N2 - Fréjus Saint-Raphaël

Marseille, Roumanie, Bulgarie, D3 anglaise, Chypre, Elliot Grandin, aujourd'hui à Fréjus en N2, raconte son périple : «Je veux montrer que je suis toujours là»

Trente ans et déjà quasiment treize ans de carrière : Elliot Grandin a vu du pays depuis qu'il a quitté l'OM en 2009. Le natif de Caen, qui vient de revenir en France, à Fréjus Saint-Raphaël, raconte un tour d'Europe qui n'a pas toujours été rose. (crédit photo : Patricia Lafabrie / Etoile FC)

Ses débuts : «J'étais vraiment fier de signer à l'OM»

«Tout est allé très vite. J'ai connu le centre de formation de Caen, avant de percer très jeune. Quand Marseille s'est présenté, je n'ai pas pu refuser. J'avais toujours rêvé d'évoluer dans ce club. L'OM, ce n'était pas n'importe quoi, j'étais vraiment fier d'y signer. J'y suis arrivé à 19 ans, il y avait de très bons joueurs, la plupart était des internationaux. J'étais un peu comme le petit du vestiaire. Avec un coach extraordinaire (Eric Gerets). J'ai eu l'occasion de jouer, avec notamment un match de Ligue des champions où je rentre à la place de Mamadou Niang face au PSV Eindhoven. C'était court (NDLR : quatre minutes de jeu, victoire 3-0), mais intense. Certes, ça aurait pu être mieux à Marseille (16 matches de L1, deux buts), mais je reste satisfait de mon passage là-bas. Les fans de l'OM ont été très gentils avec moi, et le sont encore aujourd'hui. Je vais à Marseille régulièrement et je suis super bien accueilli à chaque fois.»
Grandin sous le maillot de l'OM. (S.Boue/L'Equipe)
Grandin sous le maillot de l'OM. (S.Boue/L'Equipe)

Départ de la France : «L'Angleterre, c'est indescriptible»

«J'ai vagabondé. Je suis parti au CSKA Sofia, le plus grand club de Bulgarie. J'ai fait le choix d'aller là-bas pour jouer, être sur les terrains tous les week-ends. À la clé, j'ai été récompensé puisque je suis transféré en Angleterre six mois plus tard. J'avais d'ailleurs une offre du Lokomotiv Moscou au même moment. La Bulgarie, c'est un Championnat coupé en deux, avec six bonnes équipes et six moins performantes. Les derbies entre le CSKA et le Levski ont été très chauds ! Ensuite, direction l'Angleterre. J'avais envie de découvrir ce pays. J'y ai passé quatre ans extraordinaires. Au niveau du foot, c'est le top, avec une vraie ferveur chez les supporters, dans les stades. J'ai eu la chance de jouer en Premier League et en Championship. J'en garde un très, très bon souvenir. Vous évoluez face à certaines des meilleures équipes dans le meilleur Championnat au monde. C'est l'Angleterre, c'est indescriptible ! Je me rappelle par exemple d'un match à Liverpool : une ambiance chaude où on réussit à gagner 2-1 (octobre 2010).»

L'échec en Roumanie : «Le grand regret de ma carrière»

«Je vais là-bas après Blackpool. Je ne vous le cache pas : le président avait de gros moyens financiers. Sur le papier, c'était intéressant puisque le club jouait la Ligue Europa. D'ailleurs, à mes débuts, on élimine Lyon (l'Astra Giurgiu est devenu l'Astra Ploiesti), je marque lors de mon premier match de Championnat. Mais finalement, avoir signé là-bas est le grand regret de ma carrière. Je n'ai pas du tout aimé la mentalité que j'ai connue là-bas, ce n'était pas professionnel. Il y avait une très mauvaise gestion, avec les salaires pas toujours payés. On changeait tout le temps de centre d'entraînement parce que le président ne payait pas. Je me souviens par exemple : un jour, on voit débouler plein de gars pour récupérer toutes les voitures de location des joueurs parce qu'elles n'étaient pas réglées depuis six mois. C'est une anecdote parmi tant d'autres. Dans le vestiaire, on parlait davantage de non paiements que de football. Il n'y avait rien de professionnel. Je n'ai pas apprécié. Cela a été une erreur d'y aller. Depuis ça, tout s'est compliqué.»

Les ennuis continuent : «En D3 anglaise par dépit»

«Je suis parti en procédure contre le club, et cela m'a empêché de signer ailleurs pendant un an et demi. Cela a eu un effet boule de neige, le début d'un engrenage. Derrière, quand une équipe venait aux renseignements, elle vous demandait pourquoi vous ne jouiez pas avant. L'Astra, c'est le tournant de ma carrière. Début 2016, je suis allé à Shrewbury Town, en D3 anglaise. Un choix par dépit. Le directeur sportif, que j'avais connu à Blackpool, m'avait appelé, il connaissait ma situation. Il me disait que le coach en place n'avait pas forcément de besoins à mon poste, mais qu'il m'accueillait, pour rendre service. Deux jours après, il partait à Burnley... (NDLR : et Grandin n'a pas joué un match de Championnat.)»

Chypre, avant une relance en France : «J'étais en contact avec deux-trois clubs de Ligue 2»

«J'y vais pour avoir du temps de jeu et me relancer. Je suis tombé sur un coach espagnol, ancien adjoint à Villarreal. Il m'a fait confiance. Mais, comme en Roumanie, il y avait des retards de paiements. Et j'ai donc fait le choix de rentrer même si, sportivement, ça s'est bien passé. D'ailleurs, j'ai reçu deux offres de Chypre récemment. Ça faisait pas mal de temps que j'étais parti à l'étranger, j'étais en contact avec deux-trois clubs de Ligue 2 cet hiver. Cela a traîné, ils étaient hésitants. Le coach de Fréjus m'a contacté et m'a expliqué les ambitions du président. J'ai eu aussi des propositions à l'étranger, mais ma priorité était vraiment de revenir en France, j'avais à cœur de prouver dans mon pays. Et puis au niveau de ma famille, pour plus de stabilité, c'était également bien de revenir. Fréjus a des ambitions, cherche à monter. Ce sont donc cinq mois à fond qui m'attendent pour tenter d'accéder au National. Personnellement, je veux montrer que je suis toujours là.»

Le clash avec Dumas en 2008... et ses conséquences* : «Des bâtons dans les roues»

«Je me rends compte aujourd'hui que la France ne me connaît pas vraiment, et qu'on me juge par rapport à une déclaration de 2008. Je n'ai jamais eu l'occasion d'en reparler. Cela m'a mis des bâtons dans les roues. À l'époque, à 20 ans, je ne pensais qu'au football, et j'avais des conseillers qui m'ont dit quoi répondre. J'ai fait confiance à ces personnes. Mais aujourd'hui, avec le recul, je n'aurais jamais répondu ça. Je n'avais pas à entrer dans ce jeu-là. Caen, j'y suis attaché, c'est mon club formateur. Et, du coup, sans ça, j'aurais pu revenir en France bien avant, en Ligue 1, Ligue 2, mais les gens avaient des a priori. On ne me l'a pas dit directement, mais je l'ai ressenti. Pourtant, on n'a jamais parlé de problèmes sportifs me concernant... Mais les gens sont restés bloqués sur cette déclaration, en me jugeant.»

*À son départ de Caen pour Marseille, Franck Dumas, alors entraîneur du SMC, lançait : «C'est un jeune plein de qualité qui a du mal à comprendre ce qu'on lui dit. Cela fait deux ans qu'il m'emmerde. À chaque fois qu'il doit jouer, il est en boîte la veille.» Une attaque cinglante à laquelle le jeune Grandin avait répondu : «Dumas est un faible. Il faut être faible pour parler comme ça dans le dos des gens. Je n'ai pas de leçon à recevoir de quelqu'un qui a perdu tout son argent dans les casinos.»

Son positionnement : «Numéro 8, en relayeur»

«Ça fait plusieurs années que j'évolue au poste de numéro 8, en relayeur. Depuis Blackpool, et Ian Holloway, mon entraîneur, qui m'a replacé à ce poste. Ça aussi, ça me fait rire, parce que je lis dans des articles "Grandin, l'attaquant". Alors que non. À Fréjus, lors de mon premier match, j'ai évolué sur un côté. On verra ensuite.»
Timothé Crépin
Réagissez à cet article
500 caractères max
ADS :