Luzenac, un an après (L'Equipe)
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Luzenac, un an après

Aux portes de la Ligue 2 l'été dernier, le club ariégeois a bien failli disparaître suite à sa très controversée rétrogradation administrative. Un an plus tard, le LAP, qui a su se reconstruire sportivement et ne pas s'effondrer économiquement, a été récompensé par une montée en DH. Un signe d'espoir pour la suite. Insuffisant, cependant, pour oublier la colère et effacer les cicatrices.

C'était il y a un an, déjà. Un interminable feuilleton sportivo-judiciaire aux multiples rebondissements tenait la France du foot en haleine. Le dénouement de la série estivale aura tourné au cauchemar pour son principal protagoniste, le LAP (Luzenac Ariège Pyrénées), qui se voyait refuser par la Ligue de football professionnel (LFP), après plusieurs mois de bataille, son accession en Ligue 2. Pire : le club n'était même pas autorisé à réintégrer le championnat de National, pour des raisons qui échappent encore aux dirigeants. S'ensuivait alors une dégringolade sportive et financière jusqu'en DHR (Division d'honneur régionale, soit la 7e division), bien loin du deuxième échelon professionnel auquel Luzenac aspirait.
 
Le temps a passé, et le football, le vrai, a repris ses droits dans ce petit village de 600 âmes, niché au pied des Pyrénées. Mais les blessures ne sont pas encore refermées. Elles ne le seront probablement jamais. «Il faut tourner la page. Mais digérer ce qui nous est arrivé, c'est impossible. On nous a renvoyés  vingt ans en arrière», résume, amer, Alain Canale, président du LAP association, la structure gérant le club. Aux abords du stade Paul-Fédou, celui-là même que la LFP pointait du doigt pour son incapacité à accueillir des rencontres de Ligue 2, personne n'a oublié. Et personne n'a pardonné. Près des vestiaires, sur un grand tableau blanc, une inscription : «NON ! Le club n'est pas mort...» Cri de rage indélébile lancé depuis la vallée ariégeoise à «ceux d'en haut». Ceux qui, l'été dernier, avaient privé le LAP d'une montée pourtant acquise sur le terrain.

«Monsieur Thiriez devrait s'acheter une conduite»

En cause : des comptes jugés pas assez solides, un stade non conforme et des garanties de repli insuffisantes. Il y a quelques mois, Henri Lacaze, vice-président de l'association, dénonçait sur LeMonde.fr «une unanimité pour liquider [Luzenac]». Sentiment partagé par Alain Canale. Selon lui, la liste des reproches adressés au club traduisait un véritable «acharnement», et aurait pu être allongée à l'infini par les dirigeants de la LFP : «Si ça avait continué, ils auraient fini par nous dire que nos couleurs rouge et bleu n'étaient pas autorisées, ironise-t-il. Le fait est que l'on n'a pas voulu partager le gâteau avec Luzenac parce qu'on venait d'en bas. Mais Monsieur Thiriez oublie que ce sont des clubs comme le nôtre qui sont à la base du monde pro. Il devrait penser à s'acheter une conduite.»
 
La figure moustachue du très contesté président de la LFP cristallise aujourd'hui tout le dégoût des Luzenacois pour les instances dirigeantes du football. Dégoût encore accentué par les récentes «affaires» qui ont rythmé la saison passée, et lors desquelles les clubs concernés ont bénéficié d'une étonnante clémence. «Quand on voit comment Lens s'en est tiré avec ses comptes bancals, ou Nîmes avec l'affaire des matchs truqués, on ne peut que constater qu'il y a eu deux poids deux mesures, s'indigne Alain Canale. Nous, notre club a failli exploser, disparaître purement et simplement.» La disparition du LAP, c'est bien de ça dont il était question lorsque le verdict est tombé. Il en fut heureusement autrement.

Le LAP abandonné par ses sponsors

«Nous ne pouvions pas nous résoudre à laisser mourir le club... Ça leur aurait fait trop plaisir, à ces messieurs de la LFP, lance le président de l'association. C'est pour les gamins qu'on a continué.» Entre passion et indignation, une poignée d'irréductibles dirigeants entame la reconstruction au début de la saison dernière. Lentement. Péniblement. Courageusement. Rien n'est facile quand l'argent vient à manquer. Evidemment, beaucoup de sponsors ont plié bagage. Y compris la société toulousaine JD Promotion, pourtant dirigée par Jérôme Ducros, l'ancien président du LAP, dont les investissements avaient permis d'entrevoir la Ligue 2. Lui aussi s'est retiré, éprouvé, fatigué par cette vaine quête. Il fallut alors colmater les brèches. En octobre 2014, des courriers appelant à un «soutien financier» sont envoyés à tous les clubs de Ligue 1, Ligue 2 et National. Tous, ou presque, resteront lettre morte. «Seul l'AS Nancy-Lorraine nous a envoyé un chèque de 3000 euros. Et Monaco a offert deux jeux de maillots», se souvient Alain Canale, reconnaissant.
 
C'est finalement des dons de particuliers que le LAP a tiré sa plus grosse rentrée d'argent. 14 000 euros entre octobre et janvier, arrivés des quatre coins de la France, et même de l'étranger. Il faut dire que Luzenac, ce petit poucet qui dérangeait les grands, s'est attiré l'été dernier la sympathie des amateurs de ballon rond, dans un mouvement de soutien populaire quasi-unanime et transcendant largement les frontières de sa région. «On est connu dans toute la France, constate Alain Canale. Maintenant, quand on parle de Luzenac, on pense avant tout à son club de foot. Aujourd'hui encore, des voyageurs de passage viennent me voir pour me dire ''C'est dégueulasse ce qu'ils vous ont fait''.»

La montée en DH, maigre consolation

Si Luzenac a su éviter une catastrophe d'ordre économique, il en a été de même sur le plan sportif. Pour preuve : en mai dernier, un an après être passé du paradis à l'enfer, le club ariégeois est remonté en DH (6e division). Maigre, très maigre consolation. Dans le village, certains ressassent de mauvais souvenirs pas si lointains. D'autres savourent et préfèrent y voir une petite revanche sur le destin. D'autant que cette remontée directe était loin d'être une évidence en début de saison. Après l'été tragique, beaucoup de joueurs de l'équipe première, libérés, ont quitté l'Ariège pour rebondir en Ligue 2, en National, ou à l'étranger. Mais deux d'entre eux ont refusé d'abandonner le navire. Franck Akaza (37 ans) et Nicolas Dieuze (36 ans) - «exemples de fidélité et d'intelligence», atteste Alain Canale - sont restés à Luzenac «par amitié» pour aider le club à se reconstruire. 
 
Le premier nommé est même prêt à rempiler pour une saison. Le second vient de raccrocher les crampons, après avoir été de toutes les aventures avec le LAP : des pelouses de National jusqu'à celles de DHR, en passant par le banc du tribunal pour tenter de voir un jour la Ligue 2. Son plus grand regret ? «Ne pas savoir jusqu'où on aurait pu aller. Ne pas avoir pu défendre nos chances en deuxième division.» Nicolas Dieuze fustige également la position de la Fédération qui «à aucun moment n'a cherché à nous défendre». Lui aussi est convaincu que son club a injustement payé son statut amateur et dénonce l'hypocrisie des instances dirigeantes : «Luzenac a montré le clivage entre le foot pro et le foot amateur. Comment voulez-vous que l'on inculque aux jeunes des valeurs de travail et de fair-play quand ce sont en réalité l'argent et le CV des clubs qui font la différence ?» S'il se dit «dégoûté» par ce qu'il a vu et entendu, il était impensable pour lui de laisser tomber le club. Pas après ce qu'il y avait vécu. «Notre montée en Ligue 2, on l'a acquise de haute lutte sur le terrain. Et ça, on ne nous l'enlèvera jamais», conclut-il avec fierté.

Espoirs vains et rêves brisés

«Nicolas (Dieuze), c'est la preuve qu'il y a encore des gens avec des valeurs», clame Sébastien Mignotte, ancien capitaine du LAP reconverti entraîneur la saison passée. Lui non plus n'a pas voulu partir. Pour composer l'équipe qui s'est hissée à la première place de sa poule de DHR, le jeune technicien (34 ans) a pu compter sur «des jeunes issus de la formation du club» et «de bons joueurs de la région toulousaine». Mais aussi sur «quelques glorieux anciens des années CFA, de vieux briscards», la trentaine bien entamée, qui ont répondu à l'appel lancé par leur vieil ami et coéquipier. Parmi eux, Nicolas Fargues, Jérôme Lambert, Mathieu Texier et Assane Karaboualy n'ont pas hésité à renfiler maillot et crampons pour aider le club à se sauver. Mission accomplie : après trois premiers mois quelque peu poussifs, le LAP a enchaîné les victoires pour aller chercher la montée. Comme au bon vieux temps, finalement.
 
«C'était important de relancer le club sur une dynamique positive», explique Sébastien Mignotte, qui compte bien s'inscrire dans la durée sur le banc du LAP et passera à la fin de l'année son diplôme d'entraîneur. Avec le désir de rebâtir un nouveau projet dans son club de toujours. «Il faut essayer d'aller de l'avant, de dépasser les rancœurs, sinon on n'avance pas. Beaucoup de supporters ne sont pas revenus cette saison car ils sont restés sur la désillusion de l'été dernier», regrette-t-il.
 
Aller de l'avant, avec ambition et humilité, avancer de nouveau malgré les blessures et les éternels regrets, c'est aussi le souhait du président Alain Canale. Son vœu le plus cher ? «Que Luzenac remonte en CFA2, pour que les gens de la Fédération entendent de nouveau parler de nous et se disent ''C'est pas vrai, encore eux !''». Même si le dirigeant retiendra de cette histoire «un immense gâchis», il peut affirmer, revanchard et orgueilleux : «Ils nous ont privés de Ligue 2, mais ils n'ont pas eu l'âme du club». Ici, au pied des Pyrénées, les ballons continueront de rouler. Loin des caméras et des paillettes d'un monde professionnel pourtant effleuré, mais qui n'a pas voulu du LAP. Qu'importe. Aujourd'hui, un an après, Luzenac veut tourner la page. Celle de l'injustice, des espoirs vains et des rêves brisés. Mais pas celle du football. Jamais.
 
Julien Garrel, @JulienGarrel
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graniergrisolles 14 janv. à 20:02

Pourquoi Luzenac ne pouvait-il pas jouer ses matchs en Andorre , stade homologué FIFA ou se déroule des matchs internationaux ? Luzenac est plus proche d'Andorre la Veille que de Foix ou Toulouse.

ICI c QATARI 14 juil. à 16:13

Ces encore a cause de Lens tout sa MDR. Pareil pour Sochaux.

canto62400 14 juil. à 9:49

Bonne chance a vous un lensois.

CoeurRougeetBlanc 13 juil. à 16:21

On ne peut rien pour vous malheureusement. Bien que je n'ais jamais été supporter de votre club, je vous dis très sincèrement... ALLEZ LUZENAC.