Les deux buteurs Firmino et Neymar ont donné la victoire au Brésil/Photo prise le 8 septembre 2018/REUTERS/USA Today Sports (L'Equipe)
Amical

Le Brésil, entre petits nouveaux et continuité

Après une élimination prématurée en quart de finale de la Coupe du monde face à la Belgique (2-1), le Brésil, pourtant grand favori du Mondial, veut repartir sur de bons rails. Avec beaucoup de continuité, et du sang neuf.

Seize ans. Voilà seize ans que la Seleçao, quintuplement étoilée, n'a pas soulevé le prestigieux trophée. Et peu importe les générations dorées, avec Neymar et Cie, le Brésil n'y arrive toujours pas. Il a certes vécu un tout autre Mondial que celui de 2014, bien moins traumatisant, aussi. Mais l'élimination en quart de finale face à la Belgique, impressionnante d'efficacité avant de bétonner à merveille, a laissé des traces, et terni les perspectives de titre planétaire pour certains éléments, à commencer par Thiago Silva, qui soufflera ces prochains jours ses 34 bougies. La bonne ambiance au sein du groupe à Sotchi, camp de base brésilien en Russie, reste pourtant, à en croire certains, un acte fondateur. Car le Brésil semble reparti du bon pied, avec dans le viseur la prochaine Copa America, qui peut (enfin) sacrer Neymar, désormais capitaine indiscutable de la sélection. La victoire face aux Etats-Unis, samedi dernier (2-0), est une première étape. Certes aisée pour le pays de foot qu'est le Brésil, mais l'avènement d'une nouvelle génération, dorlotée par un entraîneur paternaliste et unanime, donne des perspectives heureuses. À condition d'éloigner les vieux démons des dernières compétitions internationales.

Petits nouveaux à l'essai...

Une nouvelle génération que le sélectionneur Tite n'a pas hésité à convoquer dès ce premier rassemblement post-Russie. Et parmi eux quelques noms sont déjà bien connus du vieux continent, dont Fabinho, Richarlison, Fred, ainsi que Lucas Paqueta, pépite du Championnat brésilien souvent annoncé de ce côté-ci de l'Atlantique. Jeunes talents en devenir, mais pas que, ces bonshommes-là ont encore des responsabilités limitées. Quoique, puisque Fabinho a déjà séduit comme latéral droit, où Dani Alves approche de la retraite, et que Richarlison pourrait jouer les trouble-fêtes dans la hiérarchie des attaquants de pointe*, où les deux formidables Firmino et Jésus font déjà le job. Un peu d'émulation donc, de quoi ravir quelques avides de nouvelles têtes, et des visions à long terme avec une moyenne d'âge peu élevée. Car beaucoup seront encore dans la fleur de l'âge à l'aube de la Coupe du monde 2022 au Qatar. Tite ne le sait que trop bien, les essais ne seront pas tous concluants. Mais le Brésil voit juste en accordant du temps de jeu à ceux qui le construiront demain. Et avec d'autres joueurs non convoqués comme Malcom ou Allan, la relève semble assurée.

...et cadres attendus

Et si le Brésil peut compter sur quelques nouvelles têtes pour apporter autre chose en termes de profils, d'options tactiques et d'état d'esprit, l'intégralité de l'effectif n'a évidemment pas été renouvelé. Forte de ses nombreux talents, la Seleçao va avoir besoin de ses cadres pour entrevoir les grands succès espérés, à commencer par Neymar, nommé capitaine. Celui qui pourrait dépasser Pelé dans l'histoire des buts en sélection est toujours perçu comme l'enfant prodigue du onze auriverde, et sa Coupe du monde, où il a été raillé pour ses simulations malgré des capacités physiques réduites, ne doit être qu'une erreur de parcours. À ses côtés, Tite semble avoir pleinement confiance en Casemiro. Suspendu en quart de finale, la milieu du Real Madrid aurait pu être le facteur X, lui qui excelle à la récupération et dans la gestion des temps faibles, et son absence a été préjudiciable à un poste où Fernandinho, persona non grata désormais, s'était effondré. Concernant l'arrière-garde, la paire 100% PSG Silva-Marquinhos est privilégiée, surtout en l'absence de Miranda, et Alisson est naturellement devenu le portier numéro 1. Une colonne vertébrale solide, qui gagne à engranger de l'expérience, et qui devrait constituer l'avenir du Brésil (un peu à l'image de la colonne Griezmann-Pogba-Varane-Umtiti-Lloris pour la France, qui concentre énormément de leadership), en ajoutant à cela des leaders techniques comme Roberto Firmino, Gabriel Jesus ou Douglas Costa, qui prendront une dimension autrement plus grande dans les mois à venir.

Tite pour la continuité

Sur le banc, et malgré l'élimination en quarts du Mondial, Tite a rempilé. Pas de quoi s'étonner, lui qui est adulé par son groupe et surtout par Neymar, polarisateur de toutes les attentes. Un entraîneur paternaliste, aux idées claires et qui fait passer le groupe avant tout. C'est peut-être ce qu'il leur faut, à ses jeunes Auriverde, et à la décriée CBF (fédération brésilienne), qui a - à raison - forcé le trait pour ne pas plonger dans l'absurdité du licenciement au premier faux pas. Tite, lui, un temps annoncé au Real Madrid, semble bien en place, et a bâti un groupe qui le soutient. Au même titre que les fans, dont le jeu plaisant du Brésil, notamment lors des derniers éliminatoires du Mondial, a plu. Pas un jeu de position/possession abusif, alors qu'il a les joueurs à sa disposition pour le faire, mais un football hybride, amoureux des transitions rapides, qui correspond parfaitement aux matches internationaux et aux préparations tronquées des sélections. Et au-delà de ce jeu séduisant, extrapolé par les fantaisies brésiliennes que l'on connaît et adore, les résultats, eux, doivent suivre. Pour faire rentrer Neymar et ses copains dans une nouvelle dimension et surtout dans l'histoire du Brésil. Qui a connu tant et tant de grands joueurs, de Pelé à Socrates en passant par Ronaldo, Ronaldinho et d'autres...

Antoine Bourlon
*préféré sur un côté en Angleterre, il semblerait que Tite voit Richarlison comme un numéro 9.
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PijourletPh 12 sept. à 8:14

Avec cet effectif, il était impossible de perdre contre la Belgique. Le sélectionneur est peut être adulé par ses joueurs mais il a failli dans le Mondial. Pas de plan défensif. Effectivement Casemiro comblait cette lacune, mais sans lui les brésiliens sont perdus quand il s'agit de défendre au milieu de terrain.