on va lâcher.

Vous n’avez jamais eu de moment de renoncement ?
Qu’est-ce que j’ai fait en début de saison ? Je suis allé au combat car je voulais voir mon club en Ligue 1. Maintenant, je suis en L1, il ne faut pas que je me plaigne. Personne ne m’a mis un pistolet sur la tempe pour que je signe mon contrat à Lens. J’ai signé, donc maintenant je suis là et j’irai jusqu’au bout. Il y a peut-être des gens qui auraient dit stop, mais moi, je m’interdis ça.

Vous allez peut-être enregistrer la venue officielle de trois joueurs d’ici la fin du mois (Nguemo, Atrous et Boulenger)…
Moi, j’attends… Je ne crois qu’en ce que je vois.

Vous avez vécu avec beaucoup de gens autour de vous lors de votre enfance en Nouvelle-Calédonie. C’est toujours pareil aujourd’hui mais avec des joueurs ?
Oui, j’ai un peu un rôle de grand frère, de chef de clan, de guide, de leader qui construit son groupe et met en place des stratégies pour battre un adversaire. Je considère mes joueurs comme ma famille, mes enfants.
Kombouaré avec Fradj (L'Equipe)
Kombouaré avec Fradj (L'Equipe)
«Il faut vivre avec son temps»
Quand vous quittez vos joueurs, avez-vous un manque ?
C’est très dur en fin de saison, c’est toujours un déchirement. La vie d’un club, ce sont des gens qui arrivent, qui partent… Il faut toujours accepter ça.

Vous avez nettoyé les chaussures des pros à vos débuts.  Ça ne se fait plus trop maintenant, vous le regrettez ?
Non, il faut vivre avec son temps. Toujours. Le foot est le reflet de la société. On éduque les gamins qui sont un peu gâtés quand même. Les anciens ne rentrent plus facilement dans les vestiaires. Avec l’arrêt Bosman, vous avez des départs incessants, il n’y a plus d’anciens dans un club, il y a beaucoup de mouvements et on intègre les jeunes de plus en plus vite.

Quand vous étiez joueur, vous aviez signé des contrats de quatre ans à Nantes et Paris en montrant que c'était une notion importante. Ce n'est plus le cas maintenant…
Aujourd’hui, les contrats ne veulent plus rien dire. Avant, c’était plus dur car il y avait toujours l’inquiétude du lendemain. Il y avait des contrats stagiaires, stagiaire-pro, des contrats de deux ans, trois ans… Il fallait toujours se battre pour prouver. Avant, quand tu étais jeune, tu avais beaucoup de mal à rentrer dans l’équipe. On était treize je crois, puis il y a eu quinze, seize et maintenant dix-huit. Maintenant, quand t’es jeune, tu peux vite gagner de l’argent alors qu’avant il fallait attendre de gagner des trophées, il y avait un barème. Exemple : Zouma qui est parti à Chelsea. Je ne dis pas que c’était mieux avant, mais c’est la réalité aujourd’hui. Aujourd’hui, un jeune peut très vite intégrer l’équipe première et peut très vite partir.

Il y a trop de cinéma et de médiatisation aujourd'hui dans le foot ?
Oh oui. Mais après, je vis avec mon temps dont il faut accepter. Quand je rentre chez moi, je décroche complètement. Enfin, je regarde les informations, c’est très important. Je suis l’actualité du foot et je regarde les matches.
Kombouaré banc Lens (L'Equipe)
Kombouaré banc Lens (L'Equipe)
«Une montée est plus forte qu'un titre»
Vous avez travaillé dans le nord à Valenciennes et Lens : quelles sont les différences entre les deux ?
Lens est un très grand club. Quand je suis arrivé à l’époque, Valenciennes était un club en grande difficulté, qui avait subi un désastre financier. Il y avait eu la fameuse affaire VA-OM qui avait un peu fait couler le club. Il fallait redonner de la fierté aux gens. Quand j’ai vu les Valenciennois nous dire «merci, merci» lors de la montée, c’était surtout une blessure par rapport à une «injustice» qu’ils avaient vécue. Lens, c’est différent, c’est le grand club qui retrouve sa place parmi l’élite, un club populaire. Il y a 30 000 habitants, le stade fait 45 000 places et fait le plein.

Quelle est votre plus belle expérience de coach jusqu'à aujourd'hui ?
C’est peut-être parce que c’est frais, mais celle de l’année dernière avec la remontée du RC Lens avec peu de moyens. On était supposé avoir plus d’argent et on a eu zéro pour recruter, avec des joueurs en fin de contrat, des jeunes… Il y avait beaucoup d’attente. Par exemple, lors des trois derniers matches, on a fait 120 000 spectateurs (3 x 40 000) à Bollaert ! On nous avait collé l’étiquette de favori et on a fait le boulot. C’est une énorme satisfaction, une énorme fierté. Pareil lors de la montée avec Valenciennes.

Qu'est-ce qui est le plus fort : un titre ou une montée en Ligue 1 ou L2 ?
Une montée. Même si un titre est pour moi la récompense du travail, c’est l’équipe la plus régulière qui est titrée. Une montée, c’est… Surtout avec Valenciennes car c’est une équipe qui arrive de nulle part. Avec VA, on a fait National-Ligue 2 et Ligue 2-Ligue 1, deux montées successives avec des joueurs qui venaient de CFA et National. Des joueurs inconnus, des Savidan, Chelle, Saez, Traoré, Mater…

A qui donneriez-vous le FIFA Ballon d’Or pour cette année 2014 ?
A Ronaldo, sans contestation. Les autres années, il pouvait y avoir contestation, mais aujourd’hui, sur sa forme, le Clasico, etc… Le Real a surclassé le Barça de Messi, et Ronaldo, en plus, a marqué, même si c’était sur penalty. Je mettrais Ronaldo devant Messi et Benzema. Si on repense à la Coupe du monde avec l’Allemagne ? Ce devrait être Neuer. Alors oui, je me reprends du coup : Neuer, ce serait bien.»

Propos recueillis par Emmanuel Langellier


Kombouaré : «C'est un combat tous les jours»

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