(L'Equipe)
Les pieds carrés

La préparation, ma mission impossible

Comment se vit le football d'en bas au pays des champions du monde ? FF.fr vous propose une immersion, tout au long de la saison, à Esvres-sur-Indre, un petit village proche de Tours dont le club évolue en cinquième division de district, soit le treizième échelon national, à travers une chronique tenue par un journaliste qui n'est autre que le co-entraîneur de l'équipe. Premier épisode avec la fameuse préparation d'avant-saison.

«Je m'étais promis qu'on ne m'y reprendrait plus. Trop vieux. Trop gras. Trop fumeur. Trop feignant. Et pourtant, j'ai craqué. Début août, comme des dizaines de milliers de semblables, j'ai fait mon sac. Baskets, crampons, bouteille d'eau... J'étais paré à démarrer une nouvelle vie, celle d'un trentenaire à l'esprit sain dans un corps sain. Quelle idée...

Le cœur léger, j'ai pris la direction du rutilant centre d'entraînement de mon club de toujours : l'AS Esvres. Bon, je ne vais pas vous balader plus longtemps : disons plutôt que ma motivation à l'idée d'aller courir alors que le thermomètre affichait encore 38°C à la fin d'une étouffante journée d'été était assez proche de celle d'un voleur de bétail promis au goudron et aux plumes. A fortiori quand le "centre d'entraînement" en question avait malencontreusement été laissé à l'abandon, ou presque, depuis la fin de la saison précédente.
Une mission à peu près aussi aisée qu'un 50 mètres nage libre en claquettes quand, comme moi, on a repoussé le moment d'enfiler des baskets au nom d'innombrables rendez-vous "grillades - rosé" absolument impossibles à reporter.
Une fois les présentations de rigueur faites avec les p'tits nouveaux, pas rebutés par le teint un peu trop halé de ce qui reste du gazon, place au moment favori de tout footballeur amateur qui se respecte : le premier footing de la saison. Une formalité, même dans les tréfonds du football de district, quand on a pris le temps de respecter un semblant de programme de préparation. Une mission à peu près aussi aisée qu'un 50 mètres nage libre en claquettes quand, comme moi, on a repoussé le moment d'enfiler des baskets au nom d'innombrables rendez-vous "grillades - rosé" absolument impossibles à reporter.

Les premiers hectomètres défilent bien. Trop bien. Une petite dizaine de minutes comme dans un rêve. Jusqu'au moment fatidique : celui où je comprends que j'ai atteint ma vitesse maximale aérobie en presque aussi peu de temps qu'il n'en faut pour l'écrire. Idéal alors que, selon mes estimations, un tiers du parcours à peine a été accompli. Qu'importe : j'irai jusqu'au bout, quoi qu'il m'en coûte. Nausée, vertiges et point de côté décident d'accompagner la fin de mon héroïque épopée, conclue à un rythme à peu près aussi élevé que la vitesse moyenne d'un club de randonnée.

Douche, bière et courbatures...

Vient enfin la délivrance. La fin du calvaire... jusqu'à ce que Nico, responsable des seniors (dont le nom prend, à cet instant, tout son sens à mes yeux), ne m'invite à enfiler mes crampons et rejoindre le reste du groupe déjà réuni sur le pré pour la séance du jour. Conduite de balle, renforcement musculaire, résistance : tout y passe au cours d'une longue, très longue heure et demie. La récompense ? La (re)découverte de bon nombre de muscles que j'avais oubliés depuis quelques années.

Le plaisir indicible de prendre une douche brulante alors que tout mon corps est comme en fusion, avant de finir sous un jet d'eau froide qui traîne dans un couloir. La bière pour le coup parfaitement fraîche et, c'est prouvé, totalement conseillée pour la récupération. Des courbatures à vous empêcher de vous lever le lendemain matin. Mais surtout l'inénarrable fierté de la mission impossible pourtant accomplie. Tel un Ethan Hunt des temps modernes, j'ai rechaussé les crampons pendant la préparation. Et finalement, seule une partie de mon corps s'est autodétruite. Pas si mal comme bilan.»
Benjamin Henry
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ghys59 13 oct. à 12:42

La saison de l'AS Evres s'annonce très longue pour certains...