(L'Equipe)
LE TACLE À RETARDEMENT DE JULIEN CAZARRE

Le dernier tacle à retardement de Julien Cazarre : Létang moderne

Comme chaque semaine, Julien Cazarre glisse son tacle à retardement dans France Football. Il revient cette fois sur la décision de Rennes de renvoyer Olivier Létang.

Ce matin, je me mettais à la place du pauvre supporter de Rennes qui trempait son croissant dans le chouchen les yeux hagards et qui, la tête encore embuée de la biture de la veille, se demandait si ce qu'il venait de lire dans Ouest-France était vrai... «Olivier Létang débarqué du Stade Rennais.» Alors, j'entends déjà les cris d'orfraie de nos amis d'Ille-et-Vilaine : «Quoi, mais, mais, c'est un scandale ! C'est quoi ce cliché ? Les Bretons, on lirait tous Ouest-France ? » Je reconnais que sur ce coup, j'y suis allé un peu fort, surtout que la plupart chopent leurs infos sur Mediapart, Rue89 ou Non Stop People, comme tout le monde...

Le résultat est le même puisque la nouvelle est tombée comme Wahbi Khazri du plongeoir de dix mètres, elle fait du bruit et elle éclabousse. Olivier Létang, le président qui, en deux ans, a rapporté une Coupe de France, une dignité, et la fin de la lose au Stade Rennais, vient d'être gentiment invité à aller se faire voir chez les Grecs. Autre cliché qui revient souvent sur les Bretons, outre le fait qu'ils ont des chapeaux ronds au cas où on aurait des chapeaux carrés, c'est qu'ils sont têtus. Papa Pinault et son fiston, il faut reconnaître qu'ils ont la tête dure, et quand il faut trancher dans le vif, ils n'y vont pas avec le couteau à beurre salé, mais là, on passe encore un cap !
Les Pinault sont les derniers romantiques du football, et Olivier Létang, avec son pragmatisme froid et cynique, n'a cure des traditions.
Moi, dans un premier temps, je me suis dit qu'il en avait marre que tout aille si bien, et que l'approche d'une apothéose sur un podium lui file de l'urticaire comme si ça remettait en cause l'ADN, la valeur essentielle de ce club qui le rend unique... la lose. Peut-être s'attache-t-il à cette lose comme un Castillan à la corrida ou un Wallon à sa moustache. Peut-être se dit-il qu'en gagnant un titre de temps en temps et une participation à la Ligue des champions de manière occasionnelle, il entre dans la catégorie déjà bien remplie des bons clubs pépères de Ligue 1 comme Strasbourg, Montpelier ou Lille... Alors que, jusqu'à l'an dernier, le Stade Rennais était unique : unique dans cette manière de toujours tout faire foirer au dernier moment, de tout gâcher à l'instant fatidique, en gros, être le plus gros club de loser de France.

C'est pas rien d'être ça, c'est comme un titre. Un titre de noblesse. On en parle dans les salons, dans les cafés, sur les plateaux de télé. On en rigole, on s'en étonne, mais on en parle. Poulidor serait-il aussi populaire s'il avait gagné un Tour de France ? Bien sûr que non, il aurait rejoint les Henri Pélissier, Firmin Lambot et autres Louis Trousselier qui, eux, ont réussi à remporter une Grande Boucle, mais qui s'en souvient ? Mais oui, c'est sûrement ça, les Pinault sont les derniers romantiques du football, et Olivier Létang, avec son pragmatisme froid et cynique, n'a cure des traditions. Qui, à part la famille Glazer à Manchester, met le romantisme avant le résultat ? Aujourd'hui, plus personne ne pense à cette donnée fondamentale qui a fait que chacun d'entre nous, depuis gamin, ne pleure que dans deux sanctuaires : le cimetière et le stade. Pinault et Glazer le savent bien, le romantisme est l'essence de la vie ! C'est sûrement avec ce genre de valeurs qu'il sont devenus milliardaires... À n'en pas douter.
Julien Cazarre
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jose.gordino 14 févr. à 19:42

Je te préférerais à Canal...

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