paganelli (laurent) (A.Reau/L'Equipe)
Ligue 1

Laurent Paganelli : «Pour moi, le football est avant tout un art de vivre»

Dans son édition actuellement en kiosques, France Football a dressé un Top 50 des joueurs les plus cultes de la Ligue 1. Laurent Paganelli, aujourd'hui homme de terrain à Canal +, est 50e de ce classement. L'ancien Stéphanois s'est confié à FF.fr.

«Qu'est-ce que ça vous fait d'être dans ce top 50 ?
(Il sourit.) C'est sympa, de toute façon dans une carrière de footballeur, on ne peut pas tous être le meilleur ou le moins bon, mais on peut tous avoir une particularité. Je suis comme je suis, je sais ce que je suis. J'ai été le plus jeune joueur à avoir joué, après je suis devenu journaliste, je vois le foot d'une certaine façon, ça fait plaisir parce que c'est une reconnaissance d'un décalage. Et pour moi le football est avant tout une expression, un art de vivre, une façon de s'exprimer... ça fait partie de ma vie ! Le foot, c'est une intraveineuse pour moi. Être reconnu par rapport à ça, ça me touche énormément. J'ai joué dans les quartiers, j'ai vécu avec des valeurs d'échange, de respect et j'aime bien quand les gens se retrouvent là-dedans.

Le Laurent Paganelli joueur était-il le même que celui qu'on connaît en tant que journaliste ? 
Ah oui... Moi, malheureusement, du moment où on m'a dit qu'il fallait arrêter de dribbler, ma carrière était finie. Quand un entraîneur dit ça, ça résonne, et quand on a un caractère à la con comme moi... C'est pareil à l'antenne ! Il ne faut pas me dire ce que je dois faire, sinon ça me bloque et je suis nul. Dans le foot, je me suis mis hors-jeu tout seul, je n'ai pas compris ce qu'il m'arrivait, ce n'était pas mon expression du foot. Et aujourd'hui, Canal c'est l'idéal, c'est la chaine qui me permet de travailler comme je suis. C'est le paradis terrestre en termes de travail.

Vous trouvez que les joueurs manquent de caractère aujourd'hui ?
Oui, mais ce n'est pas eux le problème. Le football, c'est une façon de s'exprimer, comme quelqu'un qui fait de la peinture ou de la musique, c'est simple ! Il faut dégager les choses comme on les ressent. Chacun, en tant que footballeur, doit s'exprimer comme il veut. On entend trop souvent des remarques comme : “Neymar, il a trop de caractère, il dribble trop...” Mais le football est un puzzle, chacun complète l'autre et ça fait une équipe entière. Laissons les gens s'exprimer. Chacun doit être à l'aise dans son expression. Si celui qui sort le soir, celui qui dribble dans ses 18 mètres est content, c'est son choix ! On veut mettre les mecs dans un cadre, ça manque de personnalité ! Et dans le jeu c'est pareil, la tactique a pris trop de poids.

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«Le jour où Paris a perdu Ibra, ils ont perdu beaucoup. J'avais peur d'aller le voir, il était impressionnant».
Donc ce qui compte, c'est d'assumer pleinement sa personnalité ?
Il y a deux choses qui m'importent. Pouvoir être soi-même et que les gens de l'extérieur aiment ça, ou s'imprègnent de ça. Les gens aiment le côté naturel des choses. Il faut laisser la nature de la personne s'exprimer. C'est l'honnêteté, le côté authentique qui est important. Je n'aimerais pas qu'on me dise que je joue un rôle, alors je suis moi-même partout, dans tous les cadres. Dans la société actuelle, c'est important. Les gens s'éloignent trop. Et le football est une aventure humaine, quel que soit le rôle qu'on a. On croise les gens, on discute, on rigole et on est dans la vérité.

Vous êtes le plus jeune joueur à être entré sur une pelouse de Ligue 1, c'est ça aussi le culte Paga...
Un culte, c'est une histoire à un moment donné. Aujourd'hui, on me dit toujours que je suis le plus jeune joueur à avoir joué. D'ailleurs, je vais demander une licence à Saint-Etienne et je leur demanderai de rentrer sur le terrain pour devenir aussi le plus vieux (rires) ! Non mais jouer à 15 ans et demi, c'est particulier. C'est l'âge de mes enfants. Se retrouver au milieu du Parc des Princes à cet âge-là... Je vis de ça encore aujourd'hui ! Le regard des gens a changé une fois que j'avais fait ça, mais ce match m'a coûté beaucoup, il y a eu beaucoup de répercussions. C'est compliqué, à partir de ce moment-là, j'ai été jugé en permanence sur ce que je faisais. J'ai joué avec des joueurs qui étaient un cran au-dessus de moi.

Zlatan Ibrahimovic en tête de ce top 50, qu'est-ce que ça vous inspire ?
Il était monstrueux Zlatan... Je l'ai tellement croisé dans le tunnel, j'étais tellement impressionné. Le jour où Paris a perdu Ibra, ils ont perdu beaucoup. J'avais peur d'aller le voir, il était impressionnant. C'est un des rares mecs pour lequel je me posais la question au moment d'aller le voir. Lui, il voulait être un culte, il voulait sa statue, il voulait être le lion. Il avait cette capacité à avoir une grosse personnalité, parfois elle était même supérieure à sa qualité de joueur. Il avait besoin d'exister.

«Mbappé a une vraie personnalité»

Si vous deviez citer d'anciens joueurs qui vous ont impressionné par la trace qu'ils ont laissée en Ligue 1, qui diriez-vous ?
Celui que je retiens vraiment en tant que joueur, c'est Drogba. Contrairement à Zlatan, il avait vraiment un culte du joueur. C'était un grand joueur. Ça ne m'étonne pas qu'il ne soit pas dans ce classement, mais pour moi il y a un culte Drogba ! Pendant son passage à Marseille, il a quand même secoué le cocotier. Il avait une telle humilité... Et pourtant tellement de talent ! Thierry Henry et Franck Ribéry aussi, il y avait un vrai culte autour d'eux. Et il y en a un autre évidemment, c'est Cantona... Pour moi, c'était quelque chose, c'était magique, il n'y a pas d'autre mot. Je le mettrais peut-être même numéro un. Il nous a appris ce qu'était le football ! Il faut au moins le mettre à ma place (rires), c'est le King !

Et votre ancien entraîneur, Robert Herbin (21e de notre classement), que pouvez-vous nous dire sur lui ?
C'est un monsieur. Je peux le dire maintenant, c'était mon père et mon grand-père. J'ai beaucoup de respect pour lui, j'en ai tellement que je lui en veux parfois. Mais j'ai une admiration et une considération immenses pour lui ! On ne peut pas s'imaginer ce qu'est Robert Herbin, c'est un mec à part, il est capable de s'isoler pendant une semaine, de prendre sa bouteille de whisky, d'écouter de la grande musique... Moi j'arrivais avec des dessins sur mes jeans déchirés et lui aimait ça, alors qu'à l'époque ça n'existait pas. On était en phase totale ! Il était différent et moi j'aime ça. D'ailleurs, il devrait lui aussi être presque premier de ce classement. On l'appelait le Sphinx, mais c'est celui d'Egypte qu'on devrait appeler Robert Herbin.

Actuellement en Ligue 1, quels sont les joueurs qui parviennent à entretenir ce culte ?
Kylian Mbappé (NDLR : 15e), il a une vraie personnalité, d'autant plus ces derniers temps. Il a compris qu'un grand joueur était obligé d'avoir ça pour exister. C'est lui qui a décidé d'exprimer ça. Nabil Fekir aussi, même s'il était timide, mais je peux te dire que lorsqu'il te regarde, tu sais s'il faut y aller ou pas... Adil Rami, aussi c'est de l'or en barre pour nous mais c'est un amour, il joue sa personnalité à fond. Et Neymar (NDLR : 33e) évidemment, comme tout Brésilien, il a cet amour du foot, cette convivialité, et il aime bien faire la fête, moi j'adore à 100%. Le football c'est un jeu pour lui. Neymar, il ne faut pas l'obliger à rentrer dans le cadre, il doit être respectueux de l'effectif mais il faut le laisser s'exprimer individuellement».
Nicolas Jambou
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Gaucho 31 juil. à 10:22

Quel respect Neymar montre au collectif quand on le laisse s exprimer individuellement. Il ne lache jamais la gonfle, montre du mépris pour ses adversaires, les supporters de son équipe (Voir sa tirade sur la remontada), etc... Les propos de Paganelli sont a l image de sapersonne : incoherents.

Gaucho 31 juil. à 10:17

Interview toute à son image et à son parcours et aux raisons des espoirs déçus qu' il a généré. Encore un qui doit comprendre les Ben Arfa et consorts dont la philosophie du moi je prime dans l expression d un sport collectif. Il est vraisemblable qu' il ait du mal avec une politique de management comle celle de Klopp ou de Deschamps par exemple.

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