Soccer Football - Africa Cup of Nations 2019 - Semi Final - Algeria v Nigeria - Cairo International Stadium, Cairo, Egypt - July 14, 2019  Algeria's Djamel Benlamri and Aissa Mandi celebrate after Nigeria's William Troost-Ekong scores an own goal and the first for Algeria  REUTERS/Sumaya Hisham (Reuters)
CAN 2019

Le mur d'Alger a fait vaciller le Sénégal en finale de la Coupe d'Afrique des nations

Au prix d'une prestation collective courageuse, mais quelque peu curieuse et désordonnée, l'Algérie a glané le second titre continental de son histoire, le premier depuis 1990. Les Fennecs pourront remercier leur arrière-garde, qui a solidement tenu la barre, même par une mer parfois agitée.

Le technicien algérien l'avait répété lors du point presse d'avant-match : «Une finale, ça se gagne, point.» Et les ouailles de Djamel Belmadi semblent avoir pris cette maxime pour argent comptant. Peu importe la manière, donc, les Verts avaient une mission : gagner et seulement ça. Équipe la mieux rodée collectivement jusqu'ici, la sélection algérienne s'est quelque peu reniée dans cette finale. Un peu comme si cette ouverture du score cocasse et prématurée, sur une frappe à priori anodine, mais déviée, de Baghdad Bounedjah (1-0, 2e), avait inhibé des Fennecs croqués par leurs émotions, en témoignent certains visages lors des hymnes nationaux. Parce qu'au lieu d'asphyxier des Sénégalais en proie au doute, les Algériens se recroquevillaient aux abords de leur surface, acceptant, de leur plein gré, de suffoquer. Drôle de manière de se rassurer, en somme ... Mais le parti pris de Belmadi et ses troupes aura fonctionné pendant une heure, jusqu'au moment où l'arbitre camerounais de la rencontre désignait le point de penalty, à la suite d'une main d'Adlène Guedioura (60e). Avant de se désister, plutôt étonnamment, pour la plus grande joie des Verts. Et de tout un pays, qui se donnait le droit, pour la première fois depuis 1990, de basculer dans une allégresse dingue.

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Étrange contrôle, panique permanente

Si, le plus souvent, ce sont dans les vieux pots qu'on fait les meilleures confitures, l'Algérie a décidé, contre toute attente, de changer son fusil d'épaule. Les Lions, rapidement menés, devaient répliquer. Mais leur difficulté structurelle à faire la différence sur attaque placée a mis la bande à Belmadi sur les bons rails, la laissant relativement sereine dans un premier temps. Tandis que les contacts rugueux se multipliaient dans l'entrejeu, seul Henri Saivet, sur coup franc, parvenait à envoyer un coup de casque venu donner quelques sueurs froides aux supporters algériens (14e). Riyad Mahrez, lui, grand héros de la demi-finale, se démenait comme un beau diable, confirmant ainsi ses bonnes dispositions au moment d'effectuer le repli défensif pour soulager son latéral droit. Pour exemple, il revenait à fond les ballons dans sa surface pour détourner un centre de Youssouf Sabaly (18e), avant, au sortir des vestiaires, de venir écœurer par deux fois le côté gauche sénégalais (54e).  
 
Si Saivet tentait de nouveau de susciter l'émoi dans la défense algérienne, notamment sur coup franc, Ramy Bensebaini (20e), puis Adlène Guedioura (43e) repoussaient le danger. Mais voilà, au fil du match, les Algériens, un temps en gestion et à leur main, voyaient leurs gambettes trembloter. Et pas qu'un peu. Mais ces derniers pourront encore une fois remercier des Sénégalais peu inspirés, incapables de pénétrer dans la surface adverse. Et hormis un enchaînement de grande classe de Mbaye Niang (37e), et une praline de Sabaly (69e) des vingt-cinq mètres, à chaque fois, l'Algérie ne concédait rien.

Densité et circuits saccadés

Si Belmadi semblait, par moments, voir son bloc remonter, ses hommes ne l'ont visiblement pas entendu de cette oreille. Sans doute qu'ils se complaisaient fortement dans cette drôle de configuration. Toujours est-il que l'Algérie, pourtant tranchante et efficace sur ses sorties de balle à l'accoutumée, peinait à relancer correctement le cuir et toucher sa ligne offensive. Youcef Belaïli, pourtant intenable tout au long de la compétition, n'a pas existé. La faute à une animation offensive extrêmement pâle, quasi-inexistante. Preuve en est avec le nombre de passes réussies par les Fennecs au cours de cette finale : 199, total extrêmement faible pour une escouade qui avait pris la peine d'enchanter tout son monde cet été.
 
Assiégée, l'Algérie tentait tant bien que mal de s'oxygéner, en vain. Si le centre de Sabaly était dégagé (42e), les Fennecs ne trouvaient pas le moyen de construire correctement, relançant en catastrophe de nombreuses fois. Les Sénégalais, eux, pressaient et gagnaient du terrain, obligeant moult fois leurs adversaires à se débarrasser du ballon plus qu'autre chose. C'est ainsi, par exemple, que N'Diaye grattait un coup franc idéalement placé dans le couloir gauche (43e). Si Bensebaini et Bennacer paraissaient extrêmement nerveux, Mehdi Zeffane et la paire Mandi-Benlamri ont tenu la baraque tout du long. Le latéral rennais revenait notamment mettre fin au déboulé d'Ismaïla Sarr (45e), Djamel Benlamri, lui, étalait ses talents dans le jeu aérien, comme sur un centre menaçant venu côté droit (58e). Devant, Mahrez et consorts, coupés du reste du monde, ne pouvaient se manifester. Pour preuve, à vingt minutes de la fin, l'Algérie n'avait tenté sa chance qu'à une seule reprise. Une seule et unique frappe, pour l'histoire, qui aura donc été suffisante. Afin de permettre aux Fennecs de s'asseoir sur le toit du continent et à un tout un peuple, en pleine lutte pour son avenir, de rugir tel un lion en cage.
Mehdi Arhab
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