(L'Equipe)

Lucien Laurent (France), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

20 avril - 14 juin : dans exactement 55 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Quarante-sixième épisode avec Lucien Laurent.

Son histoire avec la Coupe du monde

Lucien Laurent était de cette équipe de France - une des quatre nations européennes à avoir traversé l’Atlantique en bateau - qui disputa la première Coupe du monde de l’histoire, en 1930 en Uruguay. Mais, aux côtés d’Ernest Libérati ou Marcel Langiller, l’ancien Sochalien n’a que peu brillé dans la compétition, à l’image de toute la sélection tricolore. Les Bleus ont pourtant idéalement commencé leur campagne en s’imposant contre le Mexique lors du match d’ouverture. Laurent (voir le moment marquant et le chiffre), Langiller, puis le doublé de Maschinot ont terrassé les Mexicains, 4-1. Mais c’est la suite qui a été beaucoup moins satisfaisante. La France a perdu ses deux matches suivants sur le même score (1-0) contre l’Argentine et le Chili. Lucien Laurent n’a disputé que le premier des deux. Blessé en cours de rencontre, il n’a pu sortir car le remplacement n’était pas encore autorisé à cette époque. Ce fut d’ailleurs son deuxième et dernier match lors d’un Mondial. Il n'a fait que figurer dans le groupe lors de l’édition 1934 en Italie, où il n’a pas disputé une minute.

Le moment marquant

Alors que Lucien Laurent ne s’est pas distingué par les titres mondiaux remportés avec les Bleus, un moment reste pourtant gravé dans l’histoire de la Coupe du monde. Et personne ne lui enlèvera. Le Français a inscrit le premier but de l’histoire de la compétition lors du premier match disputé en 1930 contre le Mexique, à Montevideo. Après une longue relance de Thépot, le gardien, Augustin Chantrel trouvait Libérati sur le côté. Ce dernier, après avoir débordé, servait en retrait Laurent qui envoyait un missile dans la lucarne d’une reprise du pied droit. L’attaquant ne réalisait pas à ce moment que son but serait le plus important de sa carrière.

Le chiffre : 1

En marquant face au Mexique, le 13 juillet 1930, Lucien Laurent est tout simplement devenu le premier buteur de l’histoire de la Coupe du monde. Plutôt efficace, alors qu’il n’a été sélectionné que dix fois avec les Bleus, pour deux buts au total sous le maillot tricolore.

L'archive de FF

Le 15 avril 2005, soit quatre jours après le décès de "Lulu", FF lui rendait un vibrant hommage. En voici quelques passages : «Ce petit bonhomme de 1,62m était un monument. Un monument qu’on a découvert sur le tard, longtemps resté dans l’ombre, pendant près de quarante ans, dans sa brasserie du centre de Besançon, ville où ce Parisien d’origine avait raccroché les crampons comme joueur pro en 1946. Parmi les derniers témoins de ces années 30, de cette première Coupe du monde qu’il pensait être un «simple tournoi», Lulu, comme l’appelaient ses intimes, a longtemps gardé au chaud son secret : son petit but qui devint énorme, marqué un 13 juillet 1930 à Montevideo contre le Mexique (4-1), lors du match d’ouverture d’une épreuve qui allait se métamorphoser en premier événement sportif planétaire à la fin du siècle. L’homme simple et discret ne se vantait pourtant pas de cet exploit qu’on ne pourra jamais lui enlever. A son zinc, sa volée historique n’alimentait pas trop les conversations de comptoir. Pour sortir de l’anonymat, il lui aura en fait fallu attendre plus de soixante ans, une retraite bien entamée, et un coup de sonnette d’un journaliste de la Gazzetta dello sport à son domicile bisontin. (…) Lulu venait pourtant de débuter l’histoire. C’était le premier type, le premier pour l’éternité et il faudra attendre des décennies, presque une vie, pour qu’il sorte de la clandestinité. Le monde du foot, parfois sans mémoire, l’a en effet longtemps ignoré... (…) Lucien refaisait les matches qu’il ne manquait jamais à la télé. Le foot était toujours le fil rouge de sa vie paisible, celle d’un papy fidèle en amitié, d’un arrière grand-père toujours bon pied bon œil que tous les petits footeux auraient aimé avoir. Lulu était un homme simple qui a marqué l’histoire du football comme il est parti : dans la discrétion.»

Hugo Girardot