boutaib (khalid) larbi (mohamed) (PENNANT FRANCK/L'Equipe)

Maroc : Khalid Boutaïb (GFC Ajaccio), une rage de Lion

Convoqué pour la première fois de sa carrière en équipe nationale du Maroc, Khalid Boutaïb s'apprête à goûter à 28 ans aux plaisirs de la sélection chez les Lions de l'Atlas. Un «petit rêve» pour cet attaquant qui a su faire preuve de patience et de persévérance pour évoluer au plus haut niveau.

«S'il existe un destin, un parcours tout tracé depuis notre naissance, il se tient dans notre nature profonde et notre caractère.» Cette thèse décrite par le philosophe allemand Friedrich Nietzsche pourrait parfaitement illustrer la carrière de Khalid Boutaïb. Encore en National il y a deux ans, le buteur du GFC Ajaccio aurait en effet pu ne jamais aller voir plus loin que la troisième division. Après une première occasion manquée de découvrir la Ligue 2 avec Istres -qu’il avait rejoint à l’été 2012 dans la foulée d’une prometteuse saison à Uzès-Pont-du-Gard (CFA)-, faute d’avoir gagné la confiance du staff, le sort semblait s’acharner sur lui quelques mois plus tard avec «l’affaire Luzenac». Auteur d’une magnifique épopée sous les couleurs du LAP, le natif de Bagnols-sur-Cèze avait alors gagné sur le terrain le droit de découvrir la L2. Mais en septembre 2014, le club ariégeois se faisait recaler par les instances en raison notamment d'un stade non conforme.

Un dénouement cruel qui aurait définitivement pu mettre fin à ses espoirs de jouer chez les pros. Mais le GFCA, fraîchement promu, saisissait au vol la bonne opportunité en le recrutant. «Au final, j’ai fait tous les niveaux, constate amusé le numéro 9 ajaccien. J’ai commencé en DH avec mon club formateur (FC Bagols/Pont en 2006-2007), puis j’ai fait trois ans en CFA 2 avec Uzès (2007-2010), un an en CFA (2011-2012) après un bref retour à Bagnols (2010-2011), deux ans de National (Uzès en 2012-2013 puis Luzenac en 2013-2014), un an de Ligue 2 avec le GFC Ajaccio (2014-2015), un an de Ligue 1 cette année et je finis par l’équipe nationale ! Je n’ai pas grillé d’échelon, j’ai tout fait étape par étape et cela a payé.»

En dix ans, il a joué à tous les niveaux, de la DH à la L1

«Je connais la galère donc je n'ai pas envie d'y retourner»

Sa progression et sa capacité d’adaptation ont donc convaincu Hervé Renard, intronisé mi-février à la tête de la sélection marocaine, de l’intégrer à sa première liste. «C’est un truc de fou, un petit rêve qu’il y avait dans un coin de ma tête. Cela aurait pu s’avérer être inaccessible quand on voit mon parcours, estime Boutaïb. Limite, on n’y croit pas. Même juste figurer dans la présélection était déjà quelque chose de magnifique pour moi, je n’arrive pas encore à bien réaliser quand je vois mon nom au milieu de tous ces joueurs prestigieux. J’ai toujours voulu représenter le Maroc. Je savais qu’en évoluant en L1 cette saison, j’avais plus de chances d’y être qu’auparavant si je parvenais à enchainer les bonnes prestations.»

Avec 9 buts inscrits toutes compétitions confondues (5 en L1 + 4 en Coupe de France) pour sa première expérience au sein de l’élite, l’attaquant du GFCA prouve que sa trajectoire atypique n’est pas un frein mais une force pour assouvir ses ambitions. Malgré «quelques inconvénients», le Gardois de 28 ans s’est ainsi construit et façonné au sein du monde amateur. «J’ai peut-être moins de facultés de déplacements ou de finition, ces choses que l’on travaille beaucoup dans le centres de formation, observe-t-il. Mais d’un autre côté, j’ai cette rage, cette envie de montrer que je ne suis pas là par hasard. Je connais la galère donc je n’ai pas envie d’y retourner on va dire. Je me donne à fond et c’est cela qui peut surprendre certains joueurs, c’est véritablement mon point fort.»
 
La double confrontation face au Cap-Vert (26 et 29 mars) dans le cadre des qualifications à la CAN 2017 sera donc l’occasion pour lui de mettre en avant ses aptitudes au niveau international. Et démontrer au sélectionneur qu’il ne s’est pas trompé en faisant appel à lui : «C’est un plaisir d’être à ce rassemblement mais si je n’arrive plus à y être par la suite, ce sera comme un mini échec, il y aura un goût d’inachevé. Le plus dur commence maintenant». Car rien n’est acquis sans effort ni détermination dans la vie. Son itinéraire en est la meilleure illustration. «Chacun son destin, il ne faut pas lâcher, résume-t-il. Ceci dit, c’est vrai que je n’ai pas pris le chemin le plus facile !» Pas le plus facile à coup sûr, mais certainement l’un des plus admirables.

Khalid Boutaïb avec Luzenac, en 2013-2014. (L'Equipe)

«J'ai cette rage, cette envie de montrer que je ne suis pas là par hasard»

Clément Lacord