rolando (S. Boue/L'Equipe)
Ligue 1 - 21e journée

Ligue 1 : Caen est-il une terre de supporters de l'OM ?

Ce dimanche, Caen reçoit un Olympique de Marseille en méforme. Mais cela n'empêchera pas les supporters de l'OM de se déplacer en nombre, qu'ils soient de Provence ou de Normandie. FF.fr a mené sa petite enquête.

Il y a ceux qui font le déplacement de Marseille en bus, vêtus d'écharpes et armés de tambours pour animer les rues de la ville. Mais il y a aussi ceux qui viennent du centre-ville de Caen, de sa banlieue, et de toute la Normandie. «Je ne suis pas très loin du stade Michel d'Ornano, et quand Marseille vient jouer, vous avez une partie des tribunes qui est composée de Normands. Le public se lève pour les buts marqués par l'OM, ce qui agace énormément les ultras du club local. Mais c'est aussi le cas ailleurs», résume Ludovic Lestrelin, sociologue du sport et spécialiste des supporters phocéens. Il se souvient d'une rencontre : «Il y a quelques années, quand Bielsa était encore l'entraîneur de l'OM, Marseille était venu jouer à Caen. Le match se dirigeait vers un nul entre les deux formations. Jusqu'au moment où Gignac inscrivait un but à la dernière minute. Victoire pour l'OM. Une partie du stade s'est levée pour acclamer les Marseillais.» Étonnant ? Pas tant que ça pour Elliot Grandin, ailier passé par les deux formations : «Le club le plus supporté à Caen est Marseille. C'est une équipe populaire et attractive. L'OM, ce n'est pas rien.»
Les supporters caennais, eux, estiment que ces fans ne sont pas de vrais supporters, et regrettent cet engouement pour l'adversaire. «Pour nous, les matches contre Marseille, c'est surtout l'occasion d'observer la dernière collection des survêtements de Chelsea, de Madrid et du Bayern. On découvre qu'il y a des supporters de l'OM répartis dans les tribunes lorsqu'ils marquent. Et il suffirait que l'on gagne, ce qui arrive rarement il faut bien l'avouer, pour qu'on ne les entende plus, nous explique-t-on du côté de WeAreMalherbe, site internet de supporters caennais, avant d'ajouter : «C'est toujours plus facile de supporter le club qui est victorieux que de se coltiner les défaites et le jeu de ton équipe locale. Sur la saison dernière, un supporter de l'OM n'a eu à subir que cinq défaites en Championnat et a connu une finale de coupe d'Europe. Nous, on a vécu 20 défaites sur 38 matches...»

«C'est une façon de vivre la Ligue 1 par procuration»

Mais la Normandie est-elle la région la plus supportrice de Marseille en dehors de la Provence ? «Le phénomène est difficilement quantifiable, mais il est vrai que notre région en est le témoin parfait, même si d'autres sont exactement dans le même cas, je pense notamment aux régions du Sud-Ouest, et plus particulièrement la ville de Toulouse», répond Ludovic Lestrelin, avant d'argumenter : «On pourrait se dire : “Voilà, à part Caen, le football normand n'est pas en très grande forme.” Le soutien peut donc plus se reporter vers un club extérieur». WeAreMalherbe essaie de territorialiser le phénomène : «On a l'habitude de voir les Haut-Normands, Rouennais ou Havrais en tribune à chaque match contre l'OM, c'est leur façon de vivre la Ligue 1 par procuration. Mais si ce phénomène existe, c'est clairement en Seine-Maritime, pas dans l'ex-Basse-Normandie. On le constate avec le nombre de voitures immatriculées 76 lors des matches contre l'OM.»
Certains courageux font même le déplacement jusqu'à Marseille. Elliot Grandin se souvient : «Il y avait des supporters venus de Caen au Vélodrome. Et même s'ils sont moins nombreux, ils sont très fervents.» L'ancien Niçois reste tout de même mesuré : «Caen est une ville de foot, les gens sont passionnés, même si certains sont partagés entre Paris et Marseille. Caen-OM, ça reste un match comme les autres, même si pour moi c'est d'un côté mon club formateur et mon club de coeur. D'ailleurs, les deux clubs ont de très bonnes relations, ils ont fait pas mal de transferts entre eux.» Des transferts donc, dont celui d'Elliot Grandin, en janvier 2008. L'intéressé rembobine : «Si je ne devais garder qu'un seul souvenir d'un Caen-OM , ce serait le dernier avant que je signe à l'OM (défaite 6-1 le 26 janvier 2008 au Vélodrome, ndlr). C'était une vraie déroute pour Caen (rires).»

Retour aux origines

Dans les années 1990, l'Olympique de Marseille vit une période sportive glorieuse, pleine de réussite, avec en point d'orgue le sacre de champion d'Europe en 1993. Mais cette victoire ne suffit pas à expliquer le rayonnement de l'OM dans toute la France, et notamment en Normandie. «Tapie a fortement personnifié ce club. C'est l'homme qui vient de tout en bas et qui a réussi», explique Ludovic Lestrelin. L'OM était alors doté d'une image qui est celle d'un club de province anti-capitale, le mettant dans une configuration particulière d'opposition au PSG. Les groupes de supporters marseillais se développaient et créaient alors des sections un peu partout en France. C'était notamment le cas à Rouen, à une heure et demie de route du stade Michel d'Ornano, où les Ultras Marseille section Rouen ont exercé de 1997 à 2018, avec plus de 150 adhérents. Mais ce n'est pas tout. «D'autres groupes ont existé, notamment un dans le sud de la Manche et un autre dans l'Orne. Tous ces groupes se reconnaissaient dans les différentes associations de supporters de l'OM, comme les Yankees. A Caen, il y a une sorte de groupe, mais pas organisé sous forme associative», nous informe le sociologue. Donc si ce dimanche vous entendez des chants olympiens résonner dans le stade Michel d'Ornano, vous saurez pourquoi.
Emile Gillet et Erwan Issanchou
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