payet (dimitri) (LAHALLE/L'Equipe)
Ligue 1 - 25e journée

Ligue 1 : quand Dimitri Payet se révélait sous le maillot de Saint-Étienne

À l'occasion du déplacement de l'OM à Geoffroy-Guichard, Dimitri Payet retrouve une nouvelle fois un stade et un club qu'il connait très bien, et dans lesquels il a laissé une trace au cours des quatre saisons qu'il a effectuées.

Aujourd'hui capitaine et comptant parmi les leaders techniques d'un Olympique de Marseille qui retrouve ses lettres de noblesse, Dimitri Payet a fait du chemin avant de (re)venir dans ce qu'il décrit comme son club de cœur. Après avoir offert quelques promesses dans le sas d'entrée en Ligue 1 qu'a représenté le FC Nantes, et avant de faire le bonheur (parfois par intermittence) des supporters du LOSC, de West Ham et de l'OM, le Réunionnais s'est révélé à l'AS Saint-Etienne dont il a porté le maillot quatre saisons durant, entre 2007 et 2011.

Lorsqu'il débarque dans le Forez contre quelques quatre millions d'euros, Payet ne compte qu'une véritable saison de Ligue 1 dans les pattes. Comptant parmi les rares satisfactions d'un FC Nantes relégué en L2, le jeune attaquant a d'autres ambitions que celle de continuer sa progression dans l'antichambre de l'élite. D'autant que si sur le terrain, le jeune Dimitri a donné quelques frissons aux habitués de la Beaujoire, l'extra-sportif n'est pas aussi reluisant. «Il est arrivé avec une réputation qui n'était pas forcément agréable pour lui, se souvient Laurent Roussey, qui l'a eu sous ses ordres à son arrivée chez les Verts. À Nantes, il avait eu quelques difficultés sur la fin, notamment avec Barthez (un accrochage lors d'un entrainement quelques mois plus tôt). Il avait aussi connu quelques déboires au Havre. On disait qu'il avait le boulard, qu'il était prétentieux.»

Feindouno, le grand frère

Recruté en même temps que l'autre étoile montante du moment, Blaise Matuidi, il découvre donc un nouvel environnement à 20 ans, et un nouveau coach qui va le couver pour mieux polir son talent. «Il s'inscrivait dans une volonté du club de prendre de jeunes joueurs à fort potentiel, continue Roussey. On avait une relation assez forte qui allait au-delà du terrain. La première saison, il a fallu que je le protège, parce qu'il avait du caractère et était capable de se refermer. J'étais donc très proche de lui, et cela au détriment d'autres joueurs qui évoluaient au même poste.» Pour sa première saison dans le Chaudron, le milieu offensif contribue à ramener l'ASSE en Coupe d'Europe, avec une cinquième place finale. Tout en restant très discret en termes de statistiques individuelles (deux passes décisives, aucun but). «Il avait fait une très belle deuxième partie de saison, se souvient son ex-coéquipier Geoffrey Dernis. Il faisait énormément de différences et était important dans la dernière, voire l'avant-dernière passe. Par la suite on lui a dit d'être un peu plus tueur, et surtout de faire les bons choix dans les zones décisives.» Son premier but sous la tunique du décuple champion de France, il l'inscrit à Chaban-Delmas, un soir de match nul des Verts en septembre 2008 (1-1).
Avec Pascal Feindouno, Dimitri Payet a trouvé un modèle chez les Verts. (L.Argueyrolles/L'Equipe)
Avec Pascal Feindouno, Dimitri Payet a trouvé un modèle chez les Verts. (L.Argueyrolles/L'Equipe)
S'il était le chouchou de Roussey, le courant va en revanche moins bien passer avec son successeur, Alain Perrin. «Il était pétri de talent, mais encore jeune et immature pour apporter tout son rayonnement à un groupe, déclarait le technicien il y a un an et demi. [...] il manquait de régularité dans ses performances, et parfois de professionnalisme et de détermination dans la répétition des efforts.» En 2016, dans L'Equipe, la frustration du joueur se ressentait d'ailleurs : «Ça n'a pas collé entre nous. Son mode de fonctionnement n'était pas facile à suivre. Sa façon de taper du bâton n'était pas la bonne.» Pour autant, Payet prend du coffre sous Perrin, et termine même son deuxième exercice en Vert avec quatre réalisations et six offrandes. «Dès la deuxième année il a été très bon, analyse Cédric Varrault, qui a partagé le vestiaire avec lui pendant trois ans. Ce sont des joueurs comme Pascal Feindouno qui faisaient le jeu quand il a commencé. C'est ça qui a servi à Dim' : il a pris exemple sur des joueurs comme ça, puis il s'est rendu compte qu'il avait les capacités pour prendre le jeu à son compte lui aussi, lorsque les anciens sont partis.»

Le héros du 100e derby

Pour la pépite de Saint-Pierre, le meilleur arrive avec la nomination de Christophe Galtier lors du mois de décembre 2009. L'association fonctionne et l'ancien du HAC va prendre une nouvelle dimension. «C'est à partir de Galtier que j'ai vraiment commencé à progresser, se remémorait le droitier pour L'Equipe en 2016. C'est l'entraîneur avec lequel j'ai gardé les meilleurs rapports.» Lors de l'été 2010, après deux saisons passées dans les profondeurs de la Ligue 1 (17e à chaque fois), l'équipe ligérienne se transcende en se hissant à la première place jusqu'à la huitième journée, avec un Dimitri Payet auteur de huit buts lors des neuf premiers matches, dont un triplé face à Lens. L'apogée de ce début de saison royal du Réunionnais intervient le 25 septembre, lors du centième derby entre l'OL et Sainté, à Gerland, le Français plante le seul but de la rencontre sur un coup franc à un quart d'heure du terme, mettant ainsi fin à 17 longues années de disette pour l'ASSE (21 confrontations).

Les prestations haut de gamme du joueur de 23 ans donnent alors des idées à Laurent Blanc. Ainsi, c'est encore implanté dans le Forez que Payet goûte pour la première fois au maillot bleu, en octobre 2010, face à la Roumanie au Stade de France puis le Luxembourg trois jours plus tard. L'occasion de signer une passe décisive à chaque fois, et d'ainsi confirmer qu'il n'est pas là par hasard. «C'est sûr qu'à l'époque, Saint-Etienne n'était pas le meilleur club français, avec les meilleurs résultats, concède Dernis. Mais Dimitri avait fait une grosse saison, il se mettait en valeur lors des matches importants, et par la suite on a bien vu qu'il avait le niveau international.»

Coup de tête et bras de fer

Malgré tout, Payet connait plusieurs fausses notes lors de son parcours à Saint-Étienne. Comme lorsqu'il se confronte physiquement à son compère et capitaine Matuidi, en plein match à Toulouse en mai 2010, lui assénant un coup de tête qui lui vaudra une suspension d'un match par son club. Ou lorsque, six ans avant d'aller au clash à West Ham pour retrouver Marseille, il tente en janvier 2011 de forcer la main à la direction de son club pour signer au Paris-Saint-Germain, avec qui il s'est mis d'accord : le club bloque alors la transaction. «Je me souviens de l'épisode avec Blaise, expliquait Christophe Galtier il y a quelques années dans L'Equipe. Je lui avais dit à l'époque que c'était catastrophique en termes d'image. On avait eu un autre problème quand il a voulu rejoindre le PSG à la trêve hivernale. Le bras de fer avait duré quarante-huit heures. Il s'était excusé devant tout le groupe et il avait assumé les sanctions. Même quand c'était tendu avec lui, c'était agréable. Car Dimitri est un garçon honnête. Ce n'est pas un filou ni un fouteur de merde.»

La porte s'ouvrira finalement six mois plus tard, avec un transfert à Lille, où il signe pour un montant situé entre huit et dix millions d'euros. Entre temps, Payet a bouclé sa dernière année stéphanoise en costaud, avec 13 réalisations au compteur (et quatre passes) malgré une saison collective finalement inaboutie (10e) et un passage à vide hivernal. Aujourd'hui encore, cela représente sa meilleure saison face au but en Championnat. Et l'ASSE représente d'ailleurs toujours le club qu'a le plus connu Dimitri Payet au cours de sa carrière professionnelle (145 apparitions). D'où le possible pincement au cœur qu'il peut ressentir à chaque fois qu'il remet les pieds sur les terres de son éclosion.
Jérémie Baron
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