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Bleus

Les réalisateurs de «Les Bleus 2018 : au coeur de l'épopée russe» racontent leurs anecdotes de tournage

Diffusé le 17 juillet, deux jours après le titre de champion du monde de l'équipe de France, le film autour du sacre des Bleus sort en DVD et en blu-ray ce mardi. FF a rencontré les deux réalisateurs du documentaire, Emmanuel Le Ber et Théo Schuster. Ils racontent leur tournage.

«Quelles ont été vos conditions de tournage ?
Emmanuel Le Ber : «C'était un peu inédit. On se connaissait depuis très longtemps et on avait le projet de travailler ensemble. Ça s'est présenté. Théo était plus spécialisé foot, moi un peu plus sociétal. Vu le projet, il était compliqué d'imposer deux personnes dans un exercice comme l'inside où on doit se faire tout petit. Ils ont accepté.»

Théo Schuster : «Avec les joueurs, ç'a été très simple. Il a fallu une petite acclimatation pour apprendre à les connaître et pour qu'ils se livrent. On a été plutôt bien intégré : on a démarré le 22 mai, la veille de l'arrivée des joueurs. On a été présenté par Didier Deschamps au staff, on a dîné avec eux.»

Excepté sur le terrain, aviez-vous toutes les portes ouvertes pour filmer ?
E.L.B. : «Il y a de rares moments où même le sélectionneur n'était pas accepté, quand les joueurs faisaient un petit point entre eux. On a fait des incursions dans les chambres, mais ça reste des chambres d'hôtel, un peu impersonnelles, et ce n'est pas là que ça se passe vraiment. Et sur la longueur, quand on reste deux mois avec un groupe, il faut aussi savoir doser sa présence. On était présents à tous les briefs, les débriefs, sur les terrains d'entraînement, à la cantine... Mais on aurait pu pousser plus loin encore. Moi qui ne connaissais pas cet environnement, j'ai été plutôt agréablement surpris par la simplicité, le professionnalisme du groupe. On ne se disait pas qu'il y avait des éléments perturbateurs, on sentait la force et la sérénité de ce groupe. C'était même assez bon enfant.»
(D.R)
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Y a-t-il un souvenir qui restera inoubliable ?
T.S. : «J'en ai plein ! Les deux qui me reviennent, c'est d'abord le coup de sifflet final face à la Croatie. C'est hallucinant, c'est la fin de l'aventure, c'est l'apothéose. Le truc qu'on ne voulait pas croire et qui finit par arriver. C'est hyper fort. Je descends sur la pelouse, je suis comme un fou. C'est assez incroyable. Le second, c'est entre la demie et la finale. Après un entraînement, il y a eu un trajet en bus, qu'on voit un peu dans le documentaire. Ils essaient d'évacuer un peu la pression d'avant-finale. La première chanson est celle sur N'Golo Kanté. Ils la chantent tout doucement, avant que cela ne monte progressivement. Ils enchaînent ensuite sur Pavard, etc. C'était hyper fort.»

E.L.B. : «Le but de Pavard... C'est là que je me dis qu'ils peuvent la gagner. Je le regarde encore et je le trouve toujours aussi extraterrestre, inexplicable. Et je pense qu'il a été très important dans l'histoire. Sinon, comme un gamin, c'est d'être allé à Clairefontaine, où on se retrouve de l'autre côté de la barrière : être avec eux, au quotidien, chaque matin, les saluer. Je me suis dit "quelle chance on a d'être là !" On n'a pas boudé notre plaisir. On a vécu intensément chaque moment.»

«Le plus déjanté ? Adil Rami»

Avez-vous tissé des liens avec certains joueurs ?
T.S. : «Pendant la Coupe du monde, oui. Après, c'est un peu la fin de la récré, ça se termine, tout le monde rentre chez soi. On a passé deux mois, c'était quand même assez long. J'ai reçu deux ou trois coups de fil et j'ai envoyé des SMS aux Pavard, Rami, Mandanda, Giroud. Mais on ne cherche pas forcément l'amitié, et on sait qu'ils sont hyper sollicités. Mais demain, si je dois aller voir un match à Turin, j'enverrai un petit message à Matuidi. On leur a aussi envoyé des liens pour qu'ils puissent voir le film : certains nous ont remercié. Ça se limite à ça.»

Si vous deviez élire le joueur le plus déjanté, vous choisirez lequel ?
T.S. : «Ça se voit dans le documentaire : ça doit être Rami. Mais déjanté gentil ! Il apporte une petite touche, une petite couleur différente...»
E.L.B. : «C'est un vrai déconneur.»
T.S. : «Il fait aussi le lien entre les jeunes et les vieux. C'est le seul joueur de champ qui n'a pas joué... Pour conserver cet état d'esprit jusqu'à la fin, c'est costaud. C'est aussi une des clés de la réussite.»
E.L.B. : «Il ne se prend pas la tête. Ses vannes sont des vannes de gamin, mais ça marche car ils ont aussi besoin d'évacuer. Et il n'est pas mauvais, pas intrigant, ce n'est que de la ''positive vibe''. Ils ont tous des personnalités un peu plus complexes, on a voulu montrer des êtres humains et qu'on sorte un peu du schéma traditionnel du joueur de foot, millionnaire... Ils ont un cœur, un cerveau et ressentent aussi des choses !»
Au contraire, lequel a été le plus réservé, le plus timide ? Même si on a une petite idée sur votre réponse...
T.S. : «Vous pensez à qui ?»
N'Golo Kanté !
T.S. : «Dans ce genre de documentaires, c'est le challenge : parvenir à les percer. Je dois dire que Kanté était mon objectif depuis le début. À la fin, j'ai un peu raté ma mission. J'ai tout essayé ! Je lui ai proposé quarante fois qu'on se voit en face-à-face. Il a repoussé à chaque fois. Pour la petite histoire, j'ai demandé à Blaise (Matuidi) de venir avec moi. On est allés devant sa chambre, on a parlementé pendant dix ou quinze minutes. Mais je ne l'ai pas eu. Au-delà de ce refus d'interview, il a été très gentil. On pouvait parler à côté, je n'ai eu aucun souci. C'est simplement de la timidité.»
E.L.B. : «Il ne s'exprime que sur le terrain, et assez monstrueusement.»

«Umtiti et son parfum : c'est hallucinant»

S'il y a un objet qui a fait parler de lui pendant cette Coupe du monde, c'est l'enceinte de Presnel Kimpembe...
T.S. : «On la voit pas mal parce qu'il y a deux ou trois moments où cela a été le feu, mais Kimpembe n'a pas été le seul DJ dans le bus. Il y a beaucoup eu Griezmann, mais aussi la petite bande avec Pogba, Umtiti, Varane.»

Autre séquence : celle de Samuel Umtiti et son parfum face à la Belgique. Racontez-nous ce moment...
E.L.B. : «Ha...! Qu'est-ce qu'on doit raconter (Il rit). Il y a certaines images, et celles-là en font partie, filmées par Guillaume Bigot de la FFF. Il avait un accès privilégié au vestiaire. Cette séquence, c'est lui qui la tourne. Ce qui est hallucinant, c'est que le gars l'annonce, que ce soit filmé, et qu'on ait toute l'histoire jusqu'au but. Rien que le fait qu'il se parfume comme ça, à la mi-temps, sereinement, j'ai trouvé ça hallucinant. Sam, c'est un bon petit déconneur. Je n'avais jamais vu ça. Entre ça, le but de Pavard et d'autres, à un moment, on se dit qu'on bascule dans l'irrationnel. Il faut tous ces petits moments pour qu'ils deviennent intouchables. Et je pense réellement qu'ils étaient intouchables. Leur maîtrise a été impressionnante. Nous, on y croyait dès le début.»
«Deschamps, j'ai été impressionné par son professionnalisme»
Quel est le moment que vous n'avez pas pu filmer ?
T.S. : «Il y avait un espèce de contrat de confiance qui fait qu'on était autorisé. Donc il n'y a pas un moment où on nous a dit "Non, tu ne filmes pas ça". Il y a juste une fois avec Giroud, face aux États-Unis (NDLR : en match de préparation), il a subi un choc tête contre tête, avec plusieurs points de suture. Quand on est arrivé en Russie, lors d'un entraînement, sa plaie s'ouvre à nouveau. Là, il était vraiment énervé. On s'entendait vraiment bien avec lui. Il sort et donne un gros coup de pied dans la rambarde. Moi, je le suis avec ma caméra, parce que je me dis que ça peut être un moment fort si jamais il marque de la tête en finale par exemple. Il se retourne et me dit "Pas maintenant, laisse-moi tranquille". Et j'ai bien sûr compris.»
Enfin, que retenez-vous de Didier Deschamps ?
E.L.B. : «J'étais très impressionné par son professionnalisme, il ne laisse vraiment rien, rien, rien au hasard. Il manie à la fois la caresse et la petite tape qui maintient tout le monde sous pression. Honnêtement, ça filait droit. Il savait comment s'y prendre pour gagner. Tout le monde le suivait. C'est un gros manager.»
T.S. : «Il a tenu sa parole : quand on s'est vus avant la compétition pour lui proposer le documentaire, on lui a dit que ça ne pouvait se faire que s'il nous ouvrait vraiment les portes. Il l'a fait.»
Les Bleus 2018, au coeur de l'épopée russe. (D.R)
Les Bleus 2018, au coeur de l'épopée russe. (D.R)
Timothé Crépin
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