le pen (ulrich) (L'Equipe)
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Le Pen, la bosse du commerce

Cinq ans après avoir pris sa retraite, l'ancien Lorientais s'éclate. Après le prêt-à-porter, il a rejoint la grande distribution.

«Il y a toujours une vie après le football. Simplement, il faut savoir la préparer. Quand on est sur le terrain, tout est beau et rose. On ne pense pas forcément à l'après...» Pour Ulrich Le Pen, quarante et un ans, tout s'est joué lors des derniers mois de son ultime saison pro en Mayenne. Janvier 2010 : le président de Laval de l'époque, Philippe Jan, évoque avec l'ancien joueur de Rennes, Strasbourg et Lorient, la possibilité de prolonger son séjour chez les Tango, alors qu'il est en fin de contrat. «Il me l'avait clairement laissé entendre, pour un an ou deux, suivant mon envie. J'ai attendu en vain, jusqu'à mai. Rien n'est venu. Après ça, j'ai eu la possibilité d'aller ailleurs, j'aurais pu continuer encore quelques années comme complément d'effectif. Mais déménager, partir avec femme et enfants, me paraissait alors compliqué. J'avais besoin de stabilité. Ç'a donc été un choix par défaut.» Après dix-huit ans de professionnalisme, il met fin à une carrière bien remplie. Sans regret, il s'éloigne alors de son milieu. «Je n'ai jamais aimé être sous les feux de la rampe», précise-t-il. Il quitte donc ce football pro sans bruit ni tapage. À Laval, son épouse s'occupe d'un magasin de prêt-à-porter féminin. «On se disait que ce serait bien d'en ouvrir un autre, mais pour les hommes, quelque chose d'un peu chic.» Ce sera donc son premier projet.

Mode et magasin de sports

Le magasin est baptisé Numéro 14, en hommage à celui qu'il portait sur le terrain. Commence une autre vie. «Je devais monter sur Paris, faire les collections, courir les show-rooms des différentes marques afin de négocier les tarifs des vêtements, des chaussures. L'idée, c'était de proposer un large choix pour satisfaire notre clientèle locale.» Le natif d'Auray, dans le Morbihan, se souvient de cette période : «On ne choisit pas la collection en fonction de ses goûts. On écoute les conseils pour suivre les tendances. Ce qui marche à Paris met un an et demi à arriver chez nous, en Mayenne.» L'ancien passeur décisif découvre un métier, où il faut «chaque jour faire du chiffre. Pour y arriver, on a recruté une vendeuse expérimentée.» Au bout de quelque temps, Ulrich décide de «jumeler» sa boutique avec celle de son épouse. Resté actionnaire, il a depuis laissé la gestion à ses beaux-parents même s'il reste présent pour installer les collections. Entre-temps, il a intégré un autre monde, celui de la grande distribution, chez Décathlon, toujours à Laval, dans le domaine des sports collectifs. «J'aime le contact avec la clientèle. Les gens apprécient qu'il y ait un peu d'humanité dans les conseils. Ça me ressemble !» Pour celui que l'on surnomme «Lulu», travailler est une nécessité financière et sociale : «Très honnêtement, si j'avais pu être rentier et père de famille, pourquoi pas ? Mais, vu mon éducation, de toute façon, je n'aurais pas pu rester à ne rien faire. Là, je me lève en me disant que je fais quelque chose d'utile.»

Retour à Laval ?

Ce père de quatre enfants – «deux garçons de treize ans et huit mois, deux filles de dix et sept ans» – mène donc une existence certes paisible, mais bien remplie. Parfois, au détour d'une invitation, il rechausse les crampons. «L'an dernier, j'avais joué contre les anciens Bleus avec les amis de Laval. Quand on m'appelle, j'essaie de me rendre disponible, mais j'ai arrêté le sport. Je m'entretiens juste un peu, en pratiquant du paddle et du squash.» Le football, pourtant, pourrait bien revenir dans sa nouvelle vie. «Quand on me parlait de l'après-terrain, je précisais que ce serait loin du ballon. Mais on est rattrapé parfois par ce que l'on sait faire. Je n'ai pas passé mes diplômes alors que j'en ai eu souvent l'opportunité. Mais je ne le jugeais pas utile. Dommage, parce que j'aurais pu aider les jeunes, à l'école de foot, à la formation.» Récemment, Ulrich s'est entretenu avec Christian Duraincie, le président actuel de Laval. «J'ai compris que le club souhaitait élargir sa cellule recrutement. Je lui ai donc dit que j'avais envie d'apporter ma pierre à l'édifice et aider Jean Costa, le recruteur du club. Ma candidature est sur leur bureau, les cartes sont entre leurs mains.»

Frank Simon
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