(L'Equipe)

Lev Yachine (URSS), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

12 juin-14 juin : dans exactement 2 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. 99e épisode avec Lev Yachine.

Son histoire avec la Coupe du monde

Si Lev Yachine reste à ce jour le seul gardien à avoir remporté le Ballon d’Or France Football, il n’a jamais eu le privilège de soulever le trophée de la Coupe du monde avec l’URSS. Une compétition qu’il aura quand même marquée de son empreinte. Décédé en 1990, la FIFA lui a rendu hommage en nommant le prix du meilleur gardien de la compétition à son nom, avant qu’il ne devienne le Gant d’or à partir de 2010. Encore aujourd’hui, Yachine fait parler de lui. Récemment, la Russie a dévoilé l’affiche officielle de la Coupe du monde 2018 avec son mythique gardien en tête de gondole, au bon souvenir de ses exploits dans les années 1950 et 1960. Durant cette période, Yachine a révolutionné le poste de gardien de but et participé quatre fois au Mondial, alors qu’il avait déjà 29 ans au moment de sa première édition, en 1958. Une grande première aussi pour l’URSS, qui s’est inclinée en quarts de finale contre la Suède (1-2). Quatre ans plus tard, le portier soviétique souffrait d’un traumatisme crânien mais a voulu à tout prix tenir sa place au Chili. Par conséquent, il a commis plusieurs erreurs, notamment lors d’une rencontre spectaculaire face à la Colombie (4-4) - il a même encaissé un corner direct – ou lors du revers contre le Chili (1-2) en quarts de finale. Après avoir brillé et remporté le premier Championnat d’Europe en 1960, celui que l’on surnomme "l’araignée noire" (il était toujours vêtu de noir) semblait alors sur le déclin.

Finaliste malheureux de l’Euro 1962, il a pourtant retrouvé toute sa splendeur au Mondial 1966. En phase de poules, il est resté sur le banc à deux reprises mais a effectué des arrêts décisifs contre l’Italie (1-0). Il a alors retrouvé sa place de titulaire dans les bois en quarts de finale. L’URSS s'est imposée contre la Hongrie (2-1) et s'est hissée pour la première fois de son histoire dans le dernier carré. Yachine a multiplié les parades et n'était pas loin d’envoyer son équipe en finale mais la RFA est finalement parvenue à s’imposer (1-2). L’URSS a terminé à la 4e place de ce Mondial après une défaite contre le Portugal d’Eusebio dans le match pour la troisième place (1-2). À 36 ans, Yachine a été élu meilleur gardien du tournoi. Il faisait encore partie du groupe pour le Mondial 1970 au Mexique mais il a préféré laisser sa place au jeune Anzor Kavazashvili. Il n'a disputé aucune des quatre rencontres de l’URSS, qui s’est encore arrêtée en quarts de finale.

Le moment marquant

Le 25 juillet 1966, l’URSS a rendez-vous à Goodison Park, à Liverpool, pour disputer sa première demi-finale de Coupe du monde. En face, la RFA de Franz Beckenbauer fait figure de favorite. Dans cette rencontre, Lev Yachine multiplie les parades pour repousser l’échéance. Il justifie son surnom ("l’Araignée noire") quand il s’étend à l’horizontale pour sauver un coup franc allemand surpuissant (voir la vidéo ci-dessous). Malheureusement pour les Soviétiques, il était resté impuissant sur le premier but d’Helmut Haller (0-1, 42e), tout comme sur le second signé Beckenbauer (0-2, 68e). La réduction du score de Valeriy Porkuayn est trop tardive (1-2, 87e) pour que l’URSS et Yachine puisse rêver d’une finale historique. 

Le chiffre : 4

Soit le nombre de Coupes du monde auxquelles Yev Lachine a participé entre 1958 et 1970. Une performance qui reste unique pour un joueur russe ou soviétique.

L'archive de FF

En décembre 2003, FF revenait sur le sacre de Lev Yachine au Ballon d’Or France Football 1963, ainsi que sur son Mondial raté en 1962. «Le 16 décembre 1963, Lev Yachine devenait le premier gardien, et le seul à ce jour, à recevoir le Ballon d'Or de France Football. Une juste récompense pour un homme qui avait révolutionné son poste. C'était une époque où la télévision ne diffusait pas encore tous les matches internationaux. C'était l'année où le Milan AC avait remporté la Coupe d'Europe des clubs champions (en dominant Benfica en finale) et où son meneur de jeu, Gianni Rivera, faisait figure de favori pour le Ballon d'Or. “Si notre référendum avait eu lieu en juin, Rivera aurait enlevé la palme de très loin”, écrivait Max Urbini dans l'éditorial de France Football. “Mais le crack du Milan AC s'est désuni après le triomphe de son équipe en finale de la Coupe des champions. Il a perdu sa merveilleuse facilité. Tout lui semblait zéphyr, tout lui est devenu aquilon.” A l'inverse, le gardien soviétique Lev Yachine avait vécu un printemps des plus discrets, après une année 1962 marquée par des problèmes conjugaux et une catastrophique Coupe du monde au Chili. “Je n'étais pas en méforme au Chili, confiait-il au regretté Jean-Philippe Réthacker, dans France Football. J'ai simplement perdu mes nerfs. Et puis, j'ai également perdu confiance en moi au fil des jours. Les critiques qui me furent adressées étaient correctes et méritées. On m'a reproché d'avoir concédé, devant la Colombie, un ou deux buts impardonnables. Mais je crois pouvoir dire que mes défenseurs commirent eux aussi des erreurs de placement. Je sais que Beskov, le sélectionneur soviétique, a défendu ma cause par la suite et qu'il a beaucoup insisté pour obtenir ma sélection dans l'équipe du Reste du monde.”

Clément Gavard