(L'Equipe)
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Luis Castro (Shakhtar Donetsk) : «Le haut niveau est d'une grande violence mentale»

Une saison après son arrivée au Shakhtar, Luis Castro peut se targuer d'un bilan fait de beau jeu, de surprises et de résultats. Aux côtés de son adjoint Vitor Severino, qui officiait exceptionnellement à la traduction, le Portugais a accordé un long entretien à France Football où il évoque ses idées, son passé et son regard sur le métier.

«Les années passent au Shakhtar, la philosophie et le modèle ne semblent jamais changer. À quel point est-ce important ?
C'est toujours la chose la plus importante quand on rejoint un club majeur comme le Shakhtar. Il faut comprendre où on met les pieds, dans quelle direction on doit aller, quelle vision ont les dirigeants... C'est un club qui a une identité très claire et des idées définies. Les gens qui travaillent ici doivent être au service de cette identité. C'est la base de tout. Les entraîneurs peuvent changer, mais le projet reste toujours le même. En signant ici, on savait ce qui nous attendait. C'est fantastique car on a senti que tout le monde tirait dans le même sens. Il y a les résultats, certes, mais la volonté d'avoir un jeu esthétique. On doit provoquer du plaisir aux gens qui nous regardent jouer. La priorité, c'est de gagner, mais on essaye de l'associer à un football attractif. La plupart du temps, on voit le beau jeu comme une manière de jouer uniquement, mais c'est aussi une façon d'obtenir des résultats. On veut gagner d'une certaine manière et avec une certaine philosophie. Avec, au-delà de cela, des jeunes talents, les meilleurs d'entre eux, et la volonté de créer un contexte qui leur permet de grandir. Cette manière de jouer, c'est d'ailleurs le meilleur moyen de développer les joueurs. C'est ça, le projet du Shakhtar.

Est-ce difficile d'implanter un modèle de jeu dans un pays complètement différent qu'est l'Ukraine ?
Tous les contextes sont différents, d'un pays à un autre mais pas seulement. C'est aussi le cas d'un club à un autre. Mais un entraîneur est une marque, dans le sens où chacun d'entre nous répond à des caractéristiques précises. Dans mon cas et celui de mon staff, il y a celle d'avoir beaucoup travaillé avec des jeunes joueurs talentueux. Notamment à Porto, où j'ai été directeur de la formation pendant sept ans. Ça nous a permis d'avoir de l'expérience dans ce domaine, quelque chose que l'on retrouve aujourd'hui. Le Shakhtar est venu chercher des caractéristiques précises chez nous. Le club savait ce qu'il voulait et on cochait les cases en termes de philosophie. Il n'y a pas vraiment eu de choc entre ce que le club voulait et ce que nous voulions mettre en place. On était sur la même ligne philosophique. Le président savait que ça collerait donc le processus d'intégration dans la “famille Shakhtar” s'est fait naturellement.

Ç'a été un gros travail en amont pour s'acclimater à l'équipe, au Championnat ukrainien, mais aussi comprendre ce qui pouvait être changé ?
Forcément. On a le devoir de s'identifier totalement au club mais aussi aux joueurs, à l'équipe, à l'organisation, à la dynamique... Tous les entraîneurs qui ont fait partie du projet Shakhtar avaient des idées communes, mais chacun apporte ses propres compétences pour optimiser le modèle. Si on parle de la philosophie, il y a l'idée de repartir de derrière, de construire des circuits, de conserver le ballon, de s'imposer dans le camp adverse, de progresser tous ensemble vers le dernier tiers, de se créer des opportunités, de favoriser l'interaction entre les joueurs, de presser à la perte... Chacun a ces idées-là. Mais là où se situe le grand changement, c'est par rapport à comment on le fait. Aucun entraîneur ne sort la balle de la même façon.

L'idée de base reste tout de même d'être toujours protagoniste.
On veut dominer le jeu et être l'équipe qui contrôle le match. Malheureusement, ce n'est pas toujours possible... Face à certaines équipes, on doit s'adapter, davantage défendre. Cela dépend de la configuration du match et de l'équipe adverse. On a des plans B et ça reste de l'adaptation. Les joueurs doivent être capables de répondre lorsque l'équipe n'a pas le ballon. Mais on essaye toujours de s'attacher à notre idée de base, qui est aussi celle du club, à savoir attaquer toujours plus, se créer des occasions et ne jamais laisser l'opportunité à l'adversaire de le faire. Il faut néanmoins, et c'est notre objectif, que les joueurs comprennent toutes les phases du jeu. Parfois, cela ne va pas dans le sens que l'on veut, et c'est pour ça qu'il faut travailler sur les basiques tous les jours pour que chacun comprenne ce que le jeu demande et commande. On ne peut pas toujours décider de ce qu'il va arriver et imposer notre vision.
«Faire en sorte que les joueurs soient en mesure de répondre à un stress maximal et une exigence exceptionnelle...»
C'est notamment le cas en Ligue des champions, quand le Shakhtar affronte Manchester City. D'avoir le ballon et d'affronter un bus en Championnat à jouer une équipe à la philosophie hyper offensive le mercredi, le changement n'est pas trop brutal ?
Ça l'est, évidemment, mais ça fait partie de notre travail : préparer les joueurs à tous les scénarios. Il faut être dans le réel avec eux, et ce n'est pas que dans le football mais aussi dans la vie de tous les jours. Contre Manchester City (1-1 à l'Etihad Stadium avec 41% de possession, défaite 0-3 en Ukraine avec 51%, ndlr), on affronte une équipe qui peut atteindre les 70 ou 80% de possession de balle. De notre côté, en Championnat, on est en moyenne à 65%. Dans ce genre de match, on peut rivaliser à ce niveau-là, mais il faut absolument transmettre des informations nouvelles aux joueurs. Il faut être clair, ne pas leur mentir et établir une stratégie spécifique qui peut nous permettre de faire un résultat. Il faut être conscient de ce qui nous attend et derrière le plan, il y a toujours une dimension psychologique. Techniquement, tactiquement, physiquement, ça va être “simple” de travailler mais il faut être prêt à affronter ce genre de rendez-vous. On doit être en condition de faire une performance et avoir une préparation à long-terme. On ne peut pas dire à l'équipe “ok, aujourd'hui, on fait comme ça car l'adversaire va faire ça”. Ça ne marche pas de cette façon. Il faut être prêt à tous les scénarios à n'importe quel moment de l'année. On sait que l'on va devoir s'adapter à différents types d'adversaires, surtout en Ligue des champions, mais ça ne se fait pas en un claquement de doigts. Comment on se prépare et quand est-ce qu'on le fait, c'est très important. On a que trois ou quatre jours pour préparer un match, et on peut passer d'une rencontre à 70% de possession à une autre où il faut défendre. L'approche de ces moments est très importante, à faire en amont, et ça dépend aussi beaucoup du profil et de la personnalité des joueurs. On les choisit pour répondre à telle ou telle problématique. Tous les joueurs n'ont pas le profil pour jouer à des niveaux élevés, mais il faut faire en sorte qu'ils soient en mesure de répondre à un stress maximal et une exigence exceptionnelle. C'est d'une grande violence mentale. À Zagreb, par exemple, on perd 3-1 en entrant dans le temps additionnel (encaissant des buts aux 83 et 89e minutes, ndlr). On réussit à remonter à 3-3. La Ligue des champions, c'est ce genre de choses. C'est d'une violence extrême et il faut être prêt pour toute cette dimension psychologique.
Luis Castro, ici avec Pep Guardiola, lors de Man City-Shakhtar en novembre dernier. (Russell Hart/Focus Images/EXPA/PRESSE SPORTS)
Luis Castro, ici avec Pep Guardiola, lors de Man City-Shakhtar en novembre dernier. (Russell Hart/Focus Images/EXPA/PRESSE SPORTS)
Dans ces moments-là mais aussi tous les autres, est-ce possible de développer la prise de décision ?
Évidemment, et c'est même primordial. Ça passe par la méthodologie d'entraînement. Tout doit être orienté vers cela, et pas seulement par rapport à la prise de décision. Comment on s'entraîne détermine tout le reste. Ce que l'on souhaite, c'est laisser au joueur la possibilité de décider et lui imposer des problèmes à résoudre. Pas seulement lui donner des réponses. Il y a toujours une part individuelle au jeu, tout de même, et il faut que le joueur comprenne les différentes situations, fasse le bon choix et trouve la bonne réponse à sa problématique. Ce triptyque, c'est la clé. Notre méthodologie d'entraînement est orientée vers cela. Quel espace je dois attaquer, dans quelle position je dois recevoir le ballon, quand est-ce que je peux tirer ou non, quand je dois calmer le jeu ou l'accélérer... Ce sont toutes les questions auxquelles un joueur doit répondre sur un terrain et il n'y a que l'entraînement, et la méthodologie que l'on utilise, qui améliore la prise de décision.

Donc les joueurs ont beaucoup de liberté vis-à-vis de leurs choix ?
Surtout dans le dernier tiers du terrain. À partir du moment où ils ont intégré notre logiciel, nos principes et notre façon de faire, que les circuits pour ressortir le ballon sont mis en place, que le milieu de terrain sait quoi faire et a compris le modèle, on peut donner de la liberté. Mais ça se situe surtout dans le dernier tiers, et aussi au niveau des espaces à utiliser, à attaquer, à quelle vitesse. C'est là où s'exprime la créativité qui, elle, amène les buts.
«Le jeu de position, c'est un cadre, des positions, et un libre-arbitre laissé aux joueurs pour s'exprimer...»
C'est très conceptuel, et peut-être même difficile, mais quelle serait votre définition du jeu de position ?
Non, non, ça ne l'est pas ! Le jeu de position, c'est l'utilisation et l'occupation des espaces dans le but de déstabiliser l'adversaire. Le bousculer par nos positions et par la dynamique de l'équipe. C'est une réflexion sur comment se placer sur un terrain, de manière collective, afin de compliquer les choses à notre adversaire et nous permettre de créer un danger (certains, comme Pep Guardiola, estiment qu'aucun joueur ne doit se situer sur la même ligne verticale et horizontale qu'un autre coéquipier, ndlr). Il doit nous permettre d'obtenir des situations favorables et d'avoir une dynamique dans la circulation du ballon. On peut dire que dans le premier et le deuxième tiers du terrain, c'est une approche assez linéaire, pour avancer, mais si on occupe bien l'espace dans le troisième, tout en étant équilibré, ça nous permettra de nous créer des opportunités. La liberté peut s'exprimer dans ce cas-là. Mais on ne parlera jamais de liberté totale, seulement de liberté au sein d'un cadre. Le jeu de position, c'est un cadre, des positions, et un libre-arbitre laissé aux joueurs pour s'exprimer au coeur de tout cela.

Les entraîneurs portugais réussissent bien. En France, on a eu Leonardo Jardim, aujourd'hui Paulo Sousa ou André Villas-Boas. Il y a une réelle identité.
Ce qui nous caractérise le plus, je pense, c'est la méthodologie d'entraînement. Après, il n'y a pas de séparation à faire entre le Portugal, l'Espagne, la France... Même s'il y a beaucoup de travail qui est fait. Chacun développe ses propres qualités. Certains vont être davantage sur la dimension technique, d'autres tactique, d'autres psychologique... Au Portugal, il y a néanmoins une vision commune autour de l'entraînement. La plupart sont convaincus par une approche d'entraînement qui nécessite toujours le ballon et qui développe la prise de décision. Pour résumer, c'est “s'entraîner pour jouer et jouer pour s'entraîner”. Dans le sens où l'entraînement doit exiger les mêmes choses que ce que le match demande. On analyse nos matches et on adapte en fonction, mais l'entraînement est toujours réalisé pour améliorer le modèle de jeu. On oriente la globalité de l'entraînement, du début à la fin, sur ce que l'on veut réaliser à long-terme comme sur le match d'après. Si notre ligne défensive n'est pas coordonnée sur une rencontre, on essaye de la challenger pour corriger. L'entraînement, c'est une approche stratégique sur ce qu'il s'est passé au dernier match et sur celui qui arrive. On pense qu'on doit s'entraîner dans la même logique que le match, avec un dénominateur commun : la prise de décision.
David contre Goliath. (Simon Stacpoole/OFFSIDE/PRESSE/PRESSE SPORTS)
David contre Goliath. (Simon Stacpoole/OFFSIDE/PRESSE/PRESSE SPORTS)
Avec une méthode presque universelle, la périodisation tactique.
Durant mes 10 ans à Porto, j'ai travaillé main dans la main avec celui qui l'a théorisée, Vitor Frade. Il était là tous les jours avec moi, à assister aux séances d'entraînement. Je pense que l'on passait 10 heures par jour côte à côte. Il était responsable de la méthodologie à Porto donc, forcément, il a été une influence pour moi. C'est un grand ami. On a étudié beaucoup de matches, de sessions d'entraînement, en essayant de trouver de nouvelles méthodes. Être à ses côtés, ç'a forcément influé sur ma manière d'entraîner. Mais comme tous, j'essaye de créer ma propre identité, qui correspond à mes attentes et à ma manière de voir le football. On pioche à droite à gauche en jugeant ce qui peut être bon ou non. Je pense aussi qu'il n'y a pas qu'une façon de faire et que toutes les méthodes d'entraînement ont des points positifs. Je crois que le plus important, surtout, c'est de comprendre pourquoi on fait telle ou telle chose.

En quoi est-ce important de s'inspirer de ces gens-là ? Que ce soit Vitor Frade autour de l'entraînement au Portugal, Juanma Lillo, Marcelo Bielsa, Marcelo Lippi...
Ce sont des entraîneurs marquants, qui influencent le football d'aujourd'hui et ceux qui le font. De mon côté, deux entraîneurs ont marqué mon parcours... (il coupe) Je suis un entraîneur émotif, et je crois que l'émotion est importante dans notre manière de communiquer et d'entraîner au quotidien. Dans ce sens, les deux que j'ai suivis sont Bobby Robson et Sir Alex Ferguson. Je les ai toujours eu comme modèles au niveau de l'entraînement et par rapport aux émotions qu'ils laissaient paraître. S'il fallait être difficile, ils l'étaient. S'il fallait rire, ils riaient. S'il fallait souffrir avec les joueurs, ils souffraient. Ils vivaient avec les joueurs, dans le positif comme le négatif, capables de célébrer deux ou trois jours avec eux. Au niveau de l'influence technique et tactique, ça, c'est quelque chose de plus personnel. À chaque fois que l'on regarde et analyse un match, on en tire quelque chose. Cela se construit durant toute notre vie. Mais comprendre la dimension émotionnelle d'une équipe, ce qu'elle vit, à mes yeux, c'est fantastique et très important. Bobby Robson et Sir Alex Ferguson étaient excellents dans ce domaine.
«Je réfute l'idée que pour être un entraîneur, ou même un joueur, il faut avoir un certain passé...»
Il y a quelques semaines, vous avez dit : “Je dédie mon titre à ceux à qui on n'offre pas d'opportunité”. En France et ailleurs, on entend souvent dire qu'il faut avoir été un grand joueur pour être un grand coach. Un José Mourinho, c'est compliqué...
Parler à propos de cela, ce n'est pas parler uniquement de football, mais d'humanité. À travers le monde, énormément de personnes méritent une opportunité, mais jamais on ne leur offre. Le monde crée des concepts contraignants, et ce n'est souvent pas de la faute de l'intéressé. Quand j'étais enfant, le meilleur élève de ma classe n'avait pas l'argent pour continuer. C'était pourtant le meilleur. Pour tous ces gens, il faut continuer à travailler. Dans certains milieux, ou quand quelqu'un cherche une nouvelle personne à intégrer, il va chercher celle qui a fait “quelque chose” de sa vie avant. Juste “quelque chose”, même s'il l'a mal fait. Et peu importe si une autre personne a de meilleures compétences et une autre motivation, on va préférer celle qui a un background. Dans notre cas, celui d'avoir simplement été footballeur professionnel. J'ai d'ailleurs essayé, dans mon staff, de donner leur chance à des gens qui n'avaient pas forcément l'expérience du très haut niveau. Aujourd'hui, ils me montrent tous les jours qu'ils méritaient cette opportunité. Parmi eux, certains ont même le potentiel de devenir des numéros un, j'en suis certain. À Porto, nous avions donné sa chance à un des adjoints de Jürgen Klopp (Pepijn Lijnders, ndlr) qui, à l'époque, était dans un petit club régional. C'est une petite chance, mais c'est beaucoup. C'est pour cela que je dédie le titre de champion d'Ukraine à ceux qui, chaque jour, travaillent, travaillent, travaillent, mais à qui la société n'offre jamais d'opportunité. Je réfute l'idée que pour être un entraîneur, ou même un joueur, il faut avoir un certain passé et pas un autre. Ce qui doit primer, ce sont le travail et les compétences qui, normalement, doivent donner accès à des opportunités. Je souhaite bonne chance à tous ces gens.
 
D'avoir été aux côtés des jeunes à Porto pendant des années, ç'a été une bonne école ?
Ce n'est pas le plus important, mais je crois que tous ceux qui ont eu la chance de vivre cela, d'évoluer dans ce type de contexte, en ont tiré des choses très positives. On se développe énormément. On apprend à comprendre des joueurs très jeunes et à développer tout un environnement positif autour d'eux. Ce n'est pas seulement le football, mais tout ce qui va avec. J'en suis d'ailleurs vite arrivé à la conclusion que le talent ne suffit pas. Ce n'est pas l'unique aspect nécessaire. Le talent doit être associé à d'autres “talents”, d'autres qualités que la seule capacité à bien jouer au football. Il y a beaucoup de joueurs dont les qualités suffisent à faire d'eux des footballeurs capables de performer dans les équipes U19, U20, les équipes nationales... Deux ou trois ans après, ils sont perdus. On dit qu'ils sont gâchés, mais pas forcément. Il faut seulement développer d'autres qualités, les former autrement. C'est un accompagnement global. Votre talent majeur ne suffit pas.
 
C'est une belle et grande responsabilité, que vous retrouvez aussi au Shakhtar...
C'est une part du projet, évidemment. Et c'est une responsabilité à la fois vis-à-vis du joueur mais aussi de tout ce qu'il y a autour de lui. Tout le staff est en charge de ça mais il y a une chose à comprendre : le plus grand responsable dans le processus qui fait de vous un grand joueur, ce ne sera jamais l'entraîneur ou le staff mais le joueur lui-même. Le job de l'entraîneur, c'est de l'aider mais on ne peut pas dire à la fin “cet entraîneur a beaucoup joué dans son développement”. C'est juste notre boulot. Le responsable, c'est le joueur, qui reste maître de son destin.
 
Au Shakhtar, la particularité est que beaucoup d'entre eux sont Brésiliens.
Il y en a, c'est sûr, mais on réunit aussi la plupart des meilleurs talents ukrainiens. (il cite tous les meilleurs jeunes de l'équipe) On a un mix de nationalité, et aussi un mix générationnel. Je dirais que c'est 50-50.
 
Cela reste un mélange unique dans le football.
Cette créativité et ce génie que peuvent apporter les joueurs brésiliens, c'est quelque chose de spécial pour le Shakhtar. Les joueurs ukrainiens, eux, ont peut-être plus de rigueur naturelle et de force, ce qui fait une cohabitation intéressante dans une équipe. Les Brésiliens apportent des skills différents, de l'inspiration, et l'adaptation est facilitée par l'environnement. Les coéquipiers parlent portugais et il est facile de se faire des amis qui parlent la même langue. Ils s'aident entre eux et c'est un cercle vertueux.
À l'image de Willian, nombre de Brésiliens ont fait leurs gammes au Shakhtar avant de découvrir les plus grands clubs européens. (Mark Leech/OFFSIDE/PRESSE SPOR/PRESSE SPORTS)
À l'image de Willian, nombre de Brésiliens ont fait leurs gammes au Shakhtar avant de découvrir les plus grands clubs européens. (Mark Leech/OFFSIDE/PRESSE SPOR/PRESSE SPORTS)
En Angleterre, les joueurs brésiliens disent avoir du mal avec le climat, la météo ou le mode de vie. En Ukraine, où les températures peuvent être négatives toute la journée, c'est décuplé.
Il y a quelque chose chez l'être humain, et pas seulement dans le football, qui est une extraordinaire capacité d'adaptation. Après un mois ici, un joueur s'adapte. Il faut faire les choses de la bonne façon, être avec lui, l'aider, mais si on met les choses nécessaires en place, tout se passe normalement très bien. Parfois, certains ne peuvent pas y arriver. Mais ce n'est pas quelque chose lié à l'Ukraine ou non. On en revient aux talents derrière LE talent.

Pour un coach, c'est aussi de l'adaptation de signer au Shakhtar, avec des découvertes comme la trêve hivernale. Comment cela se passe ?
C'est effectivement très différent. Il a fallu réfléchir à de nouveaux processus par rapport à l'entraînement et adapter notre méthode au Shakhtar. Cela nécessite beaucoup de réflexion, et aucune hésitation. Si on doute, on fait douter le groupe. On ne peut exiger une prise de décision optimale de la part des joueurs si ce n'est pas le cas de notre côté. La vie en général est liée à cela. On y est confronté en permanence. Les entraîneurs n'y sont d'ailleurs pas toujours préparés. C'est du management humain et beaucoup de choses peuvent changer en très peu de temps. Mais on ne peut pas laisser place à l'hésitation. Un leader n'hésite pas. D'ailleurs, la situation actuelle liée au coronavirus nous l'a montré. On a vu beaucoup de dirigeants mondiaux hésiter : que faire, sortir, pas sortir, l'école, pas l'école, le métro, pas le métro... On ne peut pas laisser place à l'hésitation. Et c'est quelque chose qu'on peut transposer au métier d'entraîneur. Si on hésite, c'est simple, on n'a pas le job. Il faut être à 100% concerné et savoir appréhender la prise de décision. Cela conditionne tout le reste, et notamment notre capacité d'adaptation.

Depuis déjà quelques années, le Shakhtar ne peut jouer ses matches à domicile, à l'Est du pays, en raison du conflit dans la région du Donbass. Cela dépasse le football, vous y songez ?
On y pense à chaque match. On aimerait jouer à la maison, être avec nos fans à Donetsk, ressentir notre ville et vivre les émotions de notre région à la Donbass Arena (le stade ultra-moderne du Shakhtar bombardé en 2014, ndlr). Chaque victoire est dédiée à nos supporters à Donetsk qui, pour des raisons politiques, ne peuvent plus vivre leur passion comme auparavant. C'est quelque chose qui me touche émotionnellement car cela frappe énormément de monde. C'est triste. Ça touche à l'humain et, forcément, ça nous concerne également.

Vitor, comme vous êtes là, on vous laisse poser une question au coach pour finir l'entretien.
(c'est son assistant qui parle) Vous me prenez par surprise, là... (rires)

Peut-être une anecdote, un ressenti sur le travail accompli...
Après un an en Ukraine, ta première expérience en dehors du Portugal, sur quels aspects penses-tu pouvoir encore t'améliorer ? (Luis Castro reprend la main) Ce que je veux par dessus tout, c'est prendre du plaisir au maximum et développer tout ce qui est possible de développer en termes d'idées et de modèle de jeu. On veut une évolution permanente et optimisée. Ce dont je rêve, c'est de toujours arriver à trouver les solutions pour implémenter mes idées. Et ce peu importe où je me trouve, les joueurs différents que j'ai, comment ils réagissent... Je veux aussi toujours faire évoluer ma façon de voir le jeu, d'attaquer, de défendre, d'exécuter les transitions... Également l'aspect esthétique du football. Et au final, donner encore plus de plaisir aux joueurs et aux gens qui nous regardent. C'est ma philosophie de vie.»

Antoine Bourlon

Paulo Sousa : «Je vois le romantisme de manière collective»

Photo d'illustration : Shakhtar Donetsk (D.R.).
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Gauchos 4 juil. à 9:39

Philosophie et discours similaires (à minima, pour ne pas dire identiques) à ceux de Nagelsmann, l'entraîneur du RB Leipzig. Des entraineurs à suivre de près.

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