Pieds carrés (D.R)
Les pieds carrés

L'art du rebond

Comment se vit le football d'en bas au pays des champions du monde ? FF.fr vous propose une immersion, tout au long de la saison, à Esvres-sur-Indre, un petit village proche de Tours dont le club évolue en cinquième division de district, soit le treizième échelon national, à travers une chronique tenue par un journaliste qui n'est autre que le co-entraîneur de l'équipe. Nouvel épisode.

Je ne sais pas si mon grand âge explique les pertes de mémoire dont je suis victime depuis le début de saison. Pourtant, bien que les dates soient encore proches dans le temps, je ne saurais décrire avec exactitude nos dernières victoires. Dans des registres différents, elles m'ont laissé une bonne impression globale. Et si, dans les grandes lignes, j'en ai encore des souvenirs relatifs, je serais bien incapable de revenir sur ces matches dans le détail.

A contrario, chaque défaite concédée depuis le début de saison m'a laissé un souvenir encore vif. Pourtant, elles n'ont pas été légion. Quatre, pour être précis. Trois en Championnat et une en Coupe, synonyme d'élimination en quarts de finale de notre challenge du foot d'en bas, celui de la cinquième division. Est-ce à dire que je suis pessimiste et que je ne retiens que le négatif ? Je ne crois pas. En revanche, j'ai le souvenir de chaque erreur commise. Tantôt de composition. Tantôt de message adressé aux joueurs. Ou même de relâchement de notre part et de celle de notre équipe. Et sans revenir plus précisément sur chacune de ces petites cicatrices, elles ont surtout permis de révéler un des points forts de notre groupe : son envie et sa solidarité. Son orgueil, aussi. À l'exception de deux revers de rang en février, face à deux des meilleures équipes de cette division, jamais une défaite n'a été suivie d'une seconde.
Il arrive que la réaction vienne d'une individualité touchée par la grâce, mais le plus souvent, c'est du collectif que vient la révolte
C'est d'ailleurs ce que j'aime par-dessus tout dans cet effectif. Bien sûr, il m'arrive d'être agacé par certains comportements, par des partitions jouées à l'envers. Il m'arrive même de pousser une gueulante qui n'avait pas lieu d'être. Mais je suis fasciné par la capacité de réaction de ces joueurs qu'on utilise parfois à des postes qui ne sont pas les leurs, à contre-emploi, mais capables de - passez-moi l'expression - mettre les couilles sur le gazon pour gagner tous ensemble. Il arrive que la réaction vienne d'une individualité touchée par la grâce, à l'image d'un penalty arrêté à l'orée des arrêts de jeu pour conserver un nul, ou encore d'un milieu récupérateur pas attendu devant le but auteur d'un doublé pour revenir et passer devant. Mais le plus souvent, c'est du collectif que vient la révolte. Derniers exemples en date ? Début mars, à Mettray, alors qu'on venait de concéder l'égalisation sur un penalty dirons-nous généreux, toute l'équipe a su se projeter vers l'avant pour arracher la victoire au bout du temps additionnel. Face à Nouzilly, alors que l'issue du match était pliée depuis belle lurette, l'équipe a continué à attaquer, à jouer ensemble, pour marquer le but du 5-0 après la 90e.

La raison ? J'ose croire que, malgré les changements réguliers dans le groupe et dans le onze de départ, tous ont compris que le but était commun : réussir la plus belle saison possible. C'est en tout cas l'objectif que nous essayons de leur répéter, semaine après semaine, Bébert et moi. Jusqu'à le rabâcher, sans doute. Mais rien ne nous fait plus plaisir, à lui et comme à moi, que de les voir communier dans un cri de la victoire que nous avons entonné à onze reprises depuis le début de saison. Alors oui, cette équipe est parfois passée à travers ou s'est inclinée face à meilleure qu'elle. Mais sa capacité de réaction me rend fier d'elle. J'espère qu'on pourra porter le nombre de cris de la victoire à dix-huit à la fin de l'exercice : cela voudrait dire que nous aurions remporté tous les matches qui nous restent. Et qu'après avoir démontré ces formidables capacités de réaction, nous sommes désormais passés à l'action. Qu'importe l'adversaire et la manière : seule la victoire est belle.

Benjamin Henry
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