sertic (gregory) (V. Michel/L'Equipe)
Ligue 1 - Bordeaux

Ligue 1 : Grégory Sertic (Bordeaux) : «Tu te bats contre toi-même»

Après plus d'un an sans jouer à cause de sa rupture des ligaments croisés du genou gauche, Grégory Sertic a retrouvé les terrains face à Nantes le 28 août. Entre sa rééducation, ses doutes, son nouveau poste et la sélection croate, il s'est confié sans détour à FF.

«Grégory, vous avez été très ému pour votre retour face à Nantes (1-0, 3e journée). Voir le bout du tunnel c'est un soulagement ?
Commencer par un succès, ça fait toujours plaisir. Retrouver le stade, les coéquipiers, le staff, l'ambiance et même les mises au vert, ça m'avait manqué. Aller au bout des 90 minutes, c'est une victoire personnelle car j'ai pas mal galéré cet été. J'ai pensé à toutes les personnes qui m'ont aidé lors de ces mois difficiles... Ma famille, mes amis, ma copine. Il y avait de la fierté au coup de sifflet final.

Cette blessure au ligament croisé du genou gauche vous a écarté des terrains pendant une année complète...
En vérité, je ne pensais pas que ça allait être aussi compliqué. Ce sont des moments où tu te retrouves seul, où tu dois te battre contre tes douleurs et ça pour un sportif c'est une situation angoissante car à chaque petite pique au genou, tu as l'impression de rechuter. Lorsque j'ai rejoué en CFA il y a quelques mois, j'ai vu mon genou qui avait doublé de volume et je me suis dit que j'étais reparti pour le billard. Toute la préparation s'est bien passée et juste avant la première rencontre, face à Saint-Etienne, j'ai de nouveau senti quelque chose mais avec les médecins, on a bien patienté afin de ne pas précipiter mon retour.
«Mon genou était totalement bousillé, c'est ce qui a pris beaucoup plus de temps que prévu pour revenir»
En tant qu'homme, c'était votre année la plus difficile ?
Même si ces derniers mois ont été difficiles, en tant qu'homme cela me servira pour toute la vie. C'est comme si du jour au lendemain tu n'existais plus. Les gens prennent des nouvelles de toi les deux premiers mois puis après tu ne reçois plus aucun signe et tu te bats contre toi-même. Avant l'opération, j'ai eu une petite hémorragie, ce qui a compliqué les choses. Mon genou était totalement bousillé, c'est ce qui a pris beaucoup plus de temps que prévu pour revenir. Je suis resté très proche du docteur qui m'a soigné, je lui confie chaque ressenti et appréhension de mon corps.

Avec Cédric Carrasso et vous écartés pour une longue période, ce Bordeaux-là a perdu deux cadres assez précieux la saison dernière...
Effectivement, ça manquait sans doute d'expérience sur le terrain. Quand tu vois tes collègues être autant dans le dur sur le terrain et que toi, tu ne peux rien faire, c'est frustrant. Après il ne faut pas négliger l'excellent travail des jeunes qui ont permis au club de rester dans l'élite. Il fallait cependant des cadres pour les rassurer sur le terrain. Les départs de Saivet et Khazri l'hiver dernier ont affecté le groupe, de même que la mise à l'écart de Sané. Aujourd'hui, l'effectif est sain et on ne doit surtout pas regarder en arrière.

D'un point de vue extérieur, l'arrivée de Jocelyn Gourvennec avec son staff apporte de la fraîcheur à Bordeaux. C'est aussi votre sentiment ?
Ils ont la joie de vivre, ils font confiance au groupe, ils donnent les clés du jeu et du vestiaire aux cadres. Ce sont surtout des personnes saines. Dès ma première discussion avec le coach, j'ai été séduit par lui et sa vision du football. Gourvennec va faire beaucoup de bien à ce club. On attendait ça avec impatience.
Grégory Sertic a retrouvé le sourire.
Grégory Sertic a retrouvé le sourire.
«Gourvennec intervient un peu moins dans le vestiaire. Il apprécie que le groupe s'autogère»
Dans sa méthode, quelles sont les différences par rapport à vos précédents entraîneurs ici ?
Chacun possède sa manière de communiquer et de procéder sur le terrain. Que ce soit avec Blanc, Gillot ou Sagnol, je n'ai jamais eu de problème. Gourvennec intervient un peu moins dans le vestiaire. Il apprécie que le groupe s'autogère mais s'il a un truc à dire, il va prendre le joueur entre quatre yeux dans son bureau. Après la claque subie face à Toulouse (1-4), il nous a tous regroupés le dimanche pour nous passer un bon savon. Contre Nantes il voulait des guerriers, je pense qu'il les a eus.

Le recrutement avec Toulalan et Ménez notamment est plus ambitieux que les années précédentes. Comment le vestiaire a perçu ces arrivées ?
Ça donne un nouvel éclat et une nouvelle façon de voir Bordeaux. Les dirigeants ont souvent été critiqués par le passé mais là, ils ont été chercher des joueurs accomplis, capables de nous faire passer un cap. Pour moi Ménez, c'est dans la même lignée que Benzema ou Ben Arfa, il peut faire la différence à tout moment.

Si Bordeaux n'accroche pas la Coupe d'Europe en fin de saison, ce sera un échec ?
Oui clairement. Tous les ingrédients sont réunis pour réaliser un superbe exercice. Le mélange entre les joueurs d'expérience et l'insouciance des jeunes permet d'être optimiste. C'est le facteur le plus positif, celui qu'on n'a pas eu l'an dernier. On a tendance ici à se relâcher face aux équipes, on va dire, plus modestes. La régularité c'est la clé. Si tu joues à fond contre Paris et Monaco puis que tu te permets d'être plus léger face à Metz ou Toulouse, ça ne sert à rien.
«Il y a beaucoup moins d'espaces qu'avant. Si tu n'aimes pas le combat, tu ne peux pas jouer en Ligue 1»
Vous avez commencé votre carrière en milieu excentré avant d'être relayeur puis défenseur central cette saison. Le prochain poste c'est gardien de but ?
Carrasso, Prior et Bernardoni ont du souci à se faire (rires)... C'est un choix mûri. J'ai pris la décision en accord avec le coach. Avec Francis Gillot lors du Trophée des champions en 2013, j'avais déjà joué à ce poste. Ça me dérange absolument pas d'être défenseur central. Je vois tout le jeu, j'ai la capacité de relancer vers l'avant et surtout je n'ai aucune appréhension vis-à-vis des duels. Je me suis tellement battu pour revenir, je n'ai plus rien à perdre.

Quelles sont les différences techniques pour évoluer à ce poste ?
Quand tu es milieu relayeur, tu dois constamment être en mouvement. Tu es un régulateur du jeu alors qu'en défense tu es à la préparation des actions. A moins de marquer sur corner ou d'un lob de 60 mètres, tu n'es pas un finisseur. Tu dois être surtout beaucoup plus vigilant dans l'anticipation et le placement. Comme ce n'est pas mon poste de prédilection, ce sont les deux aspects que je dois le plus travailler. J'ai tout le jeu face à moi, je ne peux pas revenir en arrière. Après je peux compter sur les excellents appels de Thomas Touré et Malcom sur les côtés pour écarter le jeu.

Mine de rien, cela fait huit saisons que vous êtes en Ligue 1. Quel est votre avis sur l'évolution de ce Championnat ?
Quand tu démarres ta carrière dans un tel groupe, avec Chamakh, Gourcuff, Wendel, Diarra, Chalmé, tu es réellement sur un petit nuage. Plus tu progresses en France, plus tu te rends compte que ce Championnat est difficile, notamment quand j'ai joué à Lens (2010-2011) où tu dois te battre pour le maintien. Mentalement, tu dois te remettre en question chaque semaine, ce qui n'est pas évident. Il y a beaucoup moins d'espaces qu'avant. Si tu n'aimes pas le combat, tu ne peux pas jouer en Ligue 1.

Avez-vous toujours l'espoir de jouer un jour pour la Croatie, votre second pays ?
J'ai passé du temps avec eux lorsqu'ils sont venus à Bordeaux lors de l'Euro (victoire 2-1 contre l'Espagne). J'ai eu une discussion franche avec le coach et il attend de voir mes prestations en défense centrale cette année. On ne va pas se mentir, je ne m'enflamme absolument pas. Il y a de sacrés clients au milieu de terrain avec Rakitic, Modric, Brozovic... Si je veux un jour évoluer pour cette sélection croate, ce sera derrière et le coach aimerait me tester à l'occasion. Après cette année noire, pouvoir porter le maillot d'un pays qui compte autant de grands joueurs, c'est inespéré.»
Propos recueillis par Adrien Mathieu, à Bordeaux
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stanmayz90 10 sept. à 12:48

Je te souhaite de revenir au plus haut niveau!! Tu le mérites tellement Greg.Stan.