(L'Equipe)

Luis Monti (Italie/Argentine), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde.

1er mai - 14 juin : dans exactement 44 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Cinquante-septième épisode avec Luis Monti.

Son histoire avec la Coupe du monde

Luis Monti ? C'est un cas unique dans l'histoire de la Coupe du monde. Sachant que disputer deux finales en deux éditions successives est déjà un exploit, lui s'est singularisé en les jouant pour deux... pays différents. En effet, notre bonhomme a participé à l'ultime acte de la première édition, en 1930 en Uruguay, perdant 2-4 face à la Celeste, puis a gagné la finale de la deuxième Coupe du monde, battant 2-1 la Tchécoslovaquie, quatre ans plus tard. Monti est ce que l'on appelle un «Oriundo». Il s'agit d'un terme italien et espagnol pour désigner ces joueurs qui acceptent de porter les couleurs du pays de leurs ancêtres (voir l'archive de FF), qu'ils aient ou non joué auparavant pour leur pays de naissance. Luis Monti est de ceux-là. Le bonhomme est né à Buenos Aires en 1901, issu d'une famille partie de la Romagne, dans le Nord de l'Italie, quelques années plus tôt. Ses parents étant nés dans la péninsule, il n'a aucun problème à obtenir un passeport italien, qu'il... n'utilise pas. En tout cas, pas immédiatement. De fait, ce milieu défensif rugueux, batailleur et excellent stratège débute sous la tunique albiceleste dès 1924.

Et c'est avec l'Argentine qu'il dispute les Jeux Olympiques de 1928, à Amsterdam, s'inclinant en finale face à l'Uruguay (1-2), après avoir inscrit le but de l'égalisation momentanée de son équipe. Monti est un joueur de devoir, impitoyable au marquage, souvent très limite, mais aussi un bon manieur de ballon, doté d'une belle frappe. Une frappe dont Alex Thépot, le gardien de l'équipe de France, fait les frais au premier tour du Mondial de 1930, sur un coup franc de 25 mètres en pleine lucarne, pour le but victorieux (1-0 de l'Argentine sur les Bleus. Monti est aussi le premier buteur de la demi-finale à sens unique face aux Etats-Unis (6-1). En finale, il offre à Stabile, probablement en position de hors-jeu, le ballon d'une Argentine prenant l'avantage (2-1) sur l'Uruguay à la 37e minute. Mais lui et ses coéquipiers ne pourront rien face à la furia celeste après la pause, capable de leur marquer trois buts sans en prendre un seul.

Monti est un joueur de devoir, impitoyable au marquage, souvent très limite, mais aussi un bon manieur de ballon, doté d'une belle frappe.

La finale, comme toute la compétition, s'est disputée dans une ambiance très hostile pour les Argentins, Luis Monti étant menacé par les supporters dès son arrivée à Montevideo. «Quelques minutes avant le début de la finale, Monti est venu me dire : ''si nous gagnons, nous ne sortons pas vivant d'ici !'', racontera Francisco Varallo, en 2002, dans les colonnes de FF. Nous abordons la seconde période en menant au score, poursuit l'ancien attaquant de la sélection argentine, mais on me blesse au moment où je manque de marquer le troisième but, mon tir étant repoussé par la transversale. Comme on ne pouvait pas faire de changements, je suis passé sur l'aile et je n'ai pas pu faire grand-chose ensuite. Luis Monti était effrayé. Il était paralysé pendant le match, ce qui fait qu'on a clairement joué à neuf. C'est pour ça qu'on a été battus si nettement.» Miné moralement, Monti suspend pratiquement sa carrière de joueur, et développe une activité de fabrication et distribution de pâtes fraiches. Il prend du poids et ne mène pas une vie d'athlète. C'est dans cet état que la Juve le récupère, sur les conseils de «Mumo» Orsi, déjà débarqué en Italie. Arrivé hors de forme, Monti s'auto-exclue de l'équipe bianconera, demandant à ses dirigeants à se préparer tout seul.

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Il s'impose un traitement de fer et redevient un joueur flamboyant. Il remporte quatre Scudetti de rang avec la Vieille Dame entre 1932 et 1935, et surtout intègre la Nazionale de Vittorio Pozzo. Dans un équipe d'Italie qui, poussée par le régime fasciste, ambitionne le titre suprême, Monti va jouer les intimidateurs. Après un très facile succès (7-1) sur les Etats-Unis en huitièmes de finale, l'Italie sort l'Espagne en quarts. Deux matches sont nécessaires (1-1 a.p. puis 1-0) en l'espace de vingt-quatre heures. La condition physique irréprochable d'une Italie qui s'est préparée presque militairement au tournoi, fait la différence, comme les coups défendus de Monti. Après avoir disposé de l'Autriche (1-0) en demi-finale, l'Italie remporte le titre face à la Tchécoslovaquie (2-1 a.p.). Monti participe également au triomphe en Coupe Internationale (une sorte de championnat d'Europe avant la lettre) l'année suivante, mais n'ira pas au-delà d'une 18e sélection avec l'Italie en avril 1936. Ce joueur agressif ne s'était pas vraiment remis d'une vilaine blessure au cours d'un match amical de haute facture (2-3) face à l'Angleterre, à Highbury, en novembre 1934. L'arroseur arrosé ?

Le moment marquant

La double confrontation face à la Roja, en quarts de finale de l'édition 1934, lui a valu le surnom de «boucher de Florence». C'est que lors des deux matches en l'espace de deux jours, «Luigi» Monti ni est pas allé par le dos de la cuillère : tacles à répétition, coups de coude et marquage impitoyable font partie de son répertoire. L'Espagne n'en sort pas indemne, devant changer sept joueurs entre les deux rencontres. Et Monti se charge d'en toucher un autre (Bosch) dès le début du deuxième match, que l'Italie gagne 1-0 sur un but de Guaita, un autre «oriundo».

Le chiffre : 9

Luis Monti a joué un total de neuf matches de phase finale de Coupe du monde, quatre avec l'Argentine en 1930 et cinq sous le maillot de l'Italie. Des quatre «oriundi» (à l'époque, ils sont appelés «rapatriés ») argentins convoqués par Vittorio Pozzo pour la Coupe du monde 1934, il est le seul à avoir disputé la finale de la première édition, Attilio Demaria étant resté sur le banc de l'Albiceleste face à l'Uruguay, alors que Enrique Gaita et «Mumo» Orsi n'avaient même pas participé à ce tournoi.

L'archive de FF

«Italie-Argentine, les liens du sang». C'est le titre d'un article de FF du 29 septembre 2009 dans un «spécial Argentine», qui donne un coup de projecteur sur le phénomène des «Oriundi», ces joueurs nés à l'étranger qui choisissent de jouer pour le pays de leurs aïeuls. Et notre hebdomadaire d'expliquer : «Plus de 40% des Argentins ont un ancêtre italien, parti de l'une des vingt régions de la péninsule, pour la plupart entre la seconde moitié du XIXe siècle et la première moitié du XXe siècle. Ne dit-on pas que, quelque part, Buenos Aires est la plus grande ville italienne au monde ? L'Italie est profondément ancrée en Argentine, que ce soit dans les habitudes alimentaires ou dans la manière de parler ou de se comporter. Et bien sûr dans les patronymes.» FF donne l'exemple des Maradona, Di Stefano et Messi, tous originaires d'un coin de la péninsule. Mais aucun de ces trois champions ne jouera pour la Nazionale, contrairement à plusieurs de leurs compatriotes, qui comme de nombreux argentins ont gardé un passeport italien et ont donc vu facilitée leur intégration à la Squadra Azzurra. Et c'est là qu'il est fait mention de ceux qui, parmi les quinze «oriundi» argentins, ont été sacrés champions du monde avec l'Italie : «Les quatre premiers l'ont fait en 1934, à l'occasion du Mondial organisé en Italie, compétition qui devait être une démonstration de force du régime de Mussolini. Celui-ci voulait mettre toutes les chances de son côté, notamment en forçant la main des cracks italo-argentins (pression sur les familles, etc.). Petit à petit, la déjà forte Nazionale se renforça avec «Mumo» Orsi, Luis Monti et Enrico Guaita, tandis qu'Attilio De Maria jouera les remplaçants de luxe.Le cinquième champion du monde sera Camoranesi en 2006

Roberto Notarianni