duverne (robert) (L'Equipe)
Ligue 1 - Reprise

Les secrets d'une bonne préparation

Quelle est la meilleure solution pour rester performant toute la saison: préparation anticipée (comme l'OM, sur les terrains depuis lundi) ou tardive (comme le PSG qui reprend le 6 juillet) ? Les spécialistes s'expliquent.

Marcelo Bielsa l'a imposé dès son arrivée sur la Canebière l'an dernier: sous sa houlette, l'OM sera désormais le premier club à reprendre le chemin de l'entraînement. Le système de jeu du technicien argentin réclame une condition physique impeccable pour être efficace, et donc quelques jours supplémentaires de travail d'avant saison. «On voit bien ce que ça a donné l'an dernier, décrypte Antonin Da Fonseca, l'un des préparateurs physiques de l'OL. Hormis lors de leurs deux premiers matches, où il fallait que les joueurs assimilent le schéma de Marcelo Bielsa, les Marseillais ont fait un début de saison exceptionnel et ont enchaîné plusieurs victoires consécutives. L'une des raisons, c'est aussi qu'ils avaient programmé beaucoup de matches amicaux pendant la préparation

La tradition lorientaise

Reprendre tôt serait donc intéressant lorsque l'on nourrit l'objectif de réaliser un début de saison canon. En Ligue 1, d'autres clubs sont adeptes de la reprise anticipée. «A Lorient, c'est un peu une tradition, analyse Robert Duverne, l'ancien préparateur physique des Bleus (en photo). Ils essayent d'être très affûtés dès la reprise de la L1 en août. Ils sont mieux préparés que les gros et ils peuvent espérer en taper un ou deux d'entrée. Ça fonctionne car sur les dernières années ils ont battu le PSG plusieurs fois.» Reprendre tôt permet donc de moins souffrir à l'entame du Championnat. Marc Touzellier, gérant de la société Cress* basée en Gironde mais aussi préparateur physique dans le rugby, avance quelques explications. «Dans un sport comme le football, il faut être capable de répéter des séquences intenses, avec peu de récupération. Il faut donc avoir une base aérobie importante. Ceux qui reprennent tard devront en revanche prévoir un peu de travail d'aérobie en complément pendant la saison afin de tenir jusqu'au bout... En reprenant tôt, ils ont aussi plus de temps pour travailler le gain de force. C'est un travail très difficile à réaliser en cours de saison car il puise énormément dans les réserves. Il vaut donc mieux le faire en préparation
Antonin Da Fonseca, l'un des préparateurs physiques de l'OL. (L'Equipe)
Antonin Da Fonseca, l'un des préparateurs physiques de l'OL. (L'Equipe)

Le contrecoup de la neuvième semaine

Mais davantage qu'une stratégie, la date de reprise est bien souvent dictée par le calendrier. Robert Duverne détaille la contrainte pour son club actuel, le FC Metz: «On a un mois d'août exceptionnel car on va rencontrer plusieurs de nos adversaires directs à la montée. On n'a donc pas intérêt à traîner en route pour la préparation !» L'ancien préparateur de l'OL poursuit en citant un exemple de reprise anticipée «forcée» en L1: «Saint-Etienne a des tours préliminaires de Coupe d'Europe (le 30 juillet et le 6 août). Ces matches-là ne sont pas des matches amicaux, car il faut être compétitif. Mais ils sont forcément intégrés dans la préparation, car ils arrivent très tôt
 
L'idéal, pour les clubs européens, reste encore d'échapper aux tours préliminaires afin de lisser la préparation sur le mois d'août, quand le rythme n'est que d'un match par semaine. «Lorsqu'on a seulement trois semaines pour se préparer et qu'on commence à jouer tous les trois jours au mois d'août, ça pose un problème, analyse Antonin Da Fonseca, qui connaît bien le problème puisque l'OL, l'an dernier, était sensiblement dans la même situation que l'ASSE cette saison. On a donc des cas de blessure ou de méforme. La méforme, on ne la ressent pas tout de suite, mais on a un contrecoup à partir de la neuvième semaine. Et au mois de septembre, les blessures commencent à arriver... Là, cette année à Lyon, on va avoir neuf à dix semaines avant que le rythme ne s'élève. On va donc continuer à travailler en août, ce qui nous permettra d'être bons lorsqu'on enchaînera tous les trois jours. Car à ce moment-là, on n'aura pas le temps d'ajuster

Duverne: «Je pense qu'il y a quarante préparations différentes»

Si l'Olympique de Marseille travaille sur huit voire neuf semaines, le modèle le plus répandu en Europe est de six semaines de préparation avant la reprise de la compétition. Mais un problème de taille se pose: les grosses équipes ont un nombre d'internationaux important, qui reprennent une semaine ou dix jours après les autres joueurs, ce qui crée des décalages. C'est l'exemple typique du Paris-SG, qui ne reprendra le chemin de l'entraînement que le 6 juillet. «On voit bien qu'en début de saison, ils ont du mal, avec beaucoup de blessés... poursuit le jeune (31 ans) préparateur physique lyonnais. Ils font partie des très grosses écuries européennes, qui connaissent bien souvent des débuts de saison compliqués. Les joueurs vont attaquer le Championnat avec trois semaines de préparation. A ce moment-là, c'est davantage la qualité de l'effectif qui fait la différence plutôt que le fait d'être prêt physiquement. Avec le risque, bien entendu, d'avoir des joueurs blessés dès le début et de les freiner pour la suite.» Il n'y a néanmoins pas de véritable standard sur lequel s'étalonner. «Il y a vingt clubs de Ligue 1 et autant de Ligue 2... Et bien je pense qu'il y a quarante préparations différentes», avoue «Bob» Duverne.
Da Fonseca : «Notre préparation physique doit prendre en compte que les joueurs n'ont certainement pas fait grand-chose»
La dernière inconnue réside dans l'état de forme des joueurs à leur retour en club. Il est bien souvent aléatoire et peut fortement différer d'un individu à l'autre, même si chacun reçoit un programme d'entretien à suivre pendant ses congés. «Après, est-ce qu'ils en font 80% ou 10%, je n'en sais rien. Mais ce qui est sûr, c'est que quand ils rentrent, ils font tous 100% de la préparation, précise Duverne. En revanche, il est aussi très important de couper, d'aller à la piscine, de faire des barbecues... Ce que gagne psychologiquement le joueur qui profite à fond de ses vacances est parfois aussi bon que ce que gagne le joueur qui se prépare physiquement.» Antonin Da Fonseca acquiesce: «Il est primordial que les joueurs se relâchent complètement. Notre préparation physique doit de toute façon prendre en compte que les joueurs n'ont certainement pas fait grand-chose...» Mais pour les plus fainéants, la reprise risque d'être très dure !
 
Hugo Guillemet, @hugoguillemet
 
*Cabinet de recherche et d'expertise en sport et santé
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