pele (yohann) *** Local Caption *** 146 photos (F. Mons/L'Equipe)
Ligue 1 - Marseille

Ligue 1 : La revanche de l'Albatros Yohann Pelé, le gardien de l'Olympique de Marseille

Gardien de but titulaire de l'OM cette saison, Yohann Pelé revient de très loin. De Sekou Baradji, son ami, à Franck Passi, son ancien entraîneur à Marseille, tous louent la force de caractère d'un homme qui aura bien fait de ne rien lâcher.

12 octobre 2008. Au lendemain d'un match nul en Roumanie (2-2) pour le compte des éliminatoires du Mondial 2010, Raymond Domenech, le sélectionneur des Bleus, se voit obligé de convoquer un nouveau gardien. La raison ? Le «prêt» d'Hugo Lloris pour les Espoirs en vue du barrage retour qualificatif pour l'Euro 2009 face à l'Allemagne (défaite 1-0 au final et élimination).
 
Pour remplacer Lloris, à l'époque, les candidats se nomment Mickaël Landreau, Grégory Coupet ou encore Sébastien Frey. Finalement, Domenech choisit un certain Yohann Pelé, 25 ans, impressionnant avec l'équipe du Mans. Il prendra place sur le banc des Bleus lors de la victoire face à la Tunisie (3-1) au Stade de France, deux jours plus tard.
Sur le banc français face à la Tunisie, il y a Malouda, Squillaci, Mexes, Ben Arfa, Briand, Sinama-Pongolle, et tout au bout : Yohann Pelé. (LAHALLE/L'Equipe)
Sur le banc français face à la Tunisie, il y a Malouda, Squillaci, Mexes, Ben Arfa, Briand, Sinama-Pongolle, et tout au bout : Yohann Pelé. (LAHALLE/L'Equipe)

Une première fin de carrière à Boulogne, en 2010

La suite, on la connait. Une signature à Toulouse en 2009, une embolie pulmonaire en octobre 2010, jugé inapte pour le football, licencié par le Téfécé en mai 2012, puis de retour à Sochaux en 2014, une arrivée à l'OM en 2015 et un poste de numéro 1 du club olympien depuis le début de la saison. Un sacré parcours et surtout une belle histoire pour le natif de Seine-et-Marne qui a longtemps cru qu'un seizième de finale de Coupe de la Ligue en 2010 entre Boulogne-sur-Mer - Toulouse (2-1) serait son dernier match. «C'est magnifique ce qui lui arrive, s'enthousiasme Sekou Baradji, ami de longue date, qu'il a connu au Mans. Je lui dis chapeau. Je l'estime beaucoup, ça n'a pas été facile, on l'a tous connu à l'époque de l'Albatros. Et en tant qu'ami, on l'appelle encore l'albatros. Aujourd'hui, c'est un exemple.» C'est Sekou Baradji, qui, en 2013, avait proposé à Dijon, son club de l'époque, d'accueillir Yohann Pelé simplement pour s'entraîner. Moins d'un an après, l'Albatros signait à Sochaux pour relancer sa carrière. «Ce n'est pas moi qui l'ai relevé, explique Baradji, modeste, les dirigeants de Dijon avaient confiance en moi, j'avais juste dit à Yohann qu'il pouvait venir s'il le souhaitait.»

«Ça reste le meilleur gardien avec qui j'ai joué»

Des clubs comme Bastia ou Vannes lui permettent également de retrouver les sensations du monde pro. Et ce, donc, jusqu'au 31 janvier 2014, 1227 jours après Boulogne-sur-Mer, le FC Sochaux-Montbéliard annonce l'arrivée de Pelé, avant de l'aligner neuf jours plus tard en Ligue 1 face à Lille. Matheus Vivian, défenseur franc-comtois depuis l'été 2014, n'en garde que des bons souvenirs. «Ça reste le meilleur gardien avec qui j'ai joué en France, tranche l'Italo-brésilien. Je suis vraiment content pour lui, il est tellement doué... C'est un bosseur. Il a retrouvé le niveau qu'il n'aurait jamais dû quitter.»
 
Des performances et une forme qui ont sauté aux yeux de Franck Passi, son entraîneur à l'OM entre avril et octobre 2016. «Je pense qu'il nous a tous impressionné par la volonté et la ténacité qu'il a eu pour retrouver son niveau, admet Passi à France Football. Je n'ai pas découvert le gardien de but qu'il est, j'ai juste noté qu'il avait retrouvé le niveau. Hormis ses qualités de haut niveau, il a une très grande force de caractère et une grande capacité de concentration. Yohann, c'est une force tranquille, il ne fait pas beaucoup de bruit mais il est là et il sait être efficace quand il le faut.»
Franck Passi à FF : «Il nous a tous impressionné par la volonté et la ténacité qu'il a eu pour retrouver son niveau»
Autant d'arguments qui ont convaincu Passi de lui faire confiance pour l'introniser numéro 1 dans les cages olympiennes après le départ de Steve Mandanda à Crystal Palace. «J'ai pris la décision finale, même si j'ai eu une discussion avec Stéphane Cassard (l'entraîneur des gardiens), détaille-t-il. Le fait que Yohann ait été challengé par Steve Mandanda l'a obligé, l'un contre l'autre, à élever leur niveau. Cela leur a permis de progresser techniquement et mentalement. Ils ont toujours travaillé dans un respect mutuel comme deux grands pros qu'ils sont.»

«Si vous m'aviez dit que j'allais avoir ce parcours...»

«Discret», pas vraiment «bavard» ni «expansif», mais aussi «fiable», «attachant», «bon mec» sont les mots qui reviennent chez ceux qui ont accepté de parler de l'Albatros à FF. «Il avait un principe : il considérait que ce n'était pas à un autre de dire que sa carrière devait s'arrêter mais plutôt à lui de le décider, explique Jean-Jacques Bertrand, son avocat. C'est incontestablement un grand talent qui n'a peut-être pas eu une carrière aboutie.» Un avocat qui le défend encore aujourd'hui dans le contentieux qui oppose le portier de l'OM à Toulouse. La date du jugement devant la cour d'appel n'est pas encore définie aujourd'hui. Pelé demande des dommages et intérêts à la fois pour contester l'interruption de contrat avec le Téfécé, mais aussi pour un préjudice de carrière. Une carrière qui à 34 ans, redécolle d'une manière quasi inespérée. «Si vous m'aviez dit que j'allais avoir ce parcours, j'aurais signé tout de suite, clamait le principal intéressé à L'Equipe il y a quelques jours. J'ai traversé des épreuves qui m'ont fait grandir (...) Je me suis battu, j'y ai cru, ç'a marché.» Et aujourd'hui, l'histoire est on ne peut plus belle.
Timothé Crépin 
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