(L'Equipe)
Le tacle à retardement de Julien Cazarre

Le dernier tacle à retardement de Julien Cazarre : Final four

Comme chaque semaine, Julien Cazarre glisse son tacle à retardement dans France Football. Il revient cette fois sur la nouvelle formule de la Ligue des champions disputée cet été.

Vous sentez le beau four ? Non pas le four à pain qui diffuse une odeur de brioche le matin quand on passe près de la boulange en allant à l'école dans le froid glacé de l'hiver... (Oh merde, on dirait du Daniel Guichard... qui mériterait un stade à Saint-Étienne, rien que pour l'ambiance !) Je parle bien sûr du bon gros four théâtral qui renvoie les acteurs et metteurs en scène en dépression après des mois de répétition pour finir par se prendre des cageots de tomates dans la tronche à la première du spectacle. L'UEFA vient de nous pondre, après plusieurs semaines de brainstorming en mode «house party», une nouvelle formule de la Ligue des champions qui va tout casser cet été. Attention, accrochez-vous, va y avoir du vent... Des quarts de finale, des demi-finales et une finale... sur un match sec dans un lieu unique... Voilà. Ben, ça valait le coup d'attendre, on n'a pas vu ça depuis que Jules Rimet est sorti des waters le froc sur les pompes en criant : «Eh, les gars, j'ai une idée de ouf, on va faire une coupe avec tous les pays du monde et on va l'appeler Coupe du monde.»

En même temps, quand on y réfléchit, y avait pas cinquante-six solutions pour finir le taf en un mois vite torché pour faire plaisir aux partenaires et aux diffuseurs. Là, c'est fait, c'est bien emballé, merci monsieur, je vous fais pas un papier cadeau, c'est pour manger tout de suite. Sur le papier, c'est assez séduisant en fait, y a un côté compét' d'été internationale avec la fragilité et la tension du «pas le doit à l'erreur» comme quand tu sautes en parachute sans parachute et que tu te dis que t'en trouveras bien un sur le chemin... Ça va être génial, tout le monde sera à bloc et remis dans le game grâce aux matches de Championnats qui sont quand même plus affriolants qu'un amical de prépa contre une Troisième Division autrichienne dans un stade amateur de la banlieue de Salzbourg.
Pauvre Jean-Mich Much, il est pas vernis le mec. À côté, Jean-Claude Dusse, c'est un gagnant à l'Euro Millions.
Les Allemands sont en feu, les Italiens et les Espagnols ont des fourmis dans les jambes, les Anglais chauffent les starting-blocks, ça va être tendu comme un string en fin de vacances. Une ambiance de départ de sprint où faudra pas foirer son départ. Et les Français ? Heu, ben... Ah oui, c'est vrai que l'OL et le PSG sont en course ! Ben, ils vont arriver sur la ligne de départ gras comme des cochons, avec comme seul échauffement le trajet à la marche entre le vestiaire et le rond central du terrain. Pauvre Jean-Mich Much, d'habitude, j'aime bien le fouetter avec un bouquet de ronces, mais là, faut reconnaître qu'entre l'arrêt de la Ligue 1 et ça, il est pas vernis le mec. À côté, Jean-Claude Dusse, c'est un gagnant à l'Euro Millions.

Il va arriver plein d'espoirs, d'envie et de souffle au cœur à la première accélération, gonflé par sa victoire courageuse du match aller d'il y a trois mois et il va se prendre une claque sur le museau rapido facto par Cristiano Ronaldo... Merci, bonsoir, on s'est cassés le coccyx à arriver jusque-là et on se prend une porte de saloon dans la tronche. Et le PSG, me direz-vous ? Eux aussi, ils vont être les cocus de l'histoire, pour une fois qu'ils passent les huitièmes... Ben, justement pas, au contraire, ça sent la chatte à DD cette histoire. Le manque de rythme ? Ils n'ont pas de rythme, jamais, alors, ça changera pas grand-chose. Le manque de compét' ? Ils n'ont pas de compét', ils jouent en Ligue 1. Le stress de jouer devant son public ? Y a pas de public. La peur d'une remontada ? Y a pas de match retour ! C'est à se demander si c'est pas Nasser qui a inventé la nouvelle formule. Ça va finir par se voir...

Julien Cazarre
Réagissez à cet article
500 caractères max
ADS :