gnagnon (joris) (A.Reau/L'Equipe)
Ligue 1 - Rennes

Ligue 1, Joris Gnagnon (Rennes) : «Là, je me suis demandé : "est-ce que j'ai vraiment les qualités pour jouer à ce niveau ?"»

20 ans, 40 matches de Ligue 1 et plus que jamais le statut de grand espoir à son poste. Joris Gnagnon raconte ses débuts chez les pros, avec les exigences, la détermination mais aussi les difficultés qui vont avec. Sans avoir froid aux yeux.

«Votre tout premier match de Ligue 1, est-ce un bon souvenir ?
Ce n'était pas simple au début. Je découvrais. Je ne m'attendais pas à jouer si rapidement.

Vraiment ?
Je souhaitais disputer mes premières minutes le plus vite, c'est vrai, mais ce ne sont que des paroles. Une fois qu'on s'en approche, on ne sait pas vraiment quand ça peut se passer.

Et finalement, cela vous arrive trois jours après votre dix-neuvième anniversaire...
Je me rappelle de ma première à Troyes (NDLR : 16 janvier 2016, victoire 4-2). Avec un joueur expérimenté à mes côtés en la personne de Sylvain Armand. C'est un souvenir impérissable. J'attendais tellement ça. Et j'étais vraiment content à l'époque. Surtout que ça se passe à la mi-temps du match. Il y a 3-2 pour nous, Fallou Diagne se blesse et le coach (Philippe Montanier) me dit de m'échauffer. Donc rien que pendant la mi-temps, mon cœur battait à 100 000 à l'heure, alors que ce n'était "que" Troyes. Mais c'est autre chose qu'un match de CFA, tu joues face à des joueurs qui ont 100 ou 200 matches de Ligue 1. C'était quelque chose...

«J'ai plus de coffre, je suis meilleur qu'avant»

Quelles avaient été vos impressions de ce baptême en pros à l'époque ?
Je m'en étais bien sorti, mais ce n'était pas simple. Ça allait bien plus vite, le terrain était exceptionnel par rapport à ceux sur lesquels je jouais auparavant. Tout était beau, tout simplement.

On a presque l'impression que vous avez encore des étoiles plein les yeux...
Ah oui, exactement.

Le Gnagnon de septembre 2017 est-il bien meilleur que le Gnagnon de janvier 2016, à ses débuts ?
Oui, quand même. J'ai plus de coffre. Je suis meilleur qu'avant, j'ai appris énormément de choses.

Dans quels domaines en particulier ?
À mes débuts, c'était évidemment tout nouveau pour moi, je ne savais pas tout ce qu'il pouvait se passer. J'étais encore impressionné par les cris des supporters, j'écoutais et j'entendais tout. Aujourd'hui, quand je suis sur le terrain, tout ce qu'il y a autour de moi ne me trouble plus. Ma concentration est bien meilleure.
«Etre méchant ? C'est primordial selon moi. C'est ma marque de fabrique. Quand tu rencontres les grands joueurs de Ligue 1, en dehors, ce sont des stars, mais une fois sur le terrain, je ne connais plus trop leur nom.»
Diriez-vous que vous avez également énormément progressé dans les duels ?
Non, j'ai toujours été très dur à l'impact, quelqu'un de costaud dans ce domaine : ça, c'est moi.

Quitte parfois à y aller peut-être un peu trop fort ?
Je me souviens, plus jeune, lorsque j'étais à l'essai avec Rennes. Lors d'un match, je joue milieu de terrain. On affronte une équipe brésilienne, je fais un contrôle, et un adversaire arrive très vite sur moi. J'interviens, et je lui éclate la jambe. Il a dû sortir sur civière. Je l'ai revu avec une béquille plus tard, je crois qu'il s'était fait opérer. Je n'avais pas pris de carton rouge parce que je ne l'avais vraiment pas fait exprès.

Est-ce qu'il faut être méchant, parfois, pendant un match ?
Oui, c'est primordial selon moi. Etre entre guillemets méchant, puis en se serrant la main à la fin d'un match. Moi, c'est ma marque de fabrique. Quand tu rencontres les grands joueurs de Ligue 1, en dehors, ce sont des stars, mais une fois sur le terrain, je ne connais plus trop leur nom. Il faut des duels dans le foot.

Concernant les duels, après votre mésaventure à Saint-Étienne la saison dernière*, avez-vous plus de craintes d'aller vous frotter à un adversaire ?
Aucune ! S'il faut y aller et le refaire, je le ferais sans problème. C'est la vie d'un défenseur, je ne peux pas enlever ma tête parce que j'ai peur. Et je pense que ma grosse qualité, c'est ça : l'agressivité.

À l'époque, ça vous avait marqué ?
Oui, quand même. Mais à l'hôpital, déjà, je m'étais dit : "Si ça doit arriver une autre fois, ça arrivera".
«Quand on dit que les défenseurs ne sont que des "bourrins" incapables de faire certaines choses, oui, c'est vrai que ça me saoule.»
Revenons à la Ligue 1 : diriez-vous que c'est un Championnat très physique ?
Non. Il y a des joueurs qui sont très costauds, à l'image de Mario Balotelli que j'ai rencontré le week-end dernier (NDLR : victoire de Nice, 1-0 à Rennes). Mais ça joue beaucoup au ballon en Ligue 1. Donc pour un défenseur, surtout à Rennes, avec les demandes du coach, c'est aussi utile d'avoir la technique. Notamment parce qu'en France, de plus en plus d'équipes tentent de repartir de derrière.

Ça vous est souvent arrivé d'entendre des critiques pas toujours très reluisantes sur le niveau technique des défenseurs ?
Ah oui ! Quand on dit que les défenseurs ne sont que des "bourrins" incapables de faire certaines choses, oui, c'est vrai que ça me saoule. Mais je pense que ces commentaires ont changé depuis un certain temps.

Quel est le pire adversaire que vous avez déjà rencontré en Ligue 1 ?
Lacazette. Ce mec est talentueux. Mais à mes débuts, j'avais joué l'un de mes premiers matches (le sixième de sa carrière en L1) au Parc des Princes, et donc face à Ibrahimovic. Je connaissais déjà sa carcasse, mais l'homme sur le terrain m'a impressionné : physiquement, techniquement, mentalement. Il a faim, est capable de faire de très belles choses. En plus, ce soir là, je crois qu'il nous met deux buts (exact, pour un 4-0 au final), dont une frappe du pied gauche sous la barre. Je le connaissais dans les jeux vidéo et à la télé, mais là, c'était quelque chose.

«Le stade Vélodrome m'a impressionné»

Au cours de vos 40 matches de Ligue 1, y en a-t-il un où vous vous êtes dit : "là, j'ai été vraiment bon" ?
C'était il n'y a pas longtemps, à Marseille (victoire 3-1, 5e journée). J'ai fait d'autres bons matches, mais là c'était par rapport à l'engouement de cette rencontre. Surtout dans un Vélodrome qui m'a impressionné. Et le fait d'avoir sorti une belle prestation dans ce stade...

Avoir réalisé une telle performance a-t-il été une revanche par rapport à cet été où l'OM vous avait approché, sans vraiment aller plus loin ?
Non, jamais de la vie. Pas une revanche, mais ça fait quelque chose. Je n'ai absolument rien contre l'Olympique de Marseille.

A contrario, par rapport à votre bon match à Marseille, vous souvenez-vous de votre pire prestation sur un terrain de Ligue 1 ?
Oui, à Metz ! Je fais une passe décisive à l'attaquant adverse (Cheick Diabaté, 1-1 score final). C'était l'horreur. Le lendemain et le surlendemain ont été compliqués. Je me posais beaucoup de questions dans ma tête.
Qu'est-ce qu'on se pose comme questions ?
Là, je me suis demandé : "Est-ce que j'ai vraiment les qualités pour jouer à ce niveau ?", "est-ce que j'ai vraiment les moyens d'aller au-dessus ?". Plein de questions comme ça qui te troublent. En plus, c'était l'une de mes premières bourdes, alors que tout se passait bien jusque-là. Ça avait été bien compliqué.

Et comment se sort-on de ces tourments ?
Grâce à l'entourage. Mais avec aussi la nécessité de se remettre tout de suite dans le bain pour le week-end suivant et ainsi prouver que tu as des qualités.

«Mon top 3 en L1 : Thiago Silva, Glik, Marquinhos»

En parlant de qualité, pour vous, qui est actuellement le meilleur défenseur de Ligue 1 ?
Thiago Silva. Il est impressionnant par son calme, très à l'aise techniquement. Mais quand je regarde les matches du PSG, et que j'observe les défenseurs, j'aime aussi beaucoup Presnel Kimpembe, il est très fort.

Vous mettez qui dans votre top 3 ?
Thiago Silva, Glik et Marquinhos.

Joris Gnagnon occupe quelle place ?
Il n'est pas dans la liste, pour l'instant.

Et à l'échelle mondiale, c'est qui le meilleur ?
(sans hésiter) Sergio Ramos. C'est le genre de défenseurs qui ont faim, qui veulent tout gagner.»
Timothé Crépin
*Après un choc avec Théophile-Catherine, il s'était écroulé deux fois pendant la rencontre, sans perdre connaissance, mais en se faisant une petite frayeur.

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