La joie des joueurs de Cadix Jeremias Ledesma et Fali après leur exploit de samedi contre le Real Madrid. (O. J. Barroso/afp7)
Espagne - Cadix

Manuel Vizcaino, président de Cadix : « On discutait de comment le Real Madrid allait nous battre »

Le président de Cadix Manuel Vizcaino revient sur l'exploit réussi par ses joueurs, samedi, sur la pelouse du Real Madrid (1-0). Et évoque ce club particulier, qui était encore en D3 il y a cinq ans.

Dans l'avion qui les ramenait en Andalousie, samedi soir, les joueurs de Cadix ont chanté à tue-tête Me han dicho que el amarillo, chanson du groupe folklorique La Familia Pepperoni devenue l'hymne officieux du club. Ils l'avaient bien mérité, après une victoire historique (1-0) sur la pelouse du Real Madrid de Zinédine Zidane. Le promu compte aujourd'hui le même nombre de points (et un match en plus) que les Merengues, alors qu'il y a cinq ans, il évoluait encore en D3. Son président Manuel Vizcaino raconte cet exploit et cette épopée.
« Comment s'est construit cet exploit contre le Real Madrid ?
Évidemment, jouer contre le Real Madrid provoque des sensations différentes, car c'est la meilleure équipe de l'histoire. Depuis le début de la semaine, on a tenté de faire abstraction du contexte, du fait qu'on allait là-bas comme des invités, et qu'on discutait de comment ils allaient nous battre. Et personnellement, ça ne me plaisait pas. Toute la semaine, on s'est dit : "Nous allons y aller pour faire notre match et essayer de gagner." Comme on l'a finalement fait. Ce que l'on a fait, c'est croire en notre caractère et tenter de ne pas se sentir inférieurs.
« Je faisais la blague aux joueurs en leur disant que je mettrais une amende à celui qui demande un maillot à un joueur du Real Madrid »
Vous aviez l'impression que certains vous prenaient pour des touristes qui venaient demander un maillot ?
Je faisais la blague aux joueurs en leur disant que je mettrais une amende à celui qui demande un maillot à un joueur du Real Madrid. Nous sommes le Cadiz CF. Ce n'est pas une question de fierté mais simplement de revendiquer que l'on jouait un match, à onze contre onze. Et on a vu ce qui s'est passé à la fin du match (la victoire).

lire aussi

Quand avez-vous commencé à y croire ?
Quand le match commence et que tu vois que tu arrives à te créer des occasions sans les convertir, tu te dis que tu as déjà vu le match. Tu sais que le Real ne va pas gâcher ce que toi tu es en train de gâcher. Mais tu marques, tu sais qu'il y a une possibilité de gagner le match, malgré tout le temps qu'il restait (74 minutes). Et quand on a vu comment l'équipe défendait et qu'elle contrôlait tout, on s'est rendu compte que c'était possible.
« Notre gardien Alberto Cifuentes a fait ses débuts en D1 à 41 ans (le 20 septembre). Nous l'avons finalement incorporé à la direction sportive »
Au coup de sifflet final, la joie de votre entraîneur Alvaro Cervera (55 ans) était assez incroyable.
Il vient comme toute une partie de l'équipe de Segunda B (D3) et le fait qu'il ait réussi depuis tout en bas, de s'affirmer comme entraîneur et arriver à faire ce qu'on arrive à faire, ça a dû être une joie immense. Avant cette saison, il n'avait entraîné en D1 que le Racing Santander durant treize matches, mais il n'en avait gagné aucun (2 nuls, 11 défaites, pires débuts d'entraîneur de l'histoire). Il a donc glané sa première victoire avec Cadix (à Huesca, 2-0, le 20 septembre) et ce qui s'est passé samedi, il le mérite.
Quels sont les joueurs qui symbolisent cette équipe méconnue ?
Je parlerai évidemment de ceux qui étaient déjà là en Segunda B. Le gardien Alberto Cifuentes, qui a fait ses débuts en première division à 41 ans (le 20 septembre) et que nous avons finalement incorporé à la direction sportive (il a pris sa retraite le 5 octobre). Je parlerai de Jon Garrido que l'on avait pourtant prêté quand on était montés en D2 (en 2016), je parlerai de Salvi... Et puis les joueurs originaires de Cadix comme Jose Mari (le capitaine), Isaac Carcelen... C'est la base de cette famille.
Manuel Vizcaino, président de Cadix. (EFE/MaxPPP)
Manuel Vizcaino, président de Cadix. (EFE/MaxPPP)
Dans l'équipe qui a battu le Real figurait aussi Fali, qui s'est rendu célèbre au printemps car il refusait de s'entraîner par peur du coronavirus...
Fali montre qu'il a le niveau pour jouer en D1 (ce sont ses débuts), il a eu une offre très importante cet été de la part d'Almeria (D2), qui lui offrait énormément d'argent mais lui a dit qu'il n'y allait pas. Et nous ne pouvons que nous féliciter de l'avoir traité à l'époque comme nous l'avons fait, c'est-à-dire comme un être humain, d'avoir pris soin de lui, de le récupérer, et aujourd'hui, on en profite.

lire aussi

Fali, le joueur qui avait une peur bleue du virus
En France, quand une équipe fait un exploit, elle réclame une prime à son président...
Les miens sont bien éduqués et ils ne demandent jamais rien (il rit) !
Ils n'ont pas au moins eu un jour de repos supplémentaire ?
Non. (il rit) Je crois qu'ils ont essayé mais le préparateur physique est très dur et il ne va pas leur donner.
Après six journées, vous êtes tout en haut de la Liga (10 points), à égalité avec le Real...
C'est anecdotique. Il faut qu'on garde les pieds sur terre, qu'on ne se croie pas arrivés, qu'on arrive aux 42-43 points dont on a besoin pour se sauver. Si on pense à autre chose, c'est sûr qu'on va sortir de la voie qui nous a amenés jusqu'ici. »

lire aussi

Réagissez à cet article
500 caractères max
ADS :