Les attaquants, une spécialité made in Lyon. (L'Equipe)
Grand Format

Les attaquants, la tradition maison de Lyon

Lyon a la particularité de former puis de révéler des attaquants de premier plan depuis plus de vingt ans. Quelle est la recette de cette spécialité maison ?

Florian Maurice, Ludovic Giuly, Cédric Bardon, Frédéric Kanouté, Joseph-Désiré Job, Sidney Govou, Bryan Bergougnoux, Karim Benzema, Hatem Ben Arfa, Loïc Rémy, Alassane Pléa, Alexandre Lacazette, Yassine Benzia, Anthony Martial, Nabil Fekir, ou encore Aldo Kalulu, le petit dernier. La liste est longue, et vous le savez. Cela fait maintenant 25 ans que le centre de formation de l'Olympique Lyonnais produit des attaquants de premier plan. De la quantité, de la qualité, de la régularité pour implanter une véritable spécificité maison qui mérite d'être étudiée de près. Alors c'est quoi la recette lyonnaise ?
«Les recruteurs et les éducateurs sont extrêmement compétents. Ils font un super travail. Aujourd'hui, le temps montre que c'est du très haut niveau. Ce sont tout simplement les meilleurs...»
«Il y a un vrai savoir-faire à l'OL, décrète Job, formé et lancé par les Gones dans les années 90. Chez les recruteurs, tout d'abord. Les gars ont l'œil, c'est impressionnant notamment en ce qui concerne les attaquants. Puis chez les éducateurs au centre. Depuis des années, tous ces gens-là à ces deux niveaux, à ces deux échelles, qu'ils ne soient plus là comme Alain Thiry (décédé en début d'année, Ndlr) ou José Broissart, qui n'est plus au club, ou qu'ils soient encore là, comme Gérard Bonneau (le responsable de la cellule recrutement des jeunes, Ndlr), René Duplessy ou Armand Garrido par exemple, sont extrêmement compétents. Ils font un super travail. Aujourd'hui, le temps montre que c'est du très haut niveau. Ce sont tout simplement les meilleurs, il faut le dire.» C'est fait.
Ben Arfa, Benzema et Rémy, trois des meilleurs attaquants formés par Lyon. (L'Equipe)
Ben Arfa, Benzema et Rémy, trois des meilleurs attaquants formés par Lyon. (L'Equipe)

Un goût marqué pour «la liberté de créer»

Le principal ingrédient identifié, il s'agit désormais de trouver les autres composants primordiaux. «On est plus sensible au jeu d'attaque. On a un style offensif depuis très longtemps, tranche Garrido, responsable des U17 et présent à la formation lyonnaise depuis 1989. Les garçons que nous avons et que nous avons eus sont plus orientés vers un football offensif. Aujourd'hui, dans notre pédagogie d'entraînement, il est très clair qu'on responsabilise davantage les attaquants en leur disant de tenter, de se libérer, de prendre des risques. On leur laisse beaucoup de liberté, de liberté de créer surtout.»
«Cette spécificité, c'est certain que ce n'est pas le fruit du hasard.»
Bergougoux appuie. «On travaillait beaucoup devant le but, que ce soit lors d'exercices avec des centres, des ballons qui viennent de l'arrière, de la tête, on faisait beaucoup d'ateliers techniques. On travaillait beaucoup plus le jeu offensif que le reste. Mais vraiment énormément.» Une direction choisie qui ne s'inscrit pas dans une tendance mais dans une philosophie. «On veut marquer le plus de buts possible, c'est un truc qu'on nous apprend des équipes de jeunes jusqu'en équipe première. Forcément, cela favorise l'éclosion d'attaquants ou même de joueurs techniques offensifs. Cette spécificité, c'est certain que ce n'est pas le fruit du hasard», assène le joueur estampillé Made in Lyon.
Joseph-Désiré Job, un attaquant made in Lyon (L'Equipe)
Joseph-Désiré Job, un attaquant made in Lyon (L'Equipe)

Un cercle vertueux

«Oui, c'est ça, c'est un état d'esprit. Et on l'inculque dans toutes les catégories, des plus petits aux plus grands, assure Stéphane Roche, qui a succédé à Rémi Garde à la tête du centre de formation du club rhodanien en juin 2011. Chez nous, l'attaquant est bien particulier. Il ne peut pas se satisfaire de marquer des buts. Il doit être participatif, inventif, capable de s'intégrer dans le jeu de mouvements, de timing, que l'on souhaite proposer, tout en apportant sa touche technique créative. On cherche à développer chez lui des compétences offensives qu'il met au service du collectif, de l'équipe. D'ailleurs, les jeunes attaquants sont repérés par rapport à ces critères-là.» «Et il faut bien rendre hommage aux recruteurs (la cellule comporte une quinzaine d'hommes, Ndlr), insiste Garrido. Ce sont eux qui sont au départ. Ils sont quand même sacrément intéressants les attaquants qu'ils nous amènent.»
«À l'OL, un jeune attaquant a un exemple de la génération précédente à son poste. Ces modèles de réussite sont pour nous une sorte de fil conducteur.»
On y revient. Job avait visé juste. «Bien sûr que c'est déjà le recrutement (effectué à 70 % dans la région Rhône-Alpes, où opèrent sept personnes, Ndlr), soutient Roche. Au club, nous avons cette capacité à repérer et à attirer de très bons jeunes, notamment à des postes offensifs mais pas seulement. Et puis la réussite des attaquants formés chez nous donnent envie à de très bons jeunes joueurs de venir. La formation a du sens pour nous, et donc pour eux. Ils peuvent se dire qu'ils ont davantage de chances de progresser et de s'épanouir chez nous, plutôt que dans d'autres équipes au jeu plus direct. C'est tout un contexte global. À l'OL, un jeune attaquant a un exemple de la génération précédente à son poste. Ces modèles de réussite sont pour nous une sorte de fil conducteur.» «C'est exactement ça, poursuit Job. Avec Frédéric Kanouté, avant nous, il y avait les Maurice, Giuly. On les avait vus au centre, ensuite on les voyait à Gerland et ça nous motivait, ça nous inspirait. On se disait : "on a aussi notre chance et on peut aussi y arriver". Il ne faut pas croire, ces exemples, quand on est jeunes, on les a dans la tête.»

Une volonté économique ?

Bergougnoux acquiesce puis lance une nouvelle piste. «Il ne faut pas oublier que le club est géré intelligemment. Un attaquant se revendra toujours plus cher qu'un défenseur. Donc peut-être que la formation est aussi accentuée sur les attaquants par rapport à ce critère économique.» Roche réagit. «En aucun cas, le facteur économique entre en compte dans une volonté d'accentuer le travail sur les joueurs offensifs. C'est strictement sportif et pédagogique. On n'est pas dans cette démarche-là.»
«Avec Bernard Lacombe, Florian Maurice, Sidney Govou, on a une sorte de fibre, on l'entretient.»
Alors, une fois que le temps de cuisson est respecté, tout ça préparé, mélangé et mijoté avec soin par les marmitons de la maison sent vraiment bon. Mais, avant de servir et de déguster la spécialité lyonnaise, il est nécessaire que le chef local goûte et apporte au plat son assaisonnement personnel. «Bernard Lacombe est très important pour les attaquants, effectivement, garantit Bergougnoux. Il leur a apporté et leur apporte encore sans doute beaucoup. Il parle et donne énormément de conseils sur les déplacements à effectuer, les positions à trouver par rapport au ballon, par rapport aux défenseurs.» «C'est une vraie influence», renchérit Job. «Il y a quelques années, j'avais même la chance de l'avoir avec moi sur plusieurs séances, se rappelle Garrido. Il mettait les crampons et venait donner ses conseils aux attaquants. Il fallait voir ça. Aujourd'hui, il est toujours là. Florian Maurice est responsable de la cellule de recrutement de l'équipe première, Sydney Govou travaille avec les 15 ans... On a une sorte de fibre. On l'entretient.» Plus qu'une affaire de goût, à Lyon, les attaquants sont définitivement une histoire de tradition.

Thomas Simon
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monacoforever92 25 sept. à 18:17

et encore merci pour Martial !

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