deschamps (didier) (A.Reau/L'Equipe)

Le 4-4-2 losange, un système taillé pour l'équipe de France ?

Face à l'Ukraine (7-1), Didier Deschamps a réussi son pari, alignant pour la première fois son équipe en 4-4-2 losange. Mais ce système de jeu est-il vraiment fait pour les Bleus ? On en discute.

Une victoire 7-1 et le sentiment d’avoir proposé du jeu face à un type d’adversaire que les Bleus n’aiment pas forcément affronter. Tel est le bilan de l’équipe de France au sortir de son match face à l’Ukraine. Une performance convaincante notamment due au choix de Didier Deschamps de jouer en 4-4-2 losange. Dans ce système, Olivier Giroud et ses coéquipiers se sont éclatés, mettant au supplice une formation ukrainienne très fébrile. Après le 4-2-3-1, et le 3-5-2 plus récemment, le coach français a ajouté une nouvelle corde à son arc et peut en être satisfait. Ainsi se pose la question de son application dans le futur. Ce schéma tactique est-il une simple option passagère ou une vraie solution à long terme ? Analyse d’un système qui présente des avantages mais aussi des inconvénients.

Les «pour»

Un trio offensif placé dans des conditions optimales
Contre l’Ukraine, Houssem Aouar, Anthony Martial et Olivier Giroud ont été alignés devant par Didier Deschamps. De ces trois-là, seul le dernier devrait garder un statut de titulaire lors des matches à enjeux. Les deux autres sont amenés à être remplacés par Antoine Griezmann et Kylian Mbappé pour former un trio potentiellement dévastateur. Déjà l’intention de Deschamps en essayant le 3-5-2 en mettant Griezmann en soutien des deux attaquants et en lui laissant une liberté créative avec l’assurance de tirer le meilleur du Barcelonais. C’est dans ce rôle que l’ancien de la Sociedad excelle et il pourrait profiter des remises de Giroud et des appels de Mbappé pour s’épanouir. Devant lui, le Parisien serait également placé dans des conditions où il a brillé à Monaco et où il se distingue avec le PSG. Ses qualités offrent à l’équipe de France une option dans la profondeur et s’accordent parfaitement à celles d’Olivier Giroud, son compère devant. En tant que point de fixation, l’ancien Gunner permettrait aux deux satellites qui gravitent autour de lui de profiter des espaces créés par sa présence.
 
Un milieu de terrain davantage responsabilisé
L’un des points essentiels pour assurer le bon fonctionnement d’un 4-4-2 losange, c’est le milieu de terrain. Et c’est justement un secteur de jeu où la France est plutôt bien fournie. Paul Pogba, Ngolo Kanté, Corentin Tolisso, Houssem Aouar et maintenant Eduardo Camavinga, le vivier des Bleus à ce poste est impressionnant. Qui plus est, tous les joueurs cités précédemment ont les qualités pour s’éclater dans ce système. Paul Pogba peut parfaitement prendre place devant la défense et devenir le chef d’orchestre des Bleus. A ses côtés, les milieux excentrés doivent avoir la capacité de répéter les efforts et faire preuve d’une justesse technique pour participer aux offensives. Exactement ce qu’ont fait Camavinga et Tolisso face à l’Ukraine.

Un système en adéquation avec le groupe de Deschamps
Quand on regarde d’un peu plus près le groupe de Didier Deschamps, on se rend compte que beaucoup de joueurs peuvent s’épanouir dans ce système. En attaque, outre les trois titulaires, Wissam Ben Yedder et Anthony Martial possèdent des profils hybrides, aimant naviguer entre l’axe et le côté, ce qui convient parfaitement au 4-4-2 losange. Derrière, des joueurs comme Nabil Fekir et Jonathan Ikoné, régulièrement appelées, sont plus à l’aise dans une position axiale et seraient les parfaits relais d’Antoine Griezmann quand ce dernier doit être remplacé. Avec des latéraux amenés à être très offensifs pour occuper l’espace sur les côtés, les défenseurs centraux doivent également être mobiles et bons dans la couverture. Exactement ce que sont Raphaël Varane, Presnel Kimpembe ou encore Dayot Upamecano.

Les «contre»

Pas de places pour les ailiers
C’est l’un des principaux défauts du 4-4-2 losange. Dans ce dispositif, les ailiers n’ont pas leur place. Seule solution pour eux, se repositionner dans l’axe avec un rôle de second attaquant tournant autour d’une pointe plus centrale. Dans le groupe de l’équipe de France, seul un joueur présente le profil d’un ailier pur et ne semble pas pouvoir correspondre à ce système. Il s’agit de Kingsley Coman. Très apprécié par Didier Deschamps pour sa capacité à provoquer les défenseurs adverses et débloquer une rencontre sur un seul dribble, le Munichois pourrait payer un éventuel passage à ce schéma tactique. Il ne pourrait ainsi pas débuter les rencontres et le faire rentrer obligerait son coach à changer complètement son organisation.

Le manque des latéraux
C’est un problème récurrent en équipe de France. Depuis les départs de Willy Sagnol et Éric Abidal, aucun latéral n’a vraiment su s’imposer chez les Bleus. À tel point que la France est devenue championne du monde en 2018 avec Benjamin Pavard et Lucas Hernandez, deux défenseurs centraux repositionnés. Ce manque était déjà un souci dans une formation en 4-2-3-1 et pourrait être décuplé dans un 4-4-2 losange. Seul joueur responsable de l’animation sur son côté, le latéral a un rôle primordial et doit apporter offensivement pour permettre à son équipe d’étirer le bloc adverse. S’il n’est pas assez percutant, le système d’attaque peut vite devenir stéréotypé et prévisible pour l’adversaire. Un aspect qui pourrait freiner le choix de Didier Deschamps au moment de passer à ce système.
 
Un système qui demande beaucoup de travail
Evidemment, tous les systèmes demandent un travail régulier à l’entrainement pour le perfectionner. Mais le 4-4-2 losange est peut-être un peu plus demandeur que les autres. C’est un schéma tactique assez peu courant aujourd’hui, dans lequel les joueurs n’ont plus l’habitude d’évoluer. Formés dans des dispositifs où les ailes sont occupées, l’apprentissage d’une telle organisation leur prendrait du temps. Et cela, Didier Deschamps en a peu. Pouvant vite devenir très lisible pour l’adversaire s’il n’est pas animé correctement, ce système de jeu mal exécuté pourrait facilement devenir un problème pour les Bleus.

Benoit Desaint