khatim, le frere de redouane et saad, le fils de redouane, vont se recueillir dans les tribunes avant la ceremonie (NEGREL CHRISTOPHE/L'Equipe)

Le football amateur souffre aussi du coronavirus

Si le football mondial est à l'arrêt, la plus grosse victime est sans doute le milieu amateur. Avec l'impossibilité d'organiser des tournois ou de faire tourner la buvette, c'est tout un modèle économique qui s'effondre. Alors, on réfléchit à des alternatives et on prend son mal en patience. Témoignages.

Xavier Benaud, entraîneur du FC Bressuires (Deux-Sèvres) en N3 : «Un manque à gagner de 11 000 euros»

«On était troisième à quatre points du premier avec un match en retard. Nous, sportivement, c'est vrai qu'on était bien. Mais on est un peu comme tout le monde, la priorité reste les problèmes sanitaires. On n'est pas médecin ni scientifique donc on respecte tout. Si ça peut aller plus vite en respectant les consignes, on reprendra plus vite, donc on suit les instances. On a le droit de faire un peu de sport à l'extérieur, donc tous les deux jours on va envoyer une programmation ou un entraînement. Suivant l'évolution on s'adaptera. Si on a une date de reprise, on va personnaliser davantage. Là le but est de garder un entretien régulier qu'on va préparer avec nos éducateurs seniors pour qu'ils puissent s'entretenir physiquement et psychologiquement. La difficulté c'est de savoir si on peut le faire à l'extérieur ou à domicile, donc on va varier avec des abdos, du renforcement musculaire à domicile. Ou des courses si on continue à avoir l'autorisation de faire du footing. Ça sera individuellement, chacun de son côté. On est en train de voir avec nos jeunes pour mettre en place un petit challenge à faire avec le ballon pour que ce soit ludique, pour garder le contact avec nos licenciés. Quelque chose de sympa et sans obligation. On ne va obliger personne, car chacun réagit différemment à la crise. On ne peut pas obliger quelqu'un à faire un footing s'il ne se sent pas en sécurité.

On avait un stage de foot qu'on fait pendant les vacances de Pâques qui est annulé, et un tournoi du 1er mai de U13 qui accueillait 600 gamins. On attend une quinzaine de jours pour voir si on l'annule ou pas. On s'adaptera. Il y avait un loto aussi, mais je crois qu'il est déjà annulé. Pour le club c'est toujours des rentrées d'argent en moins. On va être vigilant. Si on annule vraiment les trois manifestations, on perdra 10 à 11 000 €. Avec moi, on a trois personnes en chômage partiel, et trois contrats civiques qui ne peuvent plus bosser. Après il y aura surement des aides pour le chômage partiel. Mais il n'y aura pas de prime de match pendant cette période, parce qu'on ne joue pas. Pas de frais de déplacements non plus. On vit au jour le jour, on essaiera de trouver de nouvelles idées plus tard. Peut-être repousser les événements pour trouver d'autres sources de revenus pour ce grand club de 500 licenciés.»

«Avec moi, on a trois personnes en chômage partiel, et trois contrats civiques qui ne peuvent plus bosser».

On avait un tournoi le 1er mai, et les 80 ans du club le 20 juin. On essaye de se développer, mais les buvettes ne tournent plus. Ça fait mal en terme financier. On se prépare à vivre des jours un peu difficiles. On est un club labélisé et partenaire du DFCO. Moi je suis le seul salarié, en chômage partiel. Mais comme je suis préparateur physique, j'ai eu beaucoup de demandes pour s'entretenir chez soi, car les applications sont payantes. Donc j'ai créé une séance à destination de tout le monde. Les parents, les joueurs, les dirigeants du club, éducateurs ou même des gens de la commune. L'objectif est d'aider les gens tout en respectant le protocole. Je pense qu'en vidéo c'est plus vivant et plus ludique. Et ça montre que l'association continue de vivre. L'idée est de faire un cours de groupe individualisé.»

Simon Massol, responsable technique du FC Franchevillois (Départemental 2 du Rhône) : « On se prépare à vivre des jours difficiles »

«Sportivement, la coupure nous fait très très mal car depuis la rentrée de janvier on était sur une bonne dynamique. On était dernier mais à quatre points du premier non-relégable, on était remonté. En plus, je ne sais pas s'ils vont annuler la saison ou pas. Pour le moment il n'y a aucune communication de la Fédération. Ici on a été impacté bien avant le confinement car l'hôpital de Francheville a eu quatre cas de coronavirus, donc ça a eu une énorme conséquence sur les adhérents du club qui ne venaient plus. Et pourtant on était sur une période où les gens sortaient, les magasins étaient ouverts. Moi j'étais inquiet en voyant que rien ne se décidait au niveau de la Fédération, parce que j'ai des parents qui ne laissaient plus leurs enfants venir. Et donc j'allais droit à des forfaits. On est comme ça depuis les vacances scolaires de février. Rapidement, on a interdit les gourdes, le serrage de mains, les crachats et on a affiché les prospectus du gouvernement et de la Mairie. J'ai aussi donné l'ordre de laver toutes les chasubles après les entraînements.

«On essaye de se développer, mais les buvettes ne tournent plus. Ça fait mal en terme financier.»

Pour ce qui est de la vie de groupe, on essaye de communiquer au maximum avec un groupe Facebook, mais aussi sur le site du club, où je tente de relayer le maximum d'informations. Il y a aussi des soucis économiques qui vont se poser, pas forcément chez les seniors, mais plus dans les catégories jeunes joueurs, qui n'ont pas pu finir leurs saisons. Des parents vont peut-être poser des questions sur la licence, qui est normalement payée en septembre pour une saison complète. Auquel cas on pourrait effectuer une majoration sur les licences de l'année prochaine. Plus personnellement, j'ai des heures de coaching à confirmer dans le cadre de ma formation d'entraîneur, et pour l'instant, ces heures ne sont pas faites, j'attends des informations. Quand on a une passion et qu'on ne peut vraiment pas l'exercer, c'est vraiment frustrant.»

Si ça ne reprend pas en mai, je ne vois pas comment on peut finir les Championnats. Surtout que le mois de juin, c'est le moment où la plupart des clubs essaient d'organiser des tournois, donc est-ce que ça vaut le coup de reprendre les Championnats si on n'a pas la possibilité de les finir ? Et ça peut être une bouffée d'oxygène pour les clubs de mettre en place ces tournois pour faire jouer les gens et avoir quelques recettes. On fait pleinement confiance à la FFF pour gérer cette situation et prendre les meilleures décisions dans l'intérêt général. On ne peut que se reposer sur la décision des élus. La problématique est que c'est un cas inédit sur le plan réglementaire, rien n'est prévu dans les textes, c'est la porte ouverte aux interprétations de chacun et c'est pour ça que la décision ne peut venir que d'en haut. Au même titre que l'État s'engage à aider les entreprises qui seront en difficulté, pourquoi pas voir la FFF, si elle a un matelas financier en réserve, mettre à la disposition une aide financière aux clubs amateurs les plus en difficulté à cause de l'épidémie. Si on peut aider les gens, faut les aider mais en tenant compte de la situation avant la crise. Et c'est sûr que la Fédé doit jouer un rôle d'accompagnement. Je pense qu'ils vont le faire ! La solidarité nationale, c'est à tous les niveaux. Même si le sport à l'heure actuelle n'est pas prioritaire, il faudra éviter que des clubs se retrouvent à fermer la boutique.»

Alain Gnanhouan, entraîneur de l'US Lamorlaye (Départemental 1 de l'Oise) : «On remet tous nos objectifs entre parenthèses»

«On vit la période difficilement, mais de toute façon, on n'a pas trop le choix, on doit suivre les décisions de la Fédération. C'est compliqué, parce qu'on avait des objectifs au début de l'année, qui sont totalement remis en question désormais. On se retrouve avec une saison complètement inhabituelle, puisqu'il n'y a plus de matches ni entraînements. Maintenant, la priorité reste la santé des joueurs. Le foot, qui reste du plaisir, devient secondaire. En tant qu'entraîneur, on remet tous nos objectifs entre parenthèses. Dans la situation de confinement et d'interdiction de rassemblement, je ne peux plus les obliger à venir. Puisque la Ligue ne sait pas quand on va reprendre, je n'ai pas encore donné de programme physique aux joueurs. Si la pause s'allonge, je serai obligé d'en faire un. Je peux juste leur dire d'aller courir et de s'entretenir du mieux qu'ils peuvent.

On n'est pas trop touchés économiquement même s'il risque d'y avoir quelques pertes financières. Les stages prévus vont être annulés mais ce n'est pas vital pour le club. On n'est pas en danger. Je ne pense pas qu'un mois d'arrêt nous mette en difficulté. Si ça dure plus longtemps, on n'aura pas de dépenses. S'il n'y a pas de match ni rien du tout, on n'aura pas besoin de payer les arbitres ni les délégués. Est-ce qu'on arrête ou on continue le Championnat ? On ne tient compte que des matches joués ou que de la phase aller ? Chacun a son avis, mais je crois que c'est prématuré et inutile de parler de ça pour l'instant surtout qu'on ne sait pas combien de temps ça va durer. Il y a déjà assez de polémiques au niveau de la Ligue 1, sans parler des Championnats amateurs. C'est l'État qui donnera le feu vert pour sortir de chez soi et recommencer les activités sportives et des décisions seront prises à partir de ce moment-là. Et la FFF nous dira quoi faire. En attendant, que tout le monde prenne bien soin de sa santé et de ses proches. Il faut faire très attention et être très attentifs aux consignes.»

«Des parents vont peut-être poser des questions sur la licence, qui est normalement payée en septembre pour une saison complète.»

Si on doit faire une saison blanche, il faut se dire que ça fait partie du jeu, voilà tout. En aucun cas je ne mettrai la santé de mes adhérents en danger. On essaye quand même de garder tout le monde en communication au sein du club. Sur le site, on revient sur des anciens événements. Hormis ça, le club est totalement à l'arrêt. Après le confinement, si les Championnats reprennent, cela va tout décaler pour nous. Puisque normalement, nous sommes en tournoi les week-ends de fin de saison, en mai et en juin. Une reprise du Championnat impacterait encore plus notre programme. Je préfèrerais faire une saison blanche et pouvoir reprendre dans de bonnes conditions au mois de mai, afin de pouvoir faire tous nos événements, plutôt que de privilégier des Championnats caducs.»

Johann Piccamiglio, manager général du Stade Marseillais Université Club (Bouches-du-Rhône) en R1 : «Et si la FFF donnait une aide financière aux clubs amateurs ?»

«Nous sommes un club omnisports alors s'il y a souci de trésorerie, ça peut être étalé sur plusieurs mois ou saisons éventuellement pour revenir à flot. On a fait à peu près les calculs, avec les pertes du stage d'avril qui est annulé et peut-être du tournoi en juin, ça peut éventuellement s'équilibrer avec les dépenses en moins à sortir. Le stage d'avril, c'est environ entre 15 000 et 20 000€ de recettes, si on arrive à 20 000€, ça fait 10 000€ de bénéfice car il faut enlever les salaires des éducateurs, les frais des repas, du fonctionnement etc. Déjà, on a l'argent de ce stage en moins. Le tournoi en juin, s'il saute, c'est entre 8 000€ et 10 000€ de recettes en moins aussi. Si on n'a pas de dépenses à faire ça ira mais si le Championnat reprend, on aura quand même ces frais à payer mais on n'aura pas récupéré les recettes... On est un peu dans l'inconnu ! À notre échelle, c'est inquiétant mais pas dramatique. Il faut savoir que ces stages pendant toutes les vacances scolaires représentent entre 30 à 40% de notre budget de fonctionnement. Et puis on attend de voir pour le stage de juillet où il y a généralement 150 stagiaires. On est en stand-by. On est une structure à plus de mille licenciés et j'espère qu'on a les reins assez solides pour passer cette épreuve.

«Pourquoi pas voir la FFF, si elle a un matelas financier en réserve, mettre à la disposition une aide financière aux clubs amateurs les plus en difficulté à cause de l'épidémie.»

Jean-Louis Distanti, président du Burel FC (Départemental 2 Bouches-du-Rhône) : «Que les parents profitent de leurs enfants !»

«Depuis vendredi soir, tout est fermé ! Pas d'entraînement, pas de match, plus rien ! Tout le monde reste chez soi. Les consignes sont celles du gouvernement, il faut rester confiné. On a envoyé des messages, tout le monde est au courant et chacun doit faire ce que l'État demande. Il faut passer par là, on n'a pas le choix ! La santé passe avant tout. Il y a une crise sanitaire énorme, on ne sait pas quand ça va reprendre, les instances sportives sont là pour donner les instructions et tout le monde doit les suivre. Des U6 aux vétérans, ils sont tous à la même enseigne. Mais il y a un problème, dans le sens où les parents doivent garder les enfants à la maison. C'est une épreuve pour les parents qui ne doivent pas laisser sortir leurs enfants. Je pense que c'est une période où la famille doit se ressouder parce qu'on a trop tendance à laisser aux associations de football ou d'autres choses s'occuper des enfants des autres. Que les parents profitent de leurs enfants !

«On n'est pas trop touchés économiquement même s'il risque d'y avoir quelques pertes financières.»

Catherine Mestdag, présidente de l'AFSP Reunis Lomme Delivrance (Nord) : «Des petits clubs ne pourront pas se relever»

«Pour l'instant, on vit bien la situation, on attend des informations de la part du district et de la Ligue. Eux parlent de ne pas suspendre les Championnats, l'hypothèse de saison blanche n'est pas mentionnée non plus. Comme nous sommes dans les premiers jours, on le prend plutôt bien, mais si cela perdure, il va y avoir quelques impatiences. En tant que dirigeante du club, je vais sûrement avoir des coups de fil pour savoir si les jeunes peuvent reprendre l'entraînement ou bien faire des matches amicaux. Mais malheureusement, là-dessus, on sera intraitable, la santé de chacun passe avant tout. En tant que petit club de quartier, il va forcément y avoir un impact financier sur nous, parce que le club vit essentiellement grâce à des événements : les tournois, les lotos, les belotes, les buvettes, etc., qui rapportent environ 700 euros par mois au club. Si cela devait perdurer, je pense que des petits clubs ne pourront pas se relever. Donc il devrait y avoir un très gros impact sur nous. De toute façon, la santé des joueurs passe avant, je pense que les mesures ont été prises correctement. Aujourd'hui, l'avenir du club est mis entre parenthèses. Il n'y a qu'à regarder les mesures prises dans les écoles, ça va être pareil pour nous.

«Si on doit faire une saison blanche, il faut se dire que ça fait partie du jeu,»

Emile Gillet, Maxime Desvallées et Julien Philipakis.