ziyech (hakim) (F. Faugere/L'Equipe)
Ligue Europa - Demi-finales

Ligue Europa, demi-finale retour Lyon-Ajax : un joyau nommé Ziyech

Élu meilleur joueur des Pays-Bas l'été dernier, Hakim Ziyech a survolé la demi-finale aller de Ligue Europa face à l'OL avec trois passes décisives (4-1). En conflit avec Hervé Renard, le sélectionneur du Maroc, le numéro 22 de l'Ajax est un talent incandescent qui a su se sortir d'une jeunesse difficile. Portrait.

C'est le fruit de son histoire. La diaspora marocaine a essaimé aux quatre coins de l'Europe (France, Allemagne, Espagne, Belgique et aussi Pays-Bas) pour des raisons économiques. L'un de ses fils s'appelle Hakim Ziyech. A tout juste 24 ans, celui-ci trône sur le Royaume des Pays-Bas. Pourtant, rien n'a été facile pour le natif de Dronten... La perte précoce de son père est une blessure encore vive. En manque de repères, de tuteur, il a failli noyer son adolescence dans la délinquance que connaissent de nombreux Mocro's, surnom donné aux Marocains de la deuxième génération en Flandre et aux Pays-Bas pour des raisons socio-économiques évidentes.

Ziyech est pourtant rattrapé par une rencontre providentielle avec Aziz Doufikar, premier joueur marocain à évoluer en Eredivisie. «Il avait sept ans quand je l'ai rencontré pour la première fois. Il a perdu son père à un très jeune âge, ce qui l'a plongé dans la délinquance. Il ne s'entendait pas avec ses frères. Je l'ai aidé comme j'ai pu pour l'éloigner de ce mauvais chemin. J'étais son mentor en quelque sorte, son père, son coach», confiait récemment ce dernier à nos confrères marocains d'El Mountakhab.
«J'ai directement pris Hakim Ziyech avant qu'il prenne le mauvais chemin. Il buvait, fumait trop, il prenait de la drogue. Il avait beaucoup de problèmes judiciaires.»
Lors d'un reportage sur la télévision néerlandaise (Viraal TV), il ira plus loin dans la confidence. «J'ai directement pris Hakim Ziyech avant qu'il prenne le mauvais chemin. Il buvait, fumait trop, il prenait de la drogue. Il avait beaucoup de problèmes judiciaires. J'avais remarqué en lui la peur de jouer au foot. La seule chance que j'avais était de le faire jouer dans des tournois de foot en salle. Avec beaucoup de chance, j'ai réussi à le faire entrer dans le monde du football.» Il le prend donc sous son aile, et l'aide à se structurer au sein du Real Dronten, dans la banlieue de Zwolle, avant de rejoindre l'académie de Heerenveen.

Gringalet, le gamin prend son élan dans sa ville de naissance. Féru de foot en salle, il travaille son pied gauche, qui finira par faire un véritable carnage. En quatre saisons de Eredivisie (Heerenveen, Twente ou l'Ajax), il cumule 50 buts et 51 passes décisives. Cette saison, pour sa première avec les Lanciers, c'est déjà la balade. En n°10 ou un cran en dessous, comme l'a parfois utilisé Peter Bosz, son entraîneur, Ziyech figure parmi les trois meilleurs créateurs d'occasions d'Europe (plus de 125). Sur le terrain, ce sosie morphologique de Mahrez ou Di Maria sait tout faire : jeu court et long, dribbles ou encore coups de pied arrêtés. Débarqué cet été pour 11 millions d'euros à Amsterdam, il était annoncé un peu partout en Europe (Roma, Chelsea...). Finalement, le choix est pertinent et va lui permettre de poursuivre son ascension, dont les limites sont encore inconnues.

Retenu par les Pays-Bas, il choisit le Maroc

Le gamin carbure. Son influence est grandissante. Il explose en Ligue Europa, mais aux Pays-Bas, tout le monde connaît la constance du joueur. Retenu avec les Oranje par Guus Hiddink en 2015, il est contraint de renoncer, sur blessure. En septembre, le sélectionneur du Maroc, Badou Zaki, le convainc alors de choisir les Lions de l'Atlas, et lui offre sa première cape contre la Côte d'Ivoire. «J'ai milité pour le faire venir. Ceux qui connaissent Ziyech savent qu'il peut donner encore plus que le rendement affiché face à la Côte d'Ivoire. Je suis sûr qu'avec un peu plus de travail et un peu plus de patience, il deviendra une légende», explique le technicien juste après la rencontre.

Evidemment, son choix de sélection interroge. Enorme espoir du football néerlandais, il est vu comme le successeur de Wesley Sneijder chez les Oranje. Les critiques fusent, les insultes se multiplient. Il prend notamment un tacle monstrueux de la part du Ballon d'Or France Football Marco van Basten, qui traite le joueur «d'idiot» et son agent de «vendeur de gâteaux». Aux Pays-Bas, il a même été victime de jets de projectiles alors qu'il fêtait un but inscrit contre le PSV Eindhoven. Un choix du coeur mal récompensé jusque-là...

Absent de la CAN 2017

«Tant qu'il est là, je pense à autre chose. C'est devenu quelque chose de personnel. Mais au final, c'est lui qui fait la sélection. Il décide et ça je l'accepte».
Au Maroc, sa relation avec Hervé Renard est tout sauf une idylle. Avant la CAN, le coach français frappe un grand coup. «Pour Ziyech, si au bout de 2-3 matches à la CAN, il n'a pas de temps de jeu, cela va devenir difficile, avait dit l'homme à la chemise blanche. Pour lui, pour le groupe et pour le staff. C'est un joueur qui, par son caractère, aura des difficultés à s'asseoir sur le banc. Comme Hatem Ben Arfa avec Didier Deschamps. Je préfère faire confiance aux deux autres.» Il ne le sélectionne pas. Tout le Maroc est estomaqué. Pourtant, les Lions de l'Atlas reviennent la tête haute du Gabon avec une élimination sur le fil face à l'Egypte en quarts de finale.

L'affaire est toujours aussi sensible. «Tant qu'il est là, je pense à autre chose. C'est devenu quelque chose de personnel. Mais finalement, c'est lui qui fait la sélection. Il décide et ça je l'accepte», a récemment déclaré le milieu de terrain offensif aux médias néerlandais. Pour le Français, c'est un choix fort. Sans réellement le dire, le coach estimerait que Ziyech n'est pas totalement taillé pour les combats en Afrique. En somme, une forme de syndrome de la diva ou peut-être un manque d'état d'esprit guerrier qui pourraient déstabiliser la cohésion du groupe. Absent depuis pratiquement un an de la sélection, l'idée de le voir revenir le 31 mai prochain pour un amical contre les Pays-Bas serait dans les tuyaux. Avec un talent pareil, le Maroc ne devrait pas le bouder encore très longtemps. Tout comme Bertrand Traoré, son talent devrait continuer de grandir, mais ailleurs. En France, il semble déjà quasi inaccessible pour l'OM ou l'OL. Pour le verrouiller au maximum, l'Ajax l'a fait signer pour cinq saisons avec une clause libératoire fixée à 60 millions d'euros. C'est le prix du rêve...
Nabil Djellit

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ombiloba1 12 mai à 10:15

Viens à l'OM...

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