Économie

L'alchimie d'une équipe de football

De nombreux chercheurs en management font souvent le parallèle entre la gestion d'une équipe de sport collectif et l'organisation du personnel d'une entreprise. L'une des questions qui se pose dans ce contexte concerne l'addition des compétences et surtout la capacité des recruteurs et managers à associer des compétences complémentaires afin d'optimiser le rendement collectif d'une organisation.

Parmi les compétences d’un joueur de football, son aisance technique, sa force physique, son sens tactique ou encore ses capacités mentales peuvent être analysées pour recruter un futur talent d’une équipe. Cependant, il est plus compliqué de percevoir une ou plusieurs complémentarités entre deux ou plusieurs futurs coéquipiers… C’est également le cas de salariés d’une entreprise en termes de complémentarités au niveau technique, technologique, administratif, financier ou commercial.

Tout en connaissant leurs besoins en termes de ressources humaines, il est ainsi courant pour des recruteurs de cibler certaines compétences identifiables sur un CV par un savoir-faire, une expertise, une expérience ou une formation. Dans le cadre d’une équipe de football, les outils d’analyses statistiques des performances individuelles sur le plan technique ou physique sont des aides à la prise de décision managériale de plus en plus utilisés. Ces données quantitatives ne sont pas cependant suffisantes pour intégrer des critères de détection de complémentarités entre joueurs.

La formation comme ciment

Plusieurs solutions s’offrent aux dirigeants pour faciliter la création de complémentarités entre individus pour créer une alchimie d’équipe ou autrement dit un collectif. En effet ce n’est pas parce qu’une équipe possède les joueurs les plus doués techniquement ou physiquement qu’un collectif va forcément naître. La première solution pour un club concerne la formation et le fait que certains joueurs ont appris à jouer et à performer ensemble. Le FC Barcelone est certainement l’un des clubs les plus représentatifs de ce type de stratégie gagnante.

L’Olympique Lyonnais en France démontre aussi qu’il est possible d’avoir une ossature importante de joueurs issus du centre de formation. Une deuxième solution pour créer des complémentarités entre joueurs peut être liée au partage d’expériences sportives communes en club ou en équipe nationale et aux liens extra-sportifs qui ont pu se créer. En 1998, Aimé Jacquet a sélectionné le trio d’anciens bordelais Lizarazu-Zidane-Dugarry alors que ce dernier n’était pas sportivement à son top niveau. L’entente entre les trois joueurs s’est révélée payante sur le terrain lors de la Coupe du monde.
Le playmaker, une espèce en voie de disparition ?
L’alchimie d’une équipe est difficile à programmer mais il est possible de favoriser certaines stratégies au niveau de la formation par exemple. L’une des dernières solutions pour favoriser la création d’un groupe de joueurs complémentaires peut être liée au rôle d’un joueur clé qui fait progresser les autres. Les américains appellent ce type de joueur les «playmaker». Ils se font de plus en plus rares dans le football mais ont le talent de cumuler des aptitudes individuelles hors normes tout en rendant les autres meilleurs. Platini et Zidane ont été ces types de joueurs. L’exception parmi les joueurs étant à la fois «clutch» (décisif) et «playmaker» puis devenu le plus grand entraineur «alchimiste» de l’histoire du football est le regretté Johan Cruyff.
 
Lionel Maltese
Maître de conférences Aix Marseille Université
Professeur Associé Kedge Business School
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