Mario Kempes (D.R)

Mario Kempes (Argentine), nouvel épisode de nos 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde

14 avril - 14 juin : dans exactement 61 jours, débutera le Mondial 2018 en Russie. Jusqu'au coup d'envoi, FF vous livre, par ordre alphabétique, sa liste des 100 joueurs qui ont marqué l'histoire de la Coupe du monde. Quarantième épisode avec Mario Kempes.

Son histoire avec la Coupe du monde

En 1978, Mario Kempes constituait un des seuls rayons d'un Mondial controversé, au contexte lourd, celui de la dictature militaire du Général Videla. L'avant-centre de Valence a illuminé cette édition disputée à domicile, où il a quand même pris du temps à trouver ses marques. A la fin du premier tour, il pensait rééditer sa piètre performance du Mondial allemand de 1974, où Kempes n'avait inscrit aucun but, son Argentine étant éliminée à l'issue de la seconde phase de groupes, subissant même un cinglant 4-0 face aux Pays-Bas du triple Ballon d'Or FF Johan Cruyff. Mais le n°10 de l'Albiceleste, qu'il a hérité par pure coïncidence (l'Argentine numérotait cette année-là ses joueurs par ordre alphabétique), s'est réveillé et a marqué ses deux premiers buts contre la Pologne (2-0), puis deux autres contre le Pérou (6-0). Un match très controversé, puisque les Argentins devaient gagner par au moins quatre buts d'écart, pour aller en finale.

Qu'importe, les Ciel et Blanc sont passés, et sont devennus même champions du monde en battant les Oranjes, perdant leur deuxième finale d'affilée. Kempes a inscrit un nouveau doublé et éclaboussé la rencontre de toute sa classe et son talent. Sa vivacité et ses accélérations ont achevé des Néerlandais émoussés en prolongation. L'Argentine glanait sa première étoile, et Kempes est déclaré meilleur joueur du Mondial. Une juste récompense pour le joueur, intégré de justesse dans l'équipe argentine au début de la compétition à la demande de Menotti, le sélectionneur, le Général Videla ne souhaitant qu'une équipe composée de joueurs évoluant au pays. Auréolé de son titre de champion du monde, Mario Kempes est redescendu de son petit nuage quatre plus tard en Espagne : il laissait son numéro fétiche à la future star montante argentine, Diego Maradona, et est passé à côté du rendez-vous espagnol, comme son équipe (éliminée au second tour), où il n'a inscrit aucun but. La Coupe du monde, un parfait ascenseur émotionnel pour Mario Kempes.

Le moment marquant

Quoi de plus logique d'évoquer sa performance en finale face aux Pays-Bas orphelin de Johan Cruyff, resté à Barcelone. Homme du match, Kempes a ouvert le score dans le premier acte, à la suite d'un ballon transmis à l'entrée de la surface depuis la gauche par Luque, pressé par un défenseur adverse. Positionné en neuf et demi, «El Matador» récupère et, d'un coup d'accélération, pénètre dans l'axe de la défense et s'en va battre Jongbloed, qui a tenté de sortir de son but (1-0, 38e). Si le rentrant Nanninga égalise de la tête dans les dix dernières minutes (1-1, 82e) pour les Pays-Bas, envoyant les deux équipes en prolongation, l'Argentine ne panique pas et reprend l'avantage en fin de première période. Le Valencian reçoit le ballon, accélère, dribble deux défenseurs néerlandais et, après avoir buté sur Jongbloed, reprend le ballon et le glisse dans le but vide, in extremis avant l'intervention de la défense (2-1, 105e). Le coup de grâce est donné par l'ailier Bertoni à cinq minutes de la fin du match (3-1, 115e), qui fait exploser l'Estadio Monumental de Buenos Aires. Un match XXL de Kempes, dans la lignée de ce qu'il avait proposé lors de la seconde phase.

Le chiffre : 6

Comme le nombre de buts marqués par la star argentine en 1978. Trois doublés, tous inscrits lorsque la tâche s'annonçait plus corsée pour l'Albiceleste dans ce Mondial. Ironie du sort, ils ont tous été marqués lors d'une seule et même édition, alors que Kempes a disputé au total trois Coupes du monde.

L'archive de FF

En 1994, lors de son traditionnel récapitulatif des joueurs qui ont marqué l'histoire Coupe du monde, FF écrit ceci sur le buteur argentin : «Rarement depuis Pelé un homme a exercé une influence aussi souveraine sur toute une compétition et plus particulièrement sur le dernier match.» Voilà comment Robert Vergne, l'un des envoyés spéciaux de FF à Buenos Aires, résumait le sentiment général, à propos de Mario Kempes et après le triomphe argentin de 1978. «Kempes fut l'homme du tournoi, comme en demi-finales par exemple, lorsqu'il marque les deux buts qui éliminent la Pologne (2-0). Et Kempes fut l'homme de la finale, dans son style caractéristique, inoubliable : appelant le ballon, s'infiltrant, résistant aux charges adverses, restant debout et venant battre le gardien du gauche. L'attaquant valencian le fit trois fois devant la Hollande, le première pour égaliser, la seconde pour prendre l'avantage en prolongation et la troisième pour offrir le 3-1 libérateur à Bertoni. Six buts en sept matches : Mario pourrait bien rester muet, au Mundial espagnol, quatre ans plus tard, comme il l'avait été en 1974 en RFA, ça n'avait aucune importance. Il avait été présent et éblouissant au vrai grand rendez-vous de sa carrière».

Joffrey Pointlane