thiago mendes (A.Reau/L'Equipe)
LIGUE 1 - 10E JOURNÉE

Ligue 1 : à Rennes comme à Lille, le choix d'une jeunesse pas (encore) au pouvoir

Les deux clubs les plus jeunes de Ligue 1, Rennes et Lille, connaissent un début de saison compliqué. Avec un groupe chambardé et rajeuni par le mercato, ils doivent vite trouver la bonne recette...

Six petits points. C'est le maigre butin engrangé par Rennes et Lille, respectivement 15e et 16e de Ligue 1, depuis le début de saison. Le bilan des Lillois reste à nuancer, puisqu'ils ont une rencontre en moins, avec leur match arrêté à Amiens lors de la 8e journée. Rennes et Lille apparaissent tous deux comme des clubs d'expérimentation cette saison, parce qu'ils ont opéré de grands changements dans leur effectif lors du mercato estival, et que leur groupe s'est vu considérablement rajeuni.

Côté rennais, c'était opération «dégraissage» au dernier mercato. Le club breton s'est séparé de plusieurs cadres, aussi importants sur le terrain que dans le vestiaire. À commencer par son gardien et leader Benoît Costil (30 ans, 219 matches en Ligue 1), parti libre à Bordeaux. Le Suisse Gelson Fernandes (31 ans, 126 matches de Ligue 1), un peu le «grand frère» pour les plus jeunes, a aussi quitté Rennes. Même son de cloche du côté de Lille, où des joueurs d'expériences comme Marko Basa (34 ans, six saisons avec le Losc), qui faisaient partie du «loft» lillois, ont résilié leur contrat, et le départ d'un cadre comme Florent Balmont (parti à Dijon en 2016 après 437 apparitions avec les Dogues en Ligue 1) n'a jamais été comblé.

Une politique assumée

Après avoir fait le ménage dans leur effectif, Lille et Rennes ont fait de la jeunesse une base structurante de leur équipe. Le directeur général du Losc Marc Ingla l'expliquait en mai dernier, lors de la présentation du nouveau projet lillois : «Travailler avec les jeunes constitue l'un de nos paris pour les prochaines années». Et le club s'est activé pour enrôler ses nouvelles pépites : Ezequiel Ponce (20 ans), Nicolas Pépé (22 ans) ou Luiz Araujo (21 ans). Un choix imité à Rennes, qui a recruté Ismaïla Sarr (19 ans), Faitout Maoussa (19 ans), Jordan Tell (20 ans) ou encore Benjamin Bourigeaud (23 ans). Une «classe biberon» talentueuse qui, couplée aux apports des jeunes estampillés du centre de formation, devait apporter du dynamisme à l'équipe bretonne.
Lors de la première journée à Troyes (1-1), Rennes alignait ainsi un onze de départ avec une moyenne d'âge de 23,4 ans et cinq recrues titulaires : le gardien Abdoulaye Diallo, Hamari Traoré en défense, Benjamin Bourigeaud et Faitout Maoussa au milieu de terrain, et Ismaïla Sarr en attaque. Une bonne partie de la colonne vertébrale est remodelée par rapport à la saison passée. Un onze à 576 apparitions en Ligue 1, total réhaussé par les présences de Ludovic Baal (147) et Benjamin André (186). Pour son premier match face à Nantes (3-0), Lille a aussi aligné cinq recrues dans son onze de départ : Kévin Malcuit, Edgar Ié et Fodé Ballo-Touré en défense, Thiago Mendes au milieu de terrain et Luiz Araujo en attaque. Un match qui est paradoxalement resté son match référence.

La première équipe type de Marcelo Bielsa débutait ainsi l'exercice 2017-2018 avec une moyenne d'âge de 23,3 ans, et 355 capes en Ligue 1, dont les deux tiers pour les seuls De Préville et Benzia (221 matches). Ce pari de la jeunesse des deux clubs a été confirmé par une étude de l'observatoire du football CIES, qui a classé les clubs selon l'âge moyen des joueurs alignés au début de saison. Lille s'est révélé être l'équipe la plus jeune parmi les cinq grands championnats européens, avec 22,88 ans de moyenne. Rennes se classe 3e, avec 24,31 ans de moyenne d'âge. Le top 10 est complété par trois autres clubs de Ligue 1 : Toulouse, Bordeaux et Lyon.

Manque d'expérience, manque de maturité ?

Marcelo Bielsa, qui a eu l'habitude d'entraîner de jeunes joueurs comme il l'a fait à Bilbao par exemple, a son idée sur le sujet : «L'âge des joueurs et le nombre de matches disputés sont des facteurs importants. La jeunesse a des avantages et des inconvénients. D'un côté, il y a le manque d'expérience. De l'autre, il y a la fraîcheur, le courage et la témérité». La jeunesse de leur équipe a causé à Rennes et Lille quelques soucis depuis le début de saison : du côté de Rennes, un penalty évitable provoqué à Toulouse (3-2), puis une faute près de la surface, entraînant un coup franc transformé contre Lyon (1-2). À Lille, une relance plein axe reprise de volée victorieusement par Didot à Guingamp (1-0), et un penalty évitable contre Troyes (2-2), à chaque fois dans les arrêts de jeu. Très logiquement, ces jeunes ont une marge de progression encore grande, et ils n'ont pas les clés pour résoudre des situations que des joueurs plus expérimentés possèdent. Après la défaite à Toulouse (3-2, 4e journée), Christian Gourcuff expliquait : «Le match était trop fou. Il faut arriver à davantage de maturité dans la gestion du match, dans la tenue du ballon surtout, avec des pertes de balles très facile...On dira que c'est des erreurs de jeunesse mais il faudra qu'on apprenne vite et j'espère qu'avec le retour de joueurs plus matures, ce seront des situations qu'on saura mieux gérer, tout en conservant le dynamisme qu'on a vu ».

Laisser du temps au groupe, c'est l'avis de Gelson Fernandes. Interrogé par Ouest-France au sujet du manque de maturité du groupe breton, l'ancien Rennais qui joue désormais en Allemagne à l'Eintracht Francfort a expliqué : «Certains joueurs vont se révéler, j'en suis certain. Ils doivent prendre leurs responsabilités et ils doivent savoir que maintenant, c'est à eux de prendre les rênes. Le club a misé sur le dynamisme, la jeunesse, ce qui est bien et se fait un peu partout en Europe, il faut le souligner. Quand je regarde par exemple les effectifs allemands, je fais ce constat. Lorsqu'on a affronté le RB Leipzig, vice-champion d'Allemagne, il n'y avait pas un joueur au-dessus de 25 ans». Leipzig, actuel troisième de Bundesliga, est d'ailleurs classé deuxième plus jeune équipe des cinq grands championnats, derrière Lille et devant Rennes.

La jeunesse, pas incompatible avec le leadership

Dans le jargon du football, un «taulier» est forcément un joueur très expérimenté, âgé et rompu aux joutes du championnat. Pourtant, rien n'empêche les jeunes joueurs de Ligue 1 d'avoir ce statut. Pour preuve, certains d'entre eux sont devenus cadres dans leur club, ou ne sont pas loin de l'être : c'est le cas à Rennes avec Joris Gnagnon (20 ans), qui a explosé la saison dernière et est désormais titualire indiscutable. Des joueurs comme le champion d'Europe U19 Issa Diop (20 ans), qui s'est fait une place en charnière centrale à Toulouse, Maxime Lopez (19 ans) à Marseille ou Nordi Mukiele (19 ans) à Montpellier sont les exemples de jeunes joueurs devenus très importants pour leur équipe.
Rennes et Lille ont déjà montré l'étendue de leurs capacités cette saison : la seule victoire de Rennes à Marseille (1-3) est le match référence des bretons. Pour Lille, le premier match contre Nantes avait été une démonstration (3-0). Et ce sont d'ailleurs les jeunes qui ont tiré leur équipe vers le haut, puisque les Sarr, Bourigeaud et Gnagnon avaient été très bons, tout comme les jeunes Lillois face aux Canaris, notamment Malcuit, impliqué sur deux buts. Pour Rennes et Lille, la jeunesse est donc la préoccupation de l'instant, mais aussi la solution pour l'avenir.
Jérémy Nedelec
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