bietry (charles) gilardi (thierry) (LABLATINIERE/L'Equipe)

L'hommage de Charles Biétry à Thierry Gilardi, décédé il y a dix ans

Dix années se sont écoulées depuis que le célèbre journaliste et commentateur sportif Thierry Gilardi nous a quittés. Charles Biétry a tenu à raconter à quel point le natif de Saint-Germain-en-Laye était une personne d'exception.

«Je l’ai engagé à Canal à un moment où il était prêt à arrêter le métier, puisqu’il était parti comme attaché de presse à la Fnac. Il se trouve que je l’avais entendu quand il travaillait sur France Inter et je trouvais qu’il avait de la qualité. Quand j’ai étoffé l’équipe de Canal après la première vague, j’ai tout de suite pensé à lui. Il avait une voix qui était très compréhensible. Ce n’était d’ailleurs pas son atout principal, parce qu’il a fallu la travailler, mais on entendait bien et on comprenait bien ce qu’il disait. En fait, il avait une voix différente. Il avait surtout une tonalité différente, c’est ce qui m’a marqué au début. Et il faisait tout ça avec une passion et un vocabulaire plutôt haut de gamme. C’est toujours très émouvant de parler de Thierry parce que je l’entends encore. Dans ma chambre, j’ai une photo de lui… Dès que je vois une image de sport, j’entends sa voix. On ne l’oubliera pas, comme celles de Thierry Rolland, Roger Couderc ou Robert Chapatte. Thierry a marqué nos années Canal, ça ne fait aucun doute.

Je me suis vite aperçu qu’il était capable de faire beaucoup de choses. Tout le monde se souvient de Thierry comme un excellent commentateur de foot, mais c’était surtout un excellent journaliste. Là où il a été le meilleur, c’est pendant sa saison de Formule 1 sur Canal avec Patrick Tambay. Il avait été exceptionnel. En fait, il était capable de tout faire. Il était très à l’aise dans une rédaction et c’était quelqu’un sur qui on pouvait compter. Je l’ai vu sauver des collègues, notamment lors des Jeux Olympiques de Barcelone en 1992. On était à l’antenne 24h/24, ce qui était une première, et tout le monde avait des moments de fatigue. Je me souviens d’un journaliste qui avait eu un immense trou noir à l’antenne. C’est Thierry qui avait rampé dans le studio jusqu’à lui pour lui souffler les mots. Il croyait qu’il n’apparaissait pas à l’image mais en fait on le voyait.

«Dans ma chambre, j'ai une photo de lui...»

«Il n'y avait pas d'erreurs dans ce qu'il faisait»

Il a été un modèle pour la génération qui le suivait, c’est une certitude. Il n’y avait pas d’erreurs dans ce qu’il faisait. On sentait qu’il aimait à la fois le sport et son métier. Il ne laissait pas indifférent parce qu’il travaillait très bien. Je me souviens du premier match qu’il a commenté, c’était avec moi au Havre et il avait oublié ses lunettes. Il ne voyait donc pas le terrain. La dernière heure avant le match est généralement réservée à la concentration et nous on l’avait passée à courir les pharmacies et les opticiens de la ville pour trouver une paire de lunettes. Thierry avait finalement réussi à en trouver une mais c’était vraiment la panique. Je pense à ce genre de souvenir parce que ça renvoie vraiment à l’humain.»

*directeur des sports de Canal + de 1984 à 1998 et commentateur aux côtés de Thierry Gilardi

Clément Gavard