22 August 2015 - Barclays Premier League - Leicester City v Tottenham Hotspur - Riyad Mahrez of Leicester City celebrates scoring the equalising goal - Photo: Marc Atkins / Offside. *** Local Caption *** (L'Equipe)

Mahrez : «Je joue au foot comme si j'étais à la cité»

Redoutable depuis le début de saison avec Leicester City, Riyad Mahrez revient sur son nouveau statut, en club comme en sélection. Lucide, l'Algérien sait que l'heure du bilan est encore loin.

«Vous effectuez un début de saison incroyable. Vous êtes co-meilleur buteur du Championnat avec 5 buts, en plus de vos trois passes décisives...
Cela ne me surprend pas. Je sais au fond de moi ce que je peux faire. Sur le terrain, je réussissais aussi des bonnes choses la saison dernière. La différence c'est que là, je suis plus efficace. C'est lié à mon travail, mais aussi à la progression de Leicester dans le jeu. Je me sens bien dans ce club, et je sens que mes coéquipiers jouent désormais plus sur moi. 
 
Sentez-vous que le comportement de vos adversaires a changé ? 
Oui, je le vois sur le terrain. Sur des phases tactiques, il y a des joueurs qui se placent en fonction de mon positionnement. Par exemple le latéral gauche qui, au lieu de revenir vers son central, préfère le long de la ligne de touche pour ne pas me laisser d’espace. Il y a aussi les prises à deux. C’est à moi de m’adapter, et d’être intelligent dans mon jeu. 
 
Comment ?
Il faut évidemment savoir alterner entre les dribbles, les passes ou les choix de jeu. 
 
Quel est le rôle de Claudio Raineri dans votre progression ? 
Le coach me témoigne une grande confiance. J'aime prendre mes responsabilités dans le jeu, et surtout des risques dans mon jeu en provoquant pour faire la différence.

Votre sélectionneur Christian Gourcuff nous a récemment confié qu'il estimait que vous n'étiez encore qu'à 50% de votre potentiel. Jusqu'où pouvez-vous aller ?
C'est quelque chose qu'il m'a dit. Il pense effectivement que j'ai encore de la marge pour faire beaucoup de bonnes choses.  
 
Dans le même sens, Habib Beye pense que vous avez toutes les qualités pour aller plus haut, mais il souligne le risque de la gestion de votre nouvelle notoriété. Qu'en pensez-vous ? 
Je sais qu'on a vu des joueurs briller et ensuite disparaître. La clé, c'est d'être régulier. C'est sympa de faire quelques bons matches, mais vous n'êtes un très bon joueur que lorsque vous le faites sur une saison, et que vous confirmez sur plusieurs. Il faut savoir s'inscrire dans la durée. Ce sont des paramètres que je prends en compte dans mon esprit. Le foot ce n'est pas deux trois trucs par ci par là... C'est que je faisais avant ! Après, faut pas s’emballer, cela ne fait que six journées…
 
Vous êtes forcément beaucoup plus sollicité par les médias. Comment gérez-vous cela ?
J'essaye de ne pas trop parler. Je réponds peu aux interviews. Je me concentre sur le terrain, et j'essaye de rester discret.
 
Pourquoi ?
Car je nai pas envie que les gens se disent : "c'est bon, il marque, ça y est, on l’entend parler partout".

«La clé, c'est d'être régulier. C'est sympa de faire quelques bons matches, mais vous n'êtes un très bon joueur que lorsque vous le faites sur une saison, et que vous confirmez sur plusieurs.»

Mahrez face à Jordan Amavi (Aston Villa). (Reuters)

Avec l'Algérie, vous avez profité de l’arrivée de Christian Gourcuff pour prendre une autre dimension (10 passes décisives, 3 buts en 17 sélections). Comment l’expliquez-vous ?
Je ressens beaucoup de confiance de sa part. Un peu comme avec Mombaerts au Havre, j'apprécie sa philosophie de jeu. On travaille beaucoup sur le plan tactique. Et puis également la possession du ballon car il souhaite qu'on impose notre style. Après, j'aime dribbler mais aussi donner le ballon. Il faut être un joueur complet. 
 
En sélection, vous évoluez milieu gauche dans le 4-4-2 version Gourcuff, alors qu’avec Leicester vous êtes positionné sur le côté droit pour mieux repiquer dans l'axe avec votre pied gauche. Quelle différence cela provoque-t-il dans votre jeu ?
Ce n’est effectivement pas la même chose. J'ai un vrai penchant pour le côté droit car c'est comme cela que je joue en club. Maintenant, en sélection, cela ma va aussi car je crois que je peux jouer dans tous les registres. Pour être un peu plus précis, à Leicester, je prends le jeu à mon compte quand je repique dans l’axe. Je peux alors distribuer ou tenter ma chance. Avec l’Algérie, je joue plus bas, et face au jeu, donc je percute plus en prenant de la vitesse. Après c'est le coach qui décide. 
 
Vous êtes parti du Havre pour 450 000 euros à l'hiver 2014. Aucun club de Ligue 1 n'a voulu parier sur vous. Ressentez-vous un sentiment de revanche par rapport  aux clubs de l'hexagone ? 
Ce n’est pas un sentiment de revanche. A un an de la fin de mon contrat, personne n'est venu me chercher. Il y avait des bruits, mais rien à l'arrivée. Je veux bien qu'on puisse se tromper mais je faisais des bons matches en Ligue 2. En France, il y a quelque chose qui ne va pas...»

Avant d'être l'homme dont tout le monde parle en Premier League, vous avez dû vous forger en CFA à Quimper ou en L2 au Havre. Votre trajectoire n'a pas été simple. Cela vous a-t-il forgé ?
Oui, j'ai galéré. Et évidemment, ça je ne l'oublie pas. Je vis chaque moment à fond. J'ai une certaine insouciance, je joue au football comme si j'étais à la cité. Mais dans un cadre, car j'appartiens à un club structuré. Jouer en Premier League, c'est quelque chose d'exceptionnel. Que cela soit face à City, Chelsea ou des clubs de bas de tableau, les stades sont pleins. L'engouement est fort dans les rues avant les matches. Et je ne parle même pas des pelouses qui sont des galettes...

«A un an de la fin de mon contrat, personne n'est venu me chercher. Il y avait des bruits, mais rien à l'arrivée. Je veux bien qu'on puisse se tromper mais je faisais des bons matches en Ligue 2. En France, il y a quelque chose qui ne va pas...»

Nabil Djellit