samba (brice) (L'Equipe)
L'HUMEUR DE M. FF

Lettre à Brice Samba (senior)

«Mbote na yo, moninga ! Ozali malamu ? *
 
Ah, comme le temps passe... Hier, nous étions dans cette gare parisienne à attendre ce train pour Beauvais qui devait, peut-être, t'ouvrir les portes du professionnalisme en France. C'était l'été 1992 et tu sortais d'une Coupe d'Afrique des Nations au Sénégal remarquable avec le Congo, quart de finaliste inattendu.
 
Avec tous tes amis Diables Rouges, vous aviez poussé Abedi Pelé et le Ghana dans ses derniers retranchements. Ce parcours t'avait valu, tu te souviens, mille compliments et quelques sollicitations. Normal, pour un gardien aussi explosif et spectaculaire que toi. Tu étais ensuite venu briller au tournoi des Black Stars, à la Porte de Montreuil.  
 
Te rappelles-tu ce trajet en train, le cœur battant à l'idée d'être, qui sait, recruté, avec Sylvain Moukassa «Lascivo» et le regretté Florent Baloki, deux purs talents ? Eux aussi rêvaient d'un contrat en France. Hélas, aucun d'entre vous n'en sortit avec quelque chose. Et ce fut pour vous trois le début de l'exil, en Côte d'Ivoire. Abidjan, l'Africa pour Lascivo et toi, l'ASEC pour «Fola» Baloki. Et puis on s'est perdus de vue après 2000.
 
La France, tu l'as retrouvée beaucoup plus tard, à Pacy-sur-Eure, j'ai su. Et tu as un fils, Brice Samba Junior, qui a repris le flambeau. Ou plutôt, relevé le(s) gant(s). Les chiens ne font pas des chats, n'est-ce pas ! Dans ta lignée question talent, Junior a débuté une jolie carrière, au Havre, avant de rebondir à l'OM. Qui vient de le prêter à Nancy après un rebond avorté à Bastia.
 
En le voyant s'épanouir et connaître lui aussi, les affres de la concurrence à un poste où il fait rarement bon être doublure, je pensais évidemment à toi. À tes sacrifices et à cette folle envie, à l'époque, de trouver ta place dans un foot français qui comptait peu de gardiens à la peau ébène. Il y avait bien Joseph Antoine Bell et Bernard Lama, mais pour les autres, les Songo'o et Gouaméné, le chemin était tortueux. Tu aurais pourtant mérité ta chance, le destin ne l'a pas voulu.
 
Autre chose, Junior n'a pas l'air d'être très enthousiaste à l'idée d'endosser le maillot congolais. Mais tu es au courant, il a ses raisons. Toi, à la grande époque, quand une guerre civile fratricide ravageait le pays, tu n'as jamais refusé, que je sache. Tu as même disputé deux CAN en l'espace de huit ans (1992, 2000) et je me souviens qu'il s'en est fallu d'une victoire contre l'Afrique du Sud pour que tu disputes le Mondial en France. 
 
Ah mon ami, les temps changent, les mentalités aussi. Les clubs européens, qui ne juraient que par les Sénégalais et Camerounais, n'hésitent plus à recruter congolais (côté Brazza), eux qui vous dédaignaient injustement, à l'époque. Et puis vos fils sont là pour rappeler que la relève est assurée, ou presque. Récemment, j'ai appris que ton vieux pote Pierre Tchibota Zaou, celui qui avait la foudre dans les pieds en 1992, avait engendré lui aussi un sacré talent, Mavis, qui a 19 ans et joue attaquant lui aussi, en Israël (Maccabi Tel Aviv).
 
Si avec tout ce talent, vous ne remportez pas les 11èmes Jeux Africains chez vous, début septembre, à Brazzaville ! Mais je m'égare. À bientôt de se retrouver, mon ami, pour évoquer les jolis souvenirs du temps d'avant et des Diables Noirs, du coach Joachim Fickert et de ce match où tu avais privé, à Lagos, le Nigeria d'une victoire (CAN 2000). Et tous mes vœux de réussite à Junior !»
 
Frank SIMON, @frank_simon
 
*  Bonjour mon ami, tu vas bien (en lingala)
Réagissez à cet article
500 caractères max