morgan (alex) (S. Mantey/L'Equipe)

L'attaquante des Etats-Unis Alex Morgan racontée par d'anciens Lyonnais : «Elle associe bien son niveau technique à ses qualités de vitesse»

Alex Morgan a fait une entrée fracassante dans la Coupe du monde avec un quintuplé. En 2017, l'attaquante avait posé ses valises six mois à l'OL. Son ex-coach Gérard Prêcheur et son ex-coéquipière Corine Petit reviennent sur son aventure lyonnaise, ses galères physiques et sur son talent hors-norme.

«Un premier mot sur le match inaugural du Mondial d'Alex Morgan où elle a marqué cinq buts et réalisé trois passes décisives. Elle vous a impressionné ?

Corine Petit :
C'est vrai que le score est impressionnant, certes face à une petite équipe. Alex est l'attaquante phare des Etats-Unis. On ne va pas dire qu'elle a fait son job, mais qu'elle l'a bien fait. Après, c'est sûr que marquer cinq buts sur un match en Coupe du monde, ça impressionne. Elle peut aller chercher le record de buts sur une Coupe du monde (détenu par Michelle Akers avec 10 buts en 1991).

Gérard Prêcheur : Je n'ai pas pu regarder mais on m'a dit qu'elle avait effectivement fait un bon match. Même s'il faut relativiser par rapport à l'adversaire. On sent qu'elle s'est très bien préparée et c'est la grande différence par rapport à son arrivée à l'OL (en janvier 2017). Alex est mieux physiquement. Quand elle a débarqué à Lyon, le contexte était difficile pour elle. Sa saison aux Etats-Unis (avec Orlando) avait pris fin en novembre et elle a repris avec nous dès janvier. Elle n'a eu que très peu de temps de coupure. Là, elle est déjà en pleine forme. C'est une très très bonne joueuse.

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Même si elle n'est restée que quelques mois à Lyon, quelles impressions vous a laissé Alex Morgan ?

C.P : Elle est arrivée avec l'étiquette de star. Sa venue, c'était pour la joueuse mais aussi pour tout ce qu'elle représente autour médiatiquement. Mais elle s'est bien intégrée au groupe et fait du bien au collectif. Pourtant, c'est particulier à Lyon car on se connaît toutes depuis longtemps. C'est une personne agréable, qui aime la vie, profiter et qui avait adoré la France. Après, sur le terrain, le coach faisait ses choix. Ce n'était pas toujours évident car il y avait beaucoup de monde et de qualité. Au final, on a gagné une nouvelle Ligue des champions, on peut juste dire que la saison était réussie.

G.P : Vu sa condition physique difficile déjà évoquée, cela n'a pas été facile sur le plan du jeu. Pour deux raisons. La première, c'est qu'il y avait déjà des attaquantes de qualité comme Ada Hegerberg ou Eugénie Le Sommer. Il lui fallait s'imposer et la concurrence était forte. Ce n'était pas évident pour elle. Ni pour les autres attaquantes. Ni pour moi. Deuxième raison, c'est qu'il lui fallait s'adapter à des orientations de jeu différentes de celles de son club et de sa sélection. C'est une joueuse qui aime prendre les espaces. Moins jouer dans les petits espaces comme on le faisait. Mais malgré ça, Alex a su s'adapter car, au-delà de ses qualités de joueuse, c'était une grande professionnelle, toujours sérieuse. Que ça soit pendant l'entraînement, en préparation de match ou à la récupération. C'est ce qui m'a vraiment impressionné chez elle. Sur le terrain, elle a aussi fait de très bon matches, participé parfaitement au turn-over avec les autres attaquantes. Et elle y a parfaitement adhéré car son état d'esprit est irréprochable. Pour moi, elle n'a pas été difficile à coacher ou à gérer.

Dans les pieds et sur le terrain, qu'est ce qu'elle a de plus que les autres ?

C.P : Alex a des qualités de percussion et de vitesse au-dessus de la moyenne. Puis, quand elle est dos au but et qu'elle se retourne, sa première touche et ses premiers appuis sont tellement rapides. Elle a cette puissance au démarrage, la vitesse et le bon geste pour finir.

G.P. : Elle associe bien son niveau technique avec ses qualités de vitesse. Il y a des joueuses qui peuvent être très rapides et qui n'ont pas la technique adaptée à leur qualité athlétique. D'autres très techniques mais qui n'ont pas la vitesse nécessaire pour pouvoir éliminer en phase d'attaque. Alex, elle a une bonne corrélation entre les deux.

Elle est arrivée à court physiquement à Lyon, a été blessée en fin de saison, est sortie lors de la finale de Ligue des champions : comment l'a t-elle vécu ?

C.P : Dans l'année c'est possible de se blesser, c'est la vie d'une sportive de haut niveau. Mais se blesser juste avant la finale de Ligue des champions (le 13 mai 2017), alors que quand on vient à Lyon c'est pour gagner la C1, cela a été difficile. Elle a bossé pour être là le jour J à 100%. Malheureusement, elle n'a pas pu finir le match donc elle était forcément déçue.

G.P : Les six mois ont été très compliqués pour elle et pour moi en tant qu'entraîneur. Elle n'était pas prête physiquement. On lui a permis de monter en puissance. Malheureusement elle a été victime d'une blessure en fin de saison avant les grandes échéances comme la finale de Ligue des champions (remportée contre le PSG). Donc cela n'a pas été un moment facile pour elle. Mais je ne pense pas qu'elle l'ait mal vécu. Personnellement, je n'ai pas eu ce ressenti parce qu'elle était toujours souriante, parce qu'elle adhérait aussi aux entraînements et donnait toujours le meilleur d'elle-même sur le terrain tant sur le plan offensif que défensif. Elle nous a d'ailleurs surpris dans ce dernier domaine. Après, c'est sûr qu'elle a dû se sentir frustrée. Se blesser en fin de saison, sortir dès le début de la finale de C1, ce ne sont pas des bons souvenirs.

«Mais je ne pense pas qu'elle l'ait mal vécu. Personnellement, je n'ai pas eu ce ressenti parce qu'elle était toujours souriante, parce qu'elle adhérait aussi aux entraînements»

Pourquoi n'est-elle pas restée au moins une saison de plus en France ?

C.P : C'était défini comme ça. Elle est retournée à Orlando. Elle est mariée aussi. Elle est venue vivre cette expérience française mais est très attachée à sa famille aux Etats-Unis. Elle ne se voyait pas rester plus longtemps. Ce n'était pas un problème d'adaptation.

G.P : Je crois que le président (Jean-Michel Aulas) souhaitait qu'elle reste. Mais l'aspect familial et l'éloignement comptent. Ce n'est pas simple. Je suis bien placé pour le savoir (Gérard Prêcheur est l'entraîneur de l'équipe féminine de Jiangsu Suning en Chine depuis décembre 2017). Cela doit être la raison principale de son retour chez elle.

Sur le terrain, on la voit toujours sourire. Quel est son caractère hors des pelouses ?

C.P : C'est une fille qui ne se prend pas la tête, qui a souvent le sourire. On se voyait parfois en dehors du football, pour faire des brunchs toutes ensemble par exemple. Megan Rapinoe (à l'OL en 2013-2014) était également comme ça, avec cette volonté de découvrir. Elles étaient à Lyon pour le foot mais aussi pour l'expérience humaine.

G.P : Alex était très discrète car elle était arrivée en cours de saison. Elle n'a pas vécu toutes ces semaines de préparation qui permettent aux nouvelles joueuses de s'intégrer dans le groupe, de faire connaissance avant le début des compétitions. En arrivant début janvier, elle n'avait qu'une quinzaine de jours pour s'intégrer. Mais elle a fait tous les efforts nécessaires. Elle avait de très bons contacts avec les joueuses. D'ailleurs, elles se voyaient même avec quelques-unes après les entraînements. C'était une bonne coéquipière.

Pendant la Coupe du monde, Alex Morgan va fêter ses 30 ans. Est-elle encore une des meilleures joueuses au monde ?

C.P : Cette année, je ne l'ai pas vue jouer. Il y a tellement de très bonnes joueuses, on le voit pendant cette Coupe du monde. Mais de là à dire que c'est la meilleure, je ne sais pas. Elle en fait partie, c'est sûr. Là, elle est au top de sa forme. Les Américaines sont comme ça, elles ont besoin et sont habituées à travailler très fort athlétiquement avant les grandes compétitions. On voit la différence quand elles sont prêtes physiquement pour devenir championnes du monde car c'est clairement leur objectif.

G.P : Dans un sport collectif ce n'est jamais évident de dire qui est la meilleure joueuse. Il n'y a que les titres qui comptent. Aujourd'hui, c'est clair qu'elle fait partie des meilleures joueuses au monde. Maintenant qu'elle est au mieux physiquement, qui plus est lors de sa peut-être dernière grande compétition avec la sélection, elle sera une des meilleures de ce Mondial. En tout cas, cela a bien démarré pour elle.

Propos recueillis par Augustin Audouin