aguilar (ruben) (R.Martin/L'Equipe)

Ligue 1 : Ruben Aguilar, la révélation d'un guerrier à Montpellier

À vingt-quatre ans, Ruben Aguilar a réussi ses débuts dans l'élite sous le maillot de Montpellier. Le latéral droit au parcours atypique fait partie des révélations de la saison en Ligue 1 et pourrait même envisager un futur chez les Bleus.

À peine arrivé, déjà prolongé. La première saison de Ruben Aguilar (24 ans) en Ligue 1 est une réussite. À Montpellier, le jeune joueur a trouvé sa place et fait partie des révélations de la saison, au point d’être déjà une référence au poste de latéral droit. La semaine dernière, le club héraultais a annoncé sa prolongation, moins d’un an après avoir débarqué d'Auxerre. Initialement lié au MHSC jusqu’en 2020, il a signé pour deux ans de plus un contrat qui court maintenant jusqu’en 2022. «En venant à Montpellier, j’avais vraiment envie de montrer ce que je sais faire et pouvoir continuer ici est une très bonne chose. Tout se passe bien, j’ai atteint mon objectif qui était d’atteindre la barre des vingt matches joués», avait-il déclaré sur le site officiel du club. Mieux, il a déjà participé à trente-cinq rencontres toutes compétitions confondues. Une belle récompense pour ce guerrier qui n’a rien lâché pour y arriver.

La force du destin

Ruben Aguilar a fait ses gammes du côté de Grenoble, au même moment que Florian Thauvin, jusqu’au dépôt de bilan en 2011. «Au centre de formation, ce n’était pas le joueur qui se démarquait, ce n’était pas celui sur qui on aurait misé», se souvient Olivier Saragaglia, qui s’occupait des jeunes grenoblois avant d’entraîner l’équipe première en CFA (2011-2015). Pourtant, le latéral droit file à Saint-Étienne et dispute même la finale de la Coupe Gambardella contre Nice (défaite 2-1) en 2013. Mais Aguilar n’est pas conservé dans le Forez et voit la porte du monde professionnel se fermer devant lui. Il fait donc le choix d’un retour aux sources en tapant à la porte de son ancien club, à Grenoble. «Quand il revient, il est un peu abattu parce qu’il n’a pas pu continuer dans le circuit professionnel. Il est venu nous voir pour savoir s’il pouvait s’entraîner et pourquoi pas signer. Au bout de quelques séances, on s’est mis d’accord mais il touchait toujours son chômage vu notre petit budget», détaille Olivier Saragaglia, aujourd’hui entraîneur adjoint à Châteauroux.

Aguilar, ici au duel avec Rony Lopes, un pion essentielle de la solide défense montpelliéraine. (B.Papon/L'Equipe)

Un retour qui ne dure qu’un an. Les qualités du jeune Ruben attirent l’œil de certains clubs de Ligue 2. La saison est terminée et Jean-Luc Vanucchi, alors entraîneur d’Auxerre, décide d’aller voir jouer Martigues, son ancien club, qui affronte Grenoble en CFA. Et il faut dire que le destin fait bien les choses : «J’avais déjà vu Ruben (Aguilar) quand il jouait à Saint-Etienne. J’avais appelé son entraîneur qui m’avait dit qu’il allait partir à Angers, j’étais un peu déçu. Et quand je me rends à Martigues pour observer deux autres joueurs, je vois Ruben une deuxième fois.» En 2014, Aguilar débarque donc à Auxerre où il signe son premier contrat professionnel. «On en avait discuté avec Jean-Luc Vannuchi et je lui avais clairement dit qu’il pouvait y aller les yeux fermés et qu’il ne se tromperait pas», explique Olivier Saragaglia. L’entraîneur bourguignon n’est pas déçu, Aguilar s’impose rapidement comme un titulaire indiscutable et il dispute trente-six matches toutes compétitions confondues. «Lors de sa première année, on va en finale de Coupe de France (NDLR : défaite 1-0 face au PSG). J’ai le souvenir de l’avoir pris par le cou à la fin du match et lui dire "Pour une première saison en pro, c’est pas mal"», raconte Vannuchi.

«On en avait discuté avec Jean-Luc Vannuchi et je lui avais clairement dit qu'il pouvait y aller les yeux fermés et qu'il ne se tromperait pas»

«Tout entraîneur aimerait avoir un Aguilar dans son vestiaire»

Décrit comme un guerrier par tout ceux qui l’ont côtoyé, il marque rapidement les esprits à Auxerre. «Il est arrivé avec plein d’envie, il savait qu’il avait une carte à jouer et il nous a tous surpris», explique Grégoire Lefebvre, son ancien coéquipier à l’AJA. S’il est plutôt discret, le latéral droit mise beaucoup sur sa grinta sur le terrain. «Il a toujours cette rage qu’il transmet à l’équipe. C’était même parfois son défaut, le coach lui disait de se calmer pour ne pas faire des fautes trop bêtes», ajoute celui qui joue désormais au Red Star. Dès son cinquième match sous le maillot auxerrois, il est expulsé pour un mauvais geste. «C’est une pile Ruben, vous le mettez en route au début de l’entraînement et vous l’arrêtez à la fin. On a eu un accrochage une fois, il m’avait mal parlé pendant un match et je l’avais sanctionné», se remémore Vannuchi. Le technicien l’écarte du groupe professionnel pendant quelques jours. Le joueur accepte la sanction et décide même de se mettre au yoga pour canaliser toute cette énergie.

Lire : Ruben Aguilar, «Notre force défensive est un mélange d'expérience et de jeunesse»

Un simple accident pour Aguilar, très apprécié de ses anciens entraîneurs. «C’est un vrai guerrier, il aime le combat et il se donne les moyens. Tout entraîneur aimerait avoir un Aguilar dans son vestiaire», estime Jean-Luc Vannuchi. Pendant deux ans à l’AJA, ce dernier peut compter sur son latéral droit, même si plusieurs pépins physiques l’empêchent de vraiment confirmer durant sa deuxième saison (22 matches seulement). À l’été 2016, une nouvelle blessure tronque sa pré-saison mais ce bosseur revient en forme dès septembre et enchaîne les matches. «C’est de l’or en barre ce joueur. Il est à l’écoute, il a envie de progresser, il est très impliqué et c’est un fou de travail. C’est vraiment un garçon attachant», confirme Olivier Saragaglia.

Défense à cinq, sélection bolivienne et équipe de France

Montpellier a flairé le bon coup l’été dernier. En fin de contrat à Auxerre, Aguilar a rapidement trouvé sa place parmi les titulaires dans la défense à cinq installée par Michel Der Zakarian à partir de fin septembre. «Même si c’est un joueur qui aime le duel et défendre, il a aussi une grosse envie d’attaquer. Il doit être plus libéré à Montpellier dans ce système à cinq», juge Jean-Luc Vannuchi. Lui se souvient encore avoir beaucoup travaillé sur sa qualité de centre, un domaine dans lequel il était «insuffisant» à Auxerre. Aguilar a pris le temps de progresser et n’a pas brûlé les étapes. Les débuts dans l’élite du natif de Grenoble ont légèrement surpris Olivier Saragaglia : «Je ne m’attendais pas à ce qu’il s’impose tout de suite, il réalise une très belle saison. Il a fait beaucoup de progrès même s’il peut encore s’améliorer au niveau athlétique, pour faire les bons choix, monter au bon moment et canaliser sa fougue.»
 
En Ligue 1, ses bonnes prestations ne passent pas inaperçues. Les premières rumeurs ont commencé en janvier : l’OM et la Fiorentina seraient venus aux renseignements, d’après L’Equipe. Il a même eu la surprise d’être appelé par le sélectionneur bolivien en octobre dernier. Seulement, Aguilar n’est pas du tout originaire du petit pays d’Amérique du Sud, il est bien Français. Alors pourquoi pas imaginer un futur sous le maillot bleu ? «Ça m’a déjà traversé l’esprit. C’est un garçon qui peut aller frapper à la porte de l’équipe de France à un moment. Je mettrais même une pièce dessus», pronostique Jean-Luc Vannuchi. Le rêve n'est pas encore réalité, Aguilar doit d'abord confirmer au haut niveau. Sa prolongation à Montpellier devrait pouvoir lui permettre de poursuivre sa progression en toute sérénité.

Clément Gavard