(L'Equipe)
Amateurs

Les Ulis, la rançon du succès

Connu et reconnu pour sa formation, le club de la banlieue parisienne, qui a vu démarrer Thierry Henry, Patrice Evra ou Anthony Martial, doit maintenant gérer cette notoriété... et les grosses indemnités perçues.

Un après-midi du mois de septembre. Ciel bas et gouttes de pluie abondantes sur la ville des Ulis, dans l'Essonne. L'automne s'installe doucement sur la région parisienne. Devant le stade Jean-Marc-Salinier, tout près du terrain principal, Ismaël, dix-sept ans, et ses potes enchaînent les passes en attendant l'entraînement du soir. Tranquillement. Ici, un maillot du Paris-SG. Là, un du Milan AC. À côté, celui du Barça. Personne encore pour afficher les couleurs de Manchester United. À quelques mètres de là, dans le club-house flambant neuf, le président Jean-Baptiste Leroy, son ami et entraîneur Mamadou Niakité et quelques bénévoles s'activent et préparent la nouvelle saison. Sur le mur du fond, le maillot de Manchester United, floqué 9, Martial, s'affiche à côté de celui de Patrice Évra et de Thierry Henry, autres vedettes locales. Cadeau du garçon, transféré pour 80 M€ (bonus inclus) vers le nord de l'Angleterre le 31 août. «Vous êtes les premiers à le voir, souffle fièrement le boss du club, Jean-Baptiste Leroy. On vient tout juste de le recevoir. Même son frère Dorian, qui est joueur chez nous en DH, ne l'a pas encore. Anthony a tout de suite pensé à nous. Son papa nous l'a apporté et on l'a accroché dans la foulée».

Oslo, hôtel de luxe et 20 heures

Dans le bâtiment principal du club, le défilé est permanent. Les jeunes du coin débarquent pour les entraînements de l'après-midi. Une poignée de main au président, une autre au coach, une autre encore aux visiteurs du jour. Personne n'est oublié. Le sourire non plus. Règle du club. «C'est la base de dire bonjour aux gens, dit encore le président des Ulis. Mais nos jeunes ne se forcent pas pour le faire. Ils sont super». Installé dans un large canapé en cuir, Mamadou Niakité consulte ses mails sur son portable. En haut de la pile, un message, tout droit arrivé d'Oslo quelques minutes plus tôt. «Bonjour Monsieur. Nous sommes un journal norvégien. Nous voudrions faire un article sur votre club. Serait-il possible de vous appeler ?» Le garçon, ami proche de Patrice Évra, montre le message à son président, range son téléphone, sourit. «Ç'a été du délire pendant plusieurs jours après le transfert d'Anthony (Martial), sourit le coach de l'équipe une. Les médias sont arrivés de partout. On a fait presque cinquante interviewes». Une première pour le club de l'Essonne, malgré les débuts de Thierry Henry, Patrice Évra ou Yaya Sanogo sur ses terrains.
«Dès le lundi, juste avant la fin du marché des transferts, on commençait à parler du départ d'Anthony, se souvient Jean-Baptiste Leroy. RTL est le premier média à avoir débarqué au stade. Après, il y a eu L'Équipe. Le montant du transfert n'était pas encore trop sorti. Le mardi matin, je me lève, j'allume mon portable, ma messagerie était saturée. Plus de place, rien. Je pars au travail. Et là, on m'appelle et on me dit : “Dépêche-toi de venir au stade, ils sont tous là”. J'ai dû annuler quelques rendez-vous. Toutes les télés, toutes les radios avaient débarqué, il y avait des camions et des voitures partout sur le parking. On a répondu à tous les médias possibles jusqu'à 22 heures. On est même passés au 20 Heures de TF1. On a dit oui à tout le monde». Sauf aux Japonais. Pas eu le temps d'honorer le rendez-vous. «Une interprète nous a demandé si on pouvait se déplacer jusqu'à l'hôtel de luxe Shangri-La à Paris. On n'a pas eu le temps». Les Anglais ont posé moins de questions. Et débarqué dans la petite ville de 25 000 habitants par le premier Eurostar. Pour tout voir. Tout connaître des habitudes d'Anthony Martial. «Ils ne lâchaient rien, sourit Mamadou Niakité. Ils voulaient tout savoir. On a terminé à 22 heures au stade avec eux. Le lendemain, je me réveille, je regarde par la fenêtre, ils étaient encore là, pour aller à l'école d'Anthony !»

Licence, minibus et projecteurs

Dwayne, dix-sept ans, tee-shirt manches longues rouge du PSG sur le dos, tchatche ballon avec ses potes, près de la tribune principale. Le match du PSG de la veille est évoqué. Le sujet Anthony Martial également. Le transfert a fait du bruit dans le quartier. «Il vient des Bergères, la cité située juste à côté. On le connaît tous. Depuis son transfert, tout le monde parle de ça. Il est devenu un exemple pour nous. Mais le prix de son transfert est normal. Manchester a misé sur l'avenir. Il est aussi bon qu'Agüero. On se souvient de lui quand il était là. Il était éblouissant». En avance sur tous les temps de passage. En 2006, il est élu meilleur joueur de la Gif Cup avec Les Ulis, devant des jeunes de l'Inter Milan, de l'Atletico Madrid ou du Paris-SG. «Quand il avait treize ans, il fallait le voir, souffle Mamadou Niakité. Il était tellement fort. Dans la tête pareil. Rien ne pouvait l'arrêter. Je me souviens qu'à douze ans, il était allé visiter les installations de Manchester City et était ensuite revenu à l'entraînement comme si de rien n'était. C'était ça, sa force. Même Lyon nous l'avait pris quelques semaines pour un tournoi. Mais Anthony restait tranquille. Il fallait le voir... Quand il avait treize ans et que j'étais en galère pour l'équipe première, j'aurais presque pu le prendre avec nous. Son père m'aurait tué, mais il était tellement au-dessus...»
Une graine de stars dans ces crampons colorés ?  (L'Equipe)
Une graine de stars dans ces crampons colorés ? (L'Equipe)
Sur le terrain synthétique du fond, une cinquantaine de jeunes enchaînent les exercices. Ivann, Adam et Mamadou ajustent leurs passes sous le regard attentif de Benoît Duarte, coach des U6 aux U9. Des années que le bonhomme donne de son temps pour les gamins du coin. «Des enfants viennent de l'autre bout de l'Essonne pour jouer ici. Certains parents font presque vingt kilomètres pour les inscrire et les faire jouer chez nous. Mais on n'est pas là pour en faire des professionnels. On est là pour s'amuser et passer du bon temps». Un concept pas toujours compris par les parents des minots. Le club paye régulièrement la rançon de son succès auprès des jeunes. «Il nous arrive de voir des papas et des mamans débarquer et nous demander ce qu'on peut faire de leurs enfants, souffle Jean-Baptiste Leroy. Ils sont persuadés qu'on peut les faire devenir pro d'un claquement de doigts. On voit même certains parents entrer sur le terrain pendant les matches pour donner des conseils à leurs enfants. À une époque, on avait mis en place un système de tutorat. Des jeunes de la fac venaient aider nos jeunes à faire leur devoir. Certains parents n'étaient pas intéressés par ça. Ils avaient juste des billets dans les yeux. Nous, ça nous est égal qu'ils deviennent pros. On veut avant tout qu'ils s'amusent».
 
L'entraînement du jour dure plus d'une heure. Avant de voir débarquer les gamins de seize ans. Autour du terrain, quelques parents et curieux assistent aux exercices. Le club ne laisse pas insensible. «On a encore plein de jeunes talentueux, sourit Mamadou Niakité. Surtout un. Mais ce n'est pas la peine de nous demander qui c'est. On ne vous le dira pas...» Plus loin, à une centaine de mètres du terrain, le défilé continue. Pères, mères, frères viennent aux renseignements pour la nouvelle saison. Les inscriptions ont commencé depuis presque un mois. Déjà 500 joueurs ont signé leur licence. «L'année dernière, on en avait à peu près 760, explique encore le président. On espère qu'on ne dépassera pas trop ce nombre. On veut pouvoir s'occuper des enfants du mieux possible. On n'a pas des créneaux extensibles pour nos terrains. Les inscriptions vont jusqu'à novembre, décembre».
 

Recruteurs, pelleteuses et grues du Sénégal

L'argent du transfert de Martial va pourtant filer un joli coup de main au club de l'Essonne. 300 000 € tomberont dans les caisses d'ici à la fin de l'année. Sans compter les 100 000 € supplémentaires par bonus. «On a déjà acheté quatre minibus pour les enfants, dit le patron des lieux. Ça va améliorer leur quotidien. On ne veut pas recruter de joueurs pour l'équipe première. Notre vocation est de former des jeunes». La spécialité de la maison. Treize joueurs passés par Les Ulis ont déjà gagné un contrat chez les pros. Aucun autre club amateur français n'a fait mieux. «Certains de mes éducateurs sont sollicités par des formations professionnelles, avoue encore Jean-Baptiste Leroy. Mais ici, ils sont chez eux. Ce sont de vrais passionnés. Ils ne recherchent pas la lumière». La réputation du club suffit à briller car Les Ulis CO se sont déjà fait un nom dans le milieu. «On est régulièrement invités à participer à des tournois avec des clubs pros, raconte Mamadou Niakité. On sait très bien pourquoi. Mais c'est gagnant-gagnant. C'est bon pour nous». Et pour l'ensemble du club, régulièrement sous le feu des projecteurs avec des résultats probants dans toutes les équipes de jeunes.
 
«Il nous arrive souvent de voir des recruteurs sur le bord du terrain, confie Benoît Duarte. Ça ne nous dérange pas tant qu'ils ne viennent pas parler aux enfants. C'est normal, c'est le jeu». D'autres traînent au bord des pelouses, avec des idées différentes en tête. Loin du ballon. «L'autre jour, après le match de l'équipe une, un monsieur m'a tendu un papier, rigole Mamadou Niakité. Il voulait qu'on l'aide à acheter des pelleteuses et des grues au Sénégal grâce à Anthony (Martial)...». Sur le terrain synthétique, la pluie tombe encore. Les gamins enchaînent les exercices, les éducateurs donnent de la voie. Avec le sourire. Scène classique du stade Jean-Marc-Salinier des Ulis. La vie n'a finalement pas changé

Olivier Bossard
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freddyhamfou 1 oct. à 17:39

Aucun autre club amateur français n'a fait mieux ?!Surveillez vos sources et allez voir du côté de Marseille, un club ayant sortis de nombreux joueurs pros: le BUREL FC (Nimani, Bakar, Teddy et Valery Mezague, Nicolas Marin et j'en passe encore et encore ...)

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