Gianni Infantino préside la FIFA depuis le 26 février 2016. (A. Mounic/L'Équipe)
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Markus Mohler: « L'enquête sur Gianni Infantino doit être ouverte »

Ex-procureur, l'expert en droit pénal suisse Markus Mohler estime que la plainte récemment déposée contre Gianni Infantino doit faire l'objet d'une enquête judiciaire, à la suite des rencontres suspectes du patron de la FIFA avec le procureur général Michael Lauber.

La plainte anonyme déposée le 12 mai contre Gianni Infantino, le président de la FIFA, auprès du parquet régional de Berne-Mittelland, a été qualifiée de « farce » par l'instance mondiale. Cette plainte a pris appui sur un entretien donné au quotidien suisse Aargauer Zeitung, le même jour, par l'expert en droit pénal Markus Mohler, ex-procureur et ancien commandant de police à Bâle, où il évoquait notamment les réunions secrètes entre Gianni Infantino et le procureur général de la Confédération Michael Lauber, qui ont valu au chef du parquet suisse une sanction disciplinaire (réduction de salaire) infligée par son Autorité de surveillance (Lauber a fait appel de cette sanction devant le Tribunal administratif fédéral). La position de Michael Lauber est fragilisée : le haut magistrat doit être entendu mercredi 20 mai par la commission judiciaire du Parlement ; il est sous la menace d'une procédure de destitution.
Dans son précédent entretien, Markus Mohler évoquait de « fortes présomptions » concernant des « infractions d'incitation à l'abus de pouvoir, de violation du secret professionnel et de favoritisme » de la part d'Infantino. Et c'est sur ces trois motifs que le patron de la FIFA est visé par cette plainte au pénal. Sollicité par L'Équipe, Markus Mohler a répondu ce samedi, par écrit, à nos questions.
« Êtes-vous surpris qu'une plainte ait été déposée contre Gianni Infantino, le 12 mai, le jour même où vous le mettiez en cause dans un entretien avec un quotidien suisse, au sujet de ses trois rencontres secrètes (en 2016 et 2017) avec Michael Lauber ?
L'enquête (sur Gianni Infantino) doit être ouverte d'office, conformément au code de procédure pénale.
Selon vous, qui est l'auteur de cette plainte anonyme ?
Je ne le - ou la - connais pas.
Comment jugez-vous la réponse de la FIFA, qui a dénoncé une « farce » au sujet de cette plainte ?
Chacun est libre d'exprimer son opinion.
La FIFA explique également que « rencontrer des procureurs est une procédure standard, et pas un crime ». Comprenez-vous cette ligne de défense ?
Le jugement du Tribunal pénal fédéral (TPF) a clairement dit que le comportement du procureur fédéral (Michael Lauber) était illégal (1). La raison de son comportement est une autre question légale touchant les activités de M. Infantino.
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Quels sont les motifs précis pouvant justifier, selon vous, l'ouverture d'une procédure concernant le président de la FIFA ?
Je vous cite l'article 299, alinéa 2, du code de procédure pénale : « Lorsque des soupçons laissent présumer qu'une infraction a été commise, des investigations sont effectuées... » En l'occurrence, le soupçon est bien évident.
Le rapport disciplinaire de l'autorité de surveillance du parquet suisse (AS-MPC) est-il aussi une base suffisante, selon vous, pour justifier l'ouverture d'une procédure concernant Gianni Infantino ?
Le rapport de l'AS-MPC se borne à la mention des activités et omissions du procureur général de la Confédération, pas celles de M. Infantino.
En rencontrant secrètement à plusieurs reprises des procureurs, Gianni Infantino a-t-il violé le code d'éthique de la FIFA ?
C'est une question à laquelle la FIFA doit répondre.
« J'ai l'impression que la justice pénale a failli »
Estimez-vous que Gianni Infantino, comme président de la Fédération internationale, dont le siège est en Suisse (à Zurich), bénéficie de protections judiciaires dans son pays ?
Pour le moment, il est difficile de donner une réponse définitive, mais la situation est délicate à ce point de vue.
Y a-t-il une faillite de la justice suisse dans le traitement des affaires liées au « FIFAgate » ?
Dans le cas présent, j'ai malheureusement l'impression que la justice pénale gérée en première instance par le Ministère public de la Confédération (MPC, parquet) a failli.
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Le procureur général Michael Lauber, qui est menacé par une procédure de destitution parlementaire (2), doit-il démissionner ?
Franchement, oui. Il est non seulement paralysé quant à sa récusation prononcée par le Tribunal pénal fédéral, mais aussi longtemps qu'il s'accroche à sa fonction, la confiance des autorités pénales d'autres pays, relative à la légalité des procédures, reste entièrement rompue. Et cela gêne l'entraide internationale en matière pénale, qui est indispensable. Cette situation est inadmissible. »
(1) En charge des affaires liées au « FIFAgate » depuis 2015, Michael Lauber a été récusé par la Cour des plaintes du TPF en juin 2019.
(2) Contacté précédemment au sujet de l'audition de Michael Lauber par la commission judiciaire, le MPC nous a fait savoir que le procureur général « se [tenait] évidemment à la disposition de la commission judiciaire pour de plus amples informations ».
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