veronese (luca) (LAHALLE/L'Equipe)
Ligue 1

Luca Véronèse, de Zlatan Ibrahimovic aux platines de DJ

Plombé par une maladie de naissance, Luca Véronèse (25 ans), formé à Nice, a dû stopper prématurément sa carrière de footballeur l'été dernier. Ça lui a permis d'en démarrer une nouvelle, derrière des platines. L'ancien gardien de but, qui a déjà croisé la route de Zlatan Ibrahimovic, se dévoile. Portrait.

28 avril 2015. Le PSG reçoit le FC Metz et s'impose tranquillement face à ce futur relégué (3-1). A cette occasion, le club parisien inaugure sous le toit du Parc des Princes son DS Sky Bar en compagnie de Tristan Casara, alias The Avener, un célèbre DJ originaire de Nice. Des platines au stade, il n'y a finalement qu'un pas. Luca Véronèse peut en témoigner. Lui qui a démarré sa carrière professionnelle comme footballeur avant de devenir DJ. «J'ai découvert le foot en 1998 pendant la Coupe du monde, se remémore avec un grand sourire celui qui vit aujourd'hui à Cannes. J'ai commencé gardien de but grâce à Fabien Barthez !» Le match du divin chauve en finale face au Brésil (3-0) le convainc alors d'enfiler les gants. Les licences de gymnastique et de natation sont déchirées et l'inscription au foot est validée dès la rentrée suivante.

Supporter et joueur de Nice

Direction la Jeunesse Sportive de Juan-les-Pins jusqu'en 13 ans puis le FC Mougins. Là-bas, le jeune garçon commence à impressionner et à attirer l'œil des recruteurs. Monaco, Cannes, Auxerre et surtout Nice se manifestent. Le choix se portera finalement sur les Aiglons, que Luca va voir très régulièrement voir au stade du Ray. «Il y avait un fort intérêt de Nice et j'étais supporter, se marre-t-il aujourd'hui. Tous les 15 jours, mon père m'emmenait au stade ! J'avais l'écharpe et tout.» L'apprentissage se fera donc dans le Sud de la France. Le jeune gardien gravit alors tous les échelons jusqu'à la signature de son premier contrat professionnel, le 26 juin 2011. Il a 20 ans.

En Bleu avec Griezmann

S'en suit la Coupe du monde de sa génération en Colombie en compagnie des Griezmann, Lacazette ou Grenier, où la France terminera quatrième. «C'est un souvenir extraordinaire, juge celui qui était barré dans le but par Jonathan Ligali et Pierrick Cros à l'époque. L'atmosphère était particulière, l'ambiance extraordinaire. J'étais ébahi par les stades, où il pouvait y avoir jusqu'à 50.000 spectateurs !» La suite sera plus tranquille. Après une nouvelle saison à Nice, il demande à être prêté. Direction Istres, en Ligue 2. «Effectivement, c'est moi qui ai voulu. On avait disputé un match amical contre cette équipe et j'avais un peu brillé. Ils voulaient un jeune pour prendre la suite de (Denis) Petric, mais il n'était finalement pas parti.» Luca ne disputera finalement que trois rencontres de Championnat.
Le bon souvenir de Véronèse, écouteurs à l'oreille, avec notamment Koulibaly, Kolodziejczak et Griezmann. (FEVRE/L'Equipe)
Le bon souvenir de Véronèse, écouteurs à l'oreille, avec notamment Koulibaly, Kolodziejczak et Griezmann. (FEVRE/L'Equipe)

Une carrière qui démarre «grâce» à Ospina

«Malgré tout, je ne regrette absolument pas. J'ai vraiment découvert là-bas un super staff technique autour de José Pasqualetti. Il y avait une super ambiance dans le groupe, avec Nassim Akrour, Eric Chelle et Nico De Préville, qui était mon pote de chambrée. Bon, j'ai aussi découvert Parsemain avec les moustiques et les courants d'air (rires).» Retour sur la promenade des Anglais. Et c'est finalement là-bas, la saison suivante, que sa carrière va s'accélérer. Grâce à l'aide bien involontaire de David Ospina, qui se blesse face à Bordeaux un soir de novembre 2013, à une semaine d'un match très attendu face au PSG, au Parc des Princes. «En fait, j'étais en tribune ce jour-là car j'avais pris un rouge en réserve. Je me suis alors dit ''si David est blessé, c'est pour moi''. Donc je l'ai appris comme ça que j'allais jouer contre Paris

Letizi, l'ange gardien

Toute la semaine, Lionel Letizi, ancien Parisien, l'aide à le mettre en confiance et à lui faire appréhender l'événement. «J'ai un gros respect pour lui, c'est lui qui m'a fait le plus progresser, affirme-t-il. Pour le match, il m'a simplement dit que c'était mon heure. Au début tu ne réalises pas trop, mais il a su trouver les mots.» La semaine passe. Le jour du match arrive. «Au moment de la sieste, c'était beaucoup d'excitation et d'appréhension en même temps. Et puis, tu finis par entrer dans ta bulle, tu oublies le contexte, les parents, la télé. Tu fais ce que tu as à faire.» Le voilà alors propulsé face aux cadors parisiens. Et malgré 33 ballons joués, une frappe arrêtée et quatre tirs détournés, le jeune Luca en prend trois. Du même homme en plus : Zlatan Ibrahimovic. Le premier triplé du Suédois en Ligue 1. Inoubliable pour l'un comme pour l'autre.
Le portier du Gym n'aura pu empêcher le triplé de Zlatan Ibrahimovic... (LAHALLE/L'Equipe)
Le portier du Gym n'aura pu empêcher le triplé de Zlatan Ibrahimovic... (LAHALLE/L'Equipe)

Le maillot de Sirigu en souvenir

«Après le match, Salvatore Sirigu est venu discuter avec moi. Il m'a félicité, m'a demandé mon âge et m'a dit qu'il fallait que je continue comme ça.» Le Niçois, d'origine italienne, repartira avec la tunique du Parisien comme souvenir. Suivront finalement quatre autres rencontres de Ligue 1 pour autant de défaites, dont une malheureuse face à Saint-Etienne (0-1), où il sera fautif sur un ballon mal contrôlé. David Ospina, rétabli, terminera la saison. A l'issue de celle-ci, Luca, non conservé, rebondira à Amiens en National. Mais, après une année, il arrêtera l'aventure, la faute à une maladie de naissance, incompatible finalement avec la pratique du haut niveau.

«Les douleurs, c'était devenu mon quotidien»

«J'ai résisté tant que j'ai pu en fait. J'avais des problèmes de dos au centre de formation, mais ce n'était pas quelque chose de grave. Du coup, j'avais fait beaucoup de musculation mais ça a trop sollicité ma colonne vertébrale en fait, qui n'était pas consolidée normalement. Quand tu es pro, les kinés, docteurs et tout le staff sont à l'écoute. Tu es bien entouré. Je faisais beaucoup d'étirements, je voyais un ostéopathe tous les quinze jours environ. Il ne fallait pas que je fasse n'importe quoi avec mon dos. Le matin, quand je me réveillais, j'avais mal, j'avais des douleurs lombaires. C'était devenu mon quotidien.» Comme la musique, sa deuxième passion après le foot, qui l'accompagne depuis tout jeune.

Découverte de Virtual DJ

Ado, c'est Coldplay, U2 ou encore The Scripts qui squattaient ses oreilles. Avant qu'il ne découvre Virtual DJ, un logiciel pour créer ses propres musiques. «En 2011, pendant le Mondial en Colombie, tous les autres jouaient à la console sur Fifa. Ils se moquaient de moi, mais j'adorais ! Je téléchargeais mes sons, je mixais.» A son retour à Nice, il décide de s'offrir ses premières platines. L'histoire peut commencer. «Quand j'ai dû arrêter le foot, je me suis dit que j'avais eu la chance de vivre d'une première passion. Donc pourquoi pas le faire avec une deuxième ?» C'est en tout cas ce à quoi il s'attelle désormais. «Je suis toujours en phase d'apprentissage même si je joue dans des endroits sympas, tempère celui qui se fait désormais appeler Louis Lacourt lorsqu'il a le casque sur les oreilles et les vinyles devant lui. Quand je fais quelque chose, je le fais à 100.000 % !» On peut notamment le croiser régulièrement au Bâoli à Cannes, «un lieu magique qui ne ressemble à nul autre sur la Côte d'Azur», d'après le descriptif du site Internet. Alexy Bosetti et Eric Bauthéac, toujours proches de Luca, y sont déjà passés. «Il y en a d'autres qui sont venus mais je ne vais pas donner leurs noms (rires).»

Sa saison, c'est l'été

Louis Lacourt peut compter sur ses relations pour développer sa nouvelle activité. «Il y a Gil Martin, Ange Palmer, DJ KVN, The Nycer et j'en oublie. Ce sont tous des Djs réputés et ils m'ont tous aiguillé  Ils ont vu que j'étais passionné, que je n'étais pas le kéké derrière les platines. The Avener, je n'ai pas encore eu la chance de le rencontrer, mais ce serait un plaisir.» Pour le moment, Luca n'a pas de programme établi. La saison démarre réellement à partir du mois de mai ou juin. En attendant, en tout bon sportif qu'il a été, il continue de s'entretenir physiquement. «Je vois un kiné deux fois par semaine et j'ai un coach sportif qui m'épaule de temps en temps. J'en profite aussi pour voir davantage ma famille. Et puis, il y a beaucoup de recherches. Sur deux heures où je vais mixer, il y a 20 ou 30 heures derrière.» Malgré tout, l'ancien footeux qu'il est n'oublie pas l'OGC Nice. «Je regarde tous les matches à la télé. Je suis toujours supporter même si c'est encore un peu trop frais pour aller au stade. Ça me fait encore un petit pincement au cœur

Si vous voulez découvrir quelques sons de Luca Véronèse, aka Louis Lacourt, c'est par ici.
Tanguy Le Seviller 
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