batelli (ludovic) (R.Martin/L'Equipe)
Espoirs

Ludovic Batelli, ancien entraîneur des Bleuets : «Il faut être à la fois exigeant et patient avec les jeunes»

Quelques mois après la non-reconduction de son contrat avec la Fédération française de football (FFF), l'ancien entraîneur des Bleuets, vainqueur de l'Euro avec les U19, revient sur son aventure. L'occasion d'évoquer sa méthode de travail, la jeune garde française mais aussi le Mondial U20, marqué par l'élimination précoce de sa formation.

«Quel bilan tirez-vous de votre aventure avec les équipes de jeunes de l'équipe de France, humainement comme sportivement ? 
Un bilan très positif. La première année U20 (2013-2014) a certes été faite de matches amicaux, mais on a aussi été finalistes du tournoi de Toulon, on a fait un très belle campagne avec la génération 1994-95. Et puis après, il y a eu cette génération 97-98 pendant trois ans, on a pu travailler avec près de soixante jeunes. Avec à la clé l'Euro U19 remporté en Allemagne. Et puis cette année U20, un petit peu plus compliquée. Nous avons eu très peu de rassemblements, et cette élimination en huitièmes de finale de la Coupe du monde (contre l'Italie, ndlr) reste un échec au regard du potentiel et du fait qu'on n'ait pas pu avoir tous les joueurs qu'on souhaitait à notre disposition.
 
A quoi pense-t-on immédiatement après un titre : est-ce une satisfaction personnelle ou pensez-vous d'abord à ces jeunes, à qui vous avez permis de rajouter une belle ligne sur leur CV ?
Les deux. C'est d'abord d'avoir pu travailler avec des joueurs de grand talent. Comme je dis toujours, l'addition de talents ne fait pas forcément une équipe. La réussite du staff, ça a été de pouvoir mettre en place un projet de jeu, un projet de vie avec ces garçons. Notre Euro l'a prouvé, avec une véritable qualité dans le jeu. Même si on avait mal débuté contre l'Angleterre (défaite 1-2), il y a eu tout de suite une prise de conscience et les garçons ont été très professionnels. Pour beaucoup d'entre eux, comme pour nous, dans le staff, ça a été le gain d'un titre majeur.
 
Vous qui avez aussi entraîné en club, est-ce qu'on prend les rênes d'une sélection de jeunes de façon différente ? 
Il y a des clés qui sont identiques, notamment sur le projet de jeu. A partir du moment où vous mettez en place des choses sur le terrain, que vous le demandiez à un garçon de 19, de 25 ou de 30 ans, c'est la même chose, même si la réponse ne sera pas forcément identique. Un garçon de 18 ou 19 ans a encore cette capacité à être modelé, à devoir accepter des choses, à se fondre dans un moule collectif, ce qui peut parfois être compliqué avec des joueurs plus accomplis. Sur le management humain, c'est aussi très différent. Avec le staff, on a été sans concession. On a mis en place un cadre de vie et les garçons se sont éclatés dedans. Ils ont accepté et respecté les règles, ce qui n'est pas toujours facile quand on ne compte que quelques rassemblements dans l'année (6 rassemblements en U19). C'est cette approche qui est totalement différente de la gestion d'une équipe en club.

Vous avez pour habitude de faire des entretiens individuels. C'est quelque chose que vous faisiez déjà en club ? 
Oui. Les fois où je sentais qu'un joueur avait un problème, on évitait de faire un débrief formel dans un bureau avec une heure de rendez-vous fixée. Mais par contre, tous les débriefs autour du football, du jeu, du projet, c'était toujours avec l'appui de la vidéo, que ce soit des séances collectives ou individuelles. A la différence des clubs dans lesquels j'ai entraîné (Valenciennes, Amiens, Troyes, entre autres), j'avais la chance d'avoir un technicien vidéo très performant. Ça permettait, au travers de ce qu'on demandait par rapport au plan de jeu, de savoir si le joueur l'avait bien assimilé et s'il était capable de bien le mettre en place sur le terrain.
«Il faut que les garçons, d'autant plus quand ils sont jeunes, soient bien encadrés pour pouvoir gérer ce passage de l'anonymat à la pleine lumière».
Ça reflète à la fois votre exigeance et votre confiance envers vos joueurs...
Avec les jeunes, ça marche comme ça. On les met sur la route, on les lance dans le grand bain du très haut niveau et les équipes de France de jeunes se dirigent vers ce très haut niveau. Il faut être très exigeant dans ce qu'on leur demande. Mais il faut aussi être patient et très proche d'eux pour leur expliquer. Si je devais donner une image, c'est une main de fer dans un gant de velours. Ils ont 19 ou 20 ans mais ce sont déjà des hommes et il faut les considérer comme tels. Ils vivent aux côtés de coéquipiers très confirmés pour la plupart et il faut donc essayer de les faire travailler comme les très grands joueurs de demain.
 
Avez-vous déjà eu peur que le football moderne, ses montants stratosphériques et la surmédiatisation grillent certains jeunes ? 
C'est peut-être un vœu pieux mais je pars du principe que le joueur de très haut niveau fait ce métier parce qu'il aime le football. Après, effectivement, s'il devient un footballeur exceptionnel, tout l'aspect médiatique et financier va arriver derrière et ça il faut savoir le gérer. Mais on ne peut pas y couper, c'est une ère nouvelle. Il faut que les garçons, d'autant plus quand ils sont jeunes, soient bien encadrés pour pouvoir gérer ce passage de l'anonymat à la pleine lumière. La gestion médiatique et la gestion des contrats sont des éléments qui peuvent être perturbants dans une carrière.

Beaucoup d'observateurs ont souligné la culture du dribble omniprésente chez les jeunes générations de footballeurs. C'est quelque chose que vous avez constaté en équipe de France ? 
Je pense qu'on a énormément de joueurs de talent capables de dribbler, d'éliminer, de faire des gestes techniques exceptionnels. Après, comme je l'ai toujours dit, ces gestes techniques doivent être au service du jeu de l'équipe. Si c'est le cas, ça a un double impact : ça apporte de l'efficacité, mais aussi du spectacle, et il ne faut pas oublier que le football est un spectacle. Si c'est faire un dribble pour faire un dribble, un petit pont pour amuser la galerie, ça ne sert strictement à rien.
 
Si vous deviez définir la génération 97 en quelques mots ?
Le talent, parce qu'elle en avait énormément. Le travail, parce qu'on les a soumis à rude épreuve notamment sur la préparation de l'Euro U19 pendant laquelle on a mis beaucoup de choses en place. Et je dirais aussi l'insouciance, celle de la jeunesse. Ça joue beaucoup car ils prennent du plaisir.
Ludovic Batelli et les U19, champions d'Europe en 2016. (R.Martin/L'Equipe)
Ludovic Batelli et les U19, champions d'Europe en 2016. (R.Martin/L'Equipe)

«Ce qui m'a gêné, c'est qu'il n'y ait eu pas de préparation»

Lors de la Coupe du monde U20 (en mai 2017), votre formation a dû se priver de Mbappé ou Dembélé, appelés par Didier Deschamps. Avez-vous eu l'impression que les équipes jeunes pouvaient être sacrifiées au profit de l'équipe A ?
Ce sont des choix, il faut les accepter. A partir du moment où la priorité est l'équipe A, il faut accepter que les meilleurs jeunes partent. Mais ce n'est pas tant ça qui m'a gêné, c'est le fait qu'il n'y ait pas eu de préparation. Dans les mini-stages de préparation qui ont précédé le tournoi, on n'a jamais eu la possibilité d'avoir le groupe pour finir de mettre le projet en place. Il n'y a eu que trois rassemblements (septembre, octobre/novembre et mars) et on n'avait pas l'occasion d'avoir le groupe qu'on a eu à l'Euro. Pas seulement par rapport à Mbappé ou Dembélé, car d'autres sont aussi montés chez les Espoirs. Donc la préparation n'a pas été suffisante pour faire une vraie performance (la Coupe du monde a démarré le même week-end que la 38e journée de L1, ndlr).
 
Vous n'avez pas fait le forcing pour les garder avec vous ? 
(Il coupe). Non, déjà parce que je n'étais pas placé pour faire du forcing. A partir du moment où Didier les a mis sur sa liste, il n'y a pas eu l'ombre d'une discussion. L'équipe de France A reste prioritaire. Donc il fallait trouver d'autres profils pour remplacer Dembélé et Mbappé. Mais ça a été un mal pour un bien, puisqu'on est allé chercher Allan Saint-Maximin et Martin Terrier, qui commence à faire son trou avec Strasbourg. Ce sont des garçons d'avenir et ils le démontrent dans ce qu'ils font. Et il y a les autres qui performent également que ce soit en France ou à l'étranger, comme Amine Harit, Lucas Tousart ou Issa Diop.
 
Par rapport à Harit, vous avez regretté son choix d'opter pour le Maroc ? 
Je n'aime pas m'immiscer dans le choix des joueurs. Vu d'en haut, je me dis qu'il a peut-être pris une décision trop rapidement. Mais il voyait sûrement l'occasion de jouer des matches qualificatifs pour la Coupe du monde. Son cœur a été pris entre les deux mais le challenge sportif immédiat n'était absolument pas le même.
«Je n'ai aucun regret sur cette aventure. J'ai travaillé avec des garçons fabuleux et j'ai appris plein de choses».
Comment avez-vous reçu le fait de ne pas être reconduit par la Fédération ? 
Ce qui m'a gêné, c'est le timing. Annoncer ça le 28 juin, c'était très tardif. C'était la double peine : non seulement je ne continuais pas à la Fédération mais en plus je savais que ça allait être très compliqué de rebondir dans un club car à cette date, les staffs des différents clubs sont généralement bouclés. Mais je n'ai aucun regret sur cette aventure. J'ai travaillé avec des garçons fabuleux et j'ai appris plein de choses. Ces quatre années m'ont bonifié, m'ont permis d'appréhender des domaines différents, et quoi qu'il advienne j'en suis sorti grandi.
 
Vous avez eu des touches cet été ?
Non car les clubs étaient déjà fixés à cette date-là. En France, notamment en Ligue 2, on a vu que les clubs avaient privilégié les promotions internes.
 
Ça veut dire que vous envisagez de reprendre un club en main... 
J'ai l'avantage d'avoir cette double casquette avec ces quatre années à la Fédération. Je suis capable de retourner en club puisque j'y ai déjà une expérience. Mais j'ai aussi peut-être cette possibilité de partir sur des sélections étrangères pour mener un projet, pourquoi pas autour de la formation. Il y avait eu quelques contacts avec la Fédération algérienne mais la piste est tombée à l'eau. Et pour le moment, il n'y a rien en prévision.»
Antonin Deslandes
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