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(B.Desprez/L'Equipe)
Maghreb Football Club

L'Esperance Sportive de Tunis est éternelle

L'Espérance Sportive de Tunis est un club vraiment pas comme les autres dont l'histoire raconte quelque chose de la Tunisie. Focus.

Une passion dévorante. Le «Taraji» («Espérance» en français) est une institution, le plus beau palmarès de Tunisie, mais aussi l'un des plus denses du continent. Pour les trois millions de supporters, l'Espérance Sportive de Tunis (EST) est avant tout une obsession : «C'est un emblème, le club le plus suivi de Tunisie, un esprit de famille, une histoire de cœur, une religion...», explique Ziad Tlemcani, ancien buteur du club et désormais directeur sportif maison. D'autant que l'Espérance, comme tout grand club qui se respecte, nourrit sa passion au fil de derbies incandescents. Par exemple, pas de Boca sans River, pas de Celtic sans Rangers, pas d'Al Ahly sans le Zamalek. Donc pas d'EST sans le Club Africain, l'autre club phare du pays basé dans la capitale depuis 1923. Mais ne surtout pas croire que l'affaire ne se résume qu'à une querelle de voisinage car l'Espérance entretient aussi sa légende face à d'autres prétendants revendiqués, comme lors du Classique du Championnat devant l'Etoile du Sahel. Aymen Abdennour, défenseur de l'OM, qui a affronté le Taraji sous les couleurs de l'Etoile, nous raconte : «C'est l'équipe à battre. Il y a toujours une grande émulation lors de nos rencontres. Au final, ces confrontations ont beaucoup aidé le football tunisien sur les trente dernières années parce que cela a tiré le niveau moyen vers le haut. Parfois, c'était très chaud sur le terrain, mais quand on se retrouvait en sélection nationale, toutes les animosités avaient disparu.» Une forme de respect sans doute due au fait que hors des frontières, l'Espérance a toujours porté haut les couleurs du pays, en témoigne ce succès en 2018 en Ligue des champions d'Afrique face au Ahly du Caire, un accomplissement majuscule qui s'est encore traduit en 2019 avec dans des conditions rocambolesques face au WAC Casablanca.

Né d'un acte de résistance contre la France

Mais si le Taraji occupe une place aussi essentielle dans la vie des Tunisiens, c'est sans doute aussi parce qu'il raconte une histoire du pays. Son acte de naissance lui-même porte un sceau politique. Car au début du siècle dernier en Tunisie, le football est avant tout pratiqué par différentes communautés de colons, Italiens et Français notamment. Les quelques locaux qui essaient d'intégrer des équipes sont laissés sur le banc. C'est alors que deux esprits rebels, Mohamed Zahoui et Hédi Kallel, décident de créer le premier club tunisien, une sorte d'acte de résistance face à la France. «Ça s'inscrivait dans une sorte de réflexion générale qui commençait à germer dans la société civile par rapport au protectorat français», raconte encore Mahmoud Babbou, en mémoire vivante du club. Les instances françaises imposent qu'un ressortissant hexagonal soit nommé à la présidence, comme le stipulent les règlements alors en vigueur. Louis Montassier, secrétaire de l'administration du gouvernement, apposera donc sa signature et pèsera de tout son poids le 15 janvier 1919 pour l'obtention du visa légal de l'Espérance, du nom du café où se trouvaient Zahoui et Kallel (la légende raconte que ce dernier a écrit les statuts en une nuit à la lumière de la bougie) au moment de leur grande décision. «Ici, cela a une grande signification car l'Espérance a toujours incarné une certaine forme de résistance», analyse Walid Ben Rhouma, directeur de Radio Express à Tunis, et ancien communicant du club. Une forme de résistance peut-être, mais aussi à d'autres moments, un club proche du pouvoir.

Des relations intestines avec le pouvoir

Sous la présidence du pays de Zine el-Abidine Ben Ali (1989-2011), l'Espérance Sportive de Tunis fait l'objet de quelques accointements décriés par une certaine frange du pays. Durant quinze années (1989-2004), le club est dirigé par Slim Chiboub, homme d'affaires controversé et... gendre de Ben Ali. Sous ses ordres, le Taraji rafle tout : trois trophées continentaux, dix titres nationaux notamment, mais nourrit aussi des suspicions qui prendront forme dans le livre noir révélant toutes les personnes impliquées dans le système de corruption sous l'ancien régime et où, au chapitre football, l'Espérance est le seul club cité... «On dit souvent que l'Espérance était pro Ben Ali, reprend Walid Ben Rhouma. Oui, c'est vrai. Y a-t-il eu des magouilles ? Ni plus, ni moins qu'ailleurs, car tous les clubs étaient pro-Ben Ali. L'un de ses premiers ministres a aussi été président du Club Africain. L'Etoile du Sahel, d'où est originaire la famille Ben Ali, a aussi connu une expansion forte lors de cette période. Et puis, le football a toujours été un instrument politique. Habib Bourguiba, avant qu'il ne devienne le premier président de la Tunisie, avait déplacé son bureau d'avocat à Bab-Souika pour être au plus près de l'Espérance et des classes populaires.» Pour Mahmoud Babbou, du haut de ses 89 printemps dont plus de 80 à vivre pour le Taraji, c'est surtout le pouvoir qui a cherché à se rapprocher de l'Espérance afin que le peuple ne s'intéresse pas trop au reste et notamment à la chose politique. Du pain et des jeux, en somme. «Aujourd'hui, l'EST se tourne vers le futur en créant un modèle prospère et autonome, ce qui est une nouveauté en Tunisie où les clubs ont toujours bénéficié d'aides gouvernementales dans une politique sportive très administrée, nous dit encore Mahmoud Babbou en vieux sage. Et à travers ce défi, c'est aussi une certaine idée de l'avenir du pays qu'incarne l'Espérance». Qui n'a donc jamais aussi bien porté son nom.
Nabil Djellit
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letidup 14 mars à 14:13

Pauvre FF

Flyrelax 14 mars à 9:58

Équipe et staff dees mauvais perdants,on les a vu ces dernières années comment ils réagissent lorsqu’ils ont perdu !

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