En 1968, George Best rejoint ses coéquipiers Bobby Charlton et Denis Law au palmares du Ballon d'Or. (L'Equipe)
Ballon d'Or France Football

Les équipes collectionneuses de Ballons d'Or (1/2) : Quand Manchester United et le Milan AC régnaient sur l'Europe

Qu'elles aient dominé leur époque ou réussi à attirer les plus grandes stars du football, certaines équipes font figure de collectionneuses de Ballons d'Or. Parmi elles, Manchester United dans les années 1960 et le Milan AC du début des années 1990.

Manchester United 1968-1969 : Law, Charlton et Best

Poids lourd du football européen des années 1960, deux fois vainqueur du Championnat d'Angleterre (1965, 1967) et une fois de la Coupe des clubs champions (1968), Manchester United a été un fournisseur important de Ballon d'Or France Football au cours de la décennie. Duncan Edwards, la pépite mancunienne impressionnante de précocité, avait déjà terminé troisième du BO 1957, avant de trouver la mort dans le crash de Munich quelques mois plus tard, à seulement 21 ans.
En 1964 c'est un autre joueur de l'entraîneur mythique Matt Busby qui est récompensé. À 24 ans, l'Écossais Denis Law est élu à la surprise générale devant le favori Luis Suarez, alors que son équipe de Manchester United n'a remporté aucun trophée cette année-là. Le volcanique attaquant écossais, attraction majeure du championnat anglais, en est aussi l'un des meilleurs buteurs : sur la saison 1963-64, il inscrit 46 buts toutes compétitions confondues, un record.

Deux ans plus tard, l'Anglais Bobby Charlton, sacré champion du monde à l'été 1966, est élu avec la plus petite des marges (un point seulement) devant Eusebio. Survivant du crash de Munich, pilier des Red Devils de Matt Busby (il y a fait ses débuts en 1953), Bobby Charlton devient le deuxième joueur de Manchester United récompensé.
Avec cette élection d'une courte tête devant la star Eusebio, Sir Bobby Charlton remporte son troisième duel de l'année face à l'attaquant portugais : en mars, Manchester United avait corrigé le Benfica Lisbonne en quart de finale de Coupe des clubs champions (3-2 à l'aller puis 5-1). Quelques mois plus tard, les deux stars s'étaient retrouvées, en demi-finales du Mondial anglais et cette fois encore, Bobby Charlton était sorti vainqueur du duel : victoire 2-1 et doublé de l'Anglais, qui allait remporter quelques jours plus tard la Coupe du monde.
Bobby Charlton, symbole d'une équipe d'Angleterre couronnée en 1966. (Gerry Cranham/OFFSIDE/PRESSE S/PRESSE SPORTS)
Bobby Charlton, symbole d'une équipe d'Angleterre couronnée en 1966. (Gerry Cranham/OFFSIDE/PRESSE S/PRESSE SPORTS)
En 1968, Manchester United fait coup double : non seulement Bobby Charlton est encore présent à la deuxième place du podium, comme l'année précédente, mais il est cette fois devancé par un coéquipier. Étincelant tout au long de l'année, grand artisan du premier titre du club en Coupe des clubs champions, George Best a marqué l'année 1968.
Par son style de jeu virevoltant autant que par son charisme magnétique, symbole d'une nouvelle génération de footballeurs modernes, Best a emmené Manchester United au sommet du football européen. Celui dont l'icône Matt Busby disait qu'il était «Un super génie, un magicien du football» a permis aux Red Devils, vainqueurs de trois trophées en cinq ans, d'aligner l'année suivante trois Ballons d'Or France Football sur le terrain. Les trois joueurs stars du club, artisans de la victoire de 1968 en Coupe d'Europe, ont plus tard été honorés par une statue devant Old Trafford, gravant dans le bronze l'importance historique de la «Sainte Trinité» de Manchester United.
George Best, Denis Law, et Bobby Charlton : trio de légende. (Marc Atkins/OFFSIDE/PRESSE SPO/PRESSE SPORTS)
George Best, Denis Law, et Bobby Charlton : trio de légende. (Marc Atkins/OFFSIDE/PRESSE SPO/PRESSE SPORTS)

Milan AC 1992-1993 : Gullit, Van Basten et Papin

Il faut attendre deux décennies pour retrouver une équipe collectionneuse de Ballons d'Or France Football du calibre de Manchester United. Le Milan AC de la fin des années 1980, poids lourd du football européen, monopolise les premières places du classement du trophée. Dès 1987, le phénomène Ruud Gullit, qui a rejoint le club à l'été après deux années spectaculaires au PSV Eindhoven, est récompensé. À 25 ans, l'attaquant ouvre la voie à une période de domination des Rossoneri, qui va s'illustrer autant en Coupe d'Europe qu'au niveau du palmarès du Ballon d'Or.
Arrivé en même temps que son compatriote Ruud Gullit à Milan, Marco Van Basten commence en 1988 son règne sur l'Europe. Celui-ci s'illustre à la fois en club et en sélection, puisque le podium du Ballon d'Or FF cette année-là est à la fois 100% Néerlandais (Van Basten suivi de Gullit et Rijkaard) et 100% Milan AC. Meilleur buteur de l'Euro 1988 remporté par les Pays-Bas, auteur d'un but décisif en fin de match en demi-finale et d'une spectaculaire volée en finale, Van Basten marque l'année 1988 de son empreinte.

Dès l'année suivante, Van Basten réalise le doublé, cette fois grâce à la suprématie du Milan, qui place encore une fois trois joueurs sur le podium (Baresi remplace Gullit). Vainqueur de la Ligue des champions, buteur lors de tous les matches à partir du quart de finale retour, Van Basten est le meilleur buteur de la meilleure équipe d'Europe, pour le plus grand bonheur de son entraîneur Fabio Capello : «Il vivait pour le but, expliquait-il dans un documentaire consacré à son Milan AC, «Il bougeait comme un félin qui chasse, toujours à la recherche du but.»
En 1992, un troisième Ballon d'Or France Football rejoint l'armada milanaise : Jean Pierre Papin, récompensé en 1991 alors qu'il jouait à l'OM. Cette année-là, les Marseillais avaient atteint la finale de la C1 pour la première fois de leur histoire, en battant le Milan AC en demi-finale. Plébiscité par les jurés, le troisième Ballon d'Or français, meilleur buteur de la Coupe d'Europe et du Championnat de France, a quitté son club un an plus tard, pour découvrir la Serie A dans une équipe ultra talentueuse.
Marco Van Basten et Ruud Gullit en 1989 (P.Boutroux/L'Equipe)
Marco Van Basten et Ruud Gullit en 1989 (P.Boutroux/L'Equipe)
Capable d'aligner un triple Ballon d'Or (Van Basten), deux autres Ballons d'Or France Football (Papin et Gullit) et deux joueurs ayant déjà figuré sur le podium (Rijkaard et Baresi), le Milan AC a pourtant buté en finale de Coupe d'Europe... sur l'OM. Les Rossoneri se rachètent l'année suivante en remportant la C1, mais cette défaite en 1993 a bel et bien marqué la fin d'un cycle : l'équipe victorieuse en 1994 ne compte ni Van Basten, miné par les blessures, ni Gullit, parti à la Sampdoria.

Youmni Kezzouf
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