ben arfa (hatem) rami (adil) (MARTIN/L'Equipe)
Bleus

Le destin d'un réserviste

Didier Deschamps a dévoilé sa liste des 23 pour la Coupe du monde en Russie. Une liste accompagnée d'une autre, concernant les suppléants. FF.fr propose un retour sur cette tradition en équipe de France, apparue pour la première sous Aimé Jacquet en 1998.

L'heure fatidique a sonné. Ce jeudi soir, au 20h de TF1, le sélectionneur Didier Deschamps a dévoilé sa liste des 23 élus qui vont participer à la Coupe du monde en Russie dans un mois. Mais l'ancien entraîneur de l'OM n'a pas divulgué qu'une seule liste. Une autre, qui accompagne celle des 23, a été divulguée au journal télévisé, et sera constituée de onze suppléants. Ces joueurs n'effectueront pas le stage de préparation avec le groupe choisi pour le Mondial. Des joueurs pas vraiment recalés, mais un peu quand même. Un statut hybride, pas si flou que ça, et surtout bien mieux banalisé par Didier Deschamps que par ses prédécesseurs.

1998, Aimé Jacquet : la nuit terrible des «bannis bleus»

C'est lors de la Coupe du monde française que la notion de réservistes fit son apparition. Le 23 mai 1998, le sélectionneur Aimé Jacquet, très critiqué, présente lors d'une conférence de presse, et face aux nombreux journalistes, une liste de 28 joueurs, qu'il doit réduire à 22 quelques avant le début de la compétition. La décision de cette liste rallongée ne fait pas l'unanimité. Le quotidien L'Equipe titre sa Une du lendemain par un «Et si on joue à treize ?», alors que France 3 ne manque pas de rappeler dans un de ses reportages «la réputation d'éternel indécis» d'Aimé Jacquet. Peu avant le début du Mondial, le sélectionneur convoque six joueurs dans sa chambre à Clairefontaine, peu avant la tombée de la nuit. Les bannis sont désormais connus : Sabri Lamouchi, Martin Djetou, Nicolas Anelka, Pierre Laigle, Ibrahim Ba et Lionel Letizi. Le sélectionneur leur demande de rester jusqu'au lendemain matin afin de passer un dernier petit-déjeuner avec le reste du groupe. Refus catégorique des malheureux, qui quitteront Clairefontaine dans la nuit en taxi. Un moment qui a marqué Pierre Laigle, comme il l'a confié au site Foot Mercato en 2010 : «La carrière de footballeur est faite de bons et mauvais moments, celui-là a été le plus mauvais de toute ma carrière mais il faut savoir l'accepter».

2002 et 2006, Roger Lemerre et Raymond Domenech : l'ère des «listes sèches»

Roger Lemerre, successeur d'Aimé Jacquet et déjà entraîneur adjoint en 1998, change radicalement de méthode en 2002. Déjà optée pour l'Euro 2000, sa façon de faire est un appel au compte-goutte : il convoque huit joueurs au stage de préparation à Tignes début mai, puis 13 autres à Clairefontaine la semaine suivante. Les derniers doutes concernent le poste d'avant-centre, où son cœur balance entre Nicolas Anelka et Djibril Cissé. L'attaquant auxerrois a finalement ses faveurs. «Je n'ai pas voulu sélectionner Cissé pour le laisser vivre sa vie avec son club et les Espoirs. Mais il a bousculé la hiérarchie en deux ans. Il est dans son ascension» avoue Roger Lemerre. 14 champions du monde, 16 champions d'Europe, Lemerre a opté pour le talent et l'expérience. Mais pas de réserviste.

Pour la Coupe du monde 2006, Raymond Domenech annonce une liste brute de 23 joueurs, dans l'émission dominicale Téléfoot, non sans fournir d'autre explication. A cette première liste, l'ancien sélectionneur des Espoirs (1993-2004) en fournit une deuxième, de cinq remplaçants, qu'il décide de ne pas divulguer publiquement, la livrant directement à la FIFA. Le but ? Ne faire aucune polémique. Et ça marche ! Il piochera dans cette liste pour palier au forfait de Djibril Cissé, victime d'une double fracture tibia-péroné au cours du dernier match de préparation contre la Chine (3-1) a Geoffroy-Guichard. Sidney Govou, qui avait déjà remplacé au pied levé Ludovic Giuly pour l'Euro 2004, prend sa place à la dernière minute.

2010, Raymond Domenech : le texto est à la mode

La déroute en Suisse et en Autriche lors de l'Euro 2008 et la célèbre demande en mariage de Raymond Domenech à la télévision après l'élimination des Bleus contre l'Italie ne forcent pas la Fédération à pousser le sélectionneur vers la sortie. Toujours en poste, Domenech prépare la prochaine échéance, la Coupe du monde en Afrique du Sud, et décide de retarder le plus tard possible l'annonce pour livrer sa liste définitive : 30, puis 24, avant d'arriver enfin à 23 sélectionnés. Hatem Ben Arfa et Mickael Landreau sont privés du Mondial, comme Adil Rami, Yann Mvila, Lassana Diarra, Jimmy Briand et Rod Fanni. «C'est un moment très douloureux de partir du groupe. Je l'ai vécu en 2008 et 2010. On est projeté dans une aventure et d'un coup on met un coup de frein» se remémore Hatem Ben Arfa. Le Marseillais a même appris sa non-convocation pour le Mondial par...SMS. Un mal pour un bien finalement pour Ben Arfa et les autres, qui ne seront pas associés à l'affaire de Knysna quelques jours plus tard...

2014, Didier Deschamps : le maître des listes

La méthode du champion du monde 1998 va révolutionner l'annonce des listes. En poste depuis 2012, à la suite du départ de Laurent Blanc, Deschamps possède une approche de la convocation bien définie : une première liste de 23 joueurs, qui disputeront la Coupe du monde au Brésil, accompagnée d'une deuxième comportant 7 joueurs, «en cas de blessures». Le sélectionneur n'aime pas les surprises, et tous savaient à quoi s'attendre. Blessés, Franck Ribéry, Clément Grenier et Steve Mandanda ne s'envoleront pas pour le Brésil, et Rémi Cabella, Morgan Schneiderlin et Stéphane Ruffier feront leur apparition dans le groupe. Une Coupe du monde somme toute réussie pour les Bleus, stoppés en quarts de finale par l'Allemagne, qui ont reconquis l'opinion publique. Didier Deschamps reproduira cette technique à l'Euro 2016, et en a fait de même pour le Mondial en Russie, dans un mois.
Joffrey Pointlane
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