(L'Equipe)

Meghni : «Je ne me suis jamais pris pour Zidane»

Champion du monde U17 avec la France en 2001, Mourad Meghni était programmé pour devenir un cador, à l'image de ZZ. Freiné par les blessures et par des choix de carrière hasardeux, l'ex-prodige (31 ans) joue désormais au futsal en banlieue parisienne.

Banlieue parisienne. Rendez-vous a été pris à Champs-sur-Marne en début de soirée. Devant son appartement, non loin de celui où il a grandi, chez ses parents. Comme un retour aux sources, Mourad Meghni prend le temps de nous montrer là où il a tâté le ballon pour la première fois dans son quartier. L’entretien se déroule finalement dans un petit restaurant asiatique de Noisy-le-Grand. L’occasion, pour celui qui a quitté le haut niveau il y a deux ans et qui ne s’adonne plus qu’au futsal, de raconter sa drôle de carrière. 

Ses débuts : «À Bologne, on ne parlait que de De Rossi et moi»

«Selon moi, ce n’était pas une erreur de partir à dix-sept ans à l’étranger. J'ai choisi Bologne (2002) car cela me semblait être le meilleur choix pour un jeune. On m'a alors collé deux étiquettes : j’étais celui qui étais parti trop tôt et qui y étais allé pour l’argent. Après mes trois ans à Clairefontaine, je devais à l’origine signer à Cannes. Mais le club est descendu et n’était du coup pas certain de garder son centre de formation. Comme je ne pouvais plus jouer ailleurs en France car il y avait une clause de non-sollicitation dans mon contrat, j’ai donc été obligé de partir.

À Bologne, cela s'est bien passé, j'ai vite joué, et je ne me suis jamais aussi bien senti que dans cette ville et ce club. À cette époque-là, dans les catégories jeunes, on ne parlait que de De Rossi et moi. Là-bas, on ne me comparait pas inlassablement à Zidane. C'est vrai que c'est chiant d'avoir toujours son nom associé à celui d'un autre. C’est parti d'un engouement médiatique. En me prenant pour Zidane, les gens attendaient beaucoup plus de moi. Sauf que moi je ne me suis jamais pris pour Zidane. Mon idole, c'était plutôt Rafik Saïfi dont je regardais les gestes en boucle. J’avais récupéré la cassette VHS en Algérie grâce à mon oncle.»

Ses regrets : «J'aurais dû travailler un peu plus»

«Je pense qu'il y a un moment où j'aurais dû travailler un peu plus. Quand j'étais jeune à Bologne, j'arrivais à faire la différence. J'avais l'impression que ça suffisait. Je me suis peut-être un peu trop reposé sur mon talent. J'aurais dû travailler en termes de vitesse, c'est ce qui me manquait le plus. Après Bologne, pour me relancer, je vais à Sochaux (2005-06) sur les conseils de Domenech que j'ai eu en Espoirs. Mais finalement ça ne se passe pas bien. J'arrive avec un statut de futur "grand" alors que le club est dans une phase de transition. Je reviens à Bologne où je fais une bonne saison, et derrière je signe quatre ans à la Lazio (2007-11). De toute ma carrière, c'est mon plus gros club. Mais je pense que j'aurais pu avoir un autre parcours en Italie. Si j'ai un regret, c'est de ne pas avoir travaillé avec un agent italien. J'étais très courtisé mais je suis resté avec mon représentant français. Il y avait une forme de naïveté. Je me disais que si un club me voulait, il viendrait me chercher. Sauf que dans le football, ce qui se passe en coulisses est décisif pour ton avenir.»

Son plus beau souvenir : «On m'a comparé à Belloumi»

«J'ai vécu une belle aventure en gagnant le Mondial 2001 des U17. On avait un bon groupe avec le sélectionneur Jean-François Jodar. Cela avait apporté de la crédibilité aux centres de formation en France. Mais ce que j'ai vécu plus tard avec l'Algérie (NDLR : il a été convoqué pour la première fois en 2009), c'est incomparable. Dès que la loi FIFA a changé, je suis venu tout de suite. Je me souviens qu'Hassen Yebda et Djamel Abdoun m'avaient appelé pour en savoir plus. Je suis le premier à avoir utilisé la loi FIFA, et je crois que cela a beaucoup plu aux Algériens. 

Mais je ne suis pas devenu algérien en 2009. Avec mon frère Said, on a regardé des dizaines de fois Algérie-Allemagne de 1982.  Et avant ma première convocation, on m'avait approché très tôt. J'avais dit oui à l'Algérie. J'avais même eu un rendez-vous avec le président de la fédération après un  Bologne-Juventus. Mais il n'est jamais venu…
 

Là-bas, dans le style, on m'a comparé à Belloumi. En France, on entend  souvent parler de Madjer, mais en Algérie, c'est surtout Belloumi. À cause des blessures, je n'ai que neuf sélections dont les deux matches contre l'Egypte qui sont parmi les plus importants de l'histoire. J'ai vécu quelque chose d'unique avec cette qualification à Khartoum contre les Egyptiens (1-0, 2009).

Vingt-quatre ans après, j'ai fait partie de l'équipe qui a qualifié à nouveau le pays pour le Mondial après avoir été caillassée au Caire. En Algérie, des mères de familles étaient venues nous accueillir après les incidents de l’aller, c'est comme si on avait touché à leur fils. Un trajet où on met vingt minutes, on a mis quatre heures et demie pour le faire. On ne s'attendait pas à tout ça, et encore aujourd'hui quand on me croise on me dit merci (ému). Par la suite, à cause de mon genou, je n’ai pas pu jouer le Mondial 2010, cela m’a fait mal.»

Son avenir : «Si je rejoue au football, c'est en Algérie»

«Cela fait deux ans que je n'ai pas de contrat. J'ai pris une licence de futsal pour le plaisir du ballon à Champs-sur-Marne. On m’a proposé des choses comme l’Australie. J’ai également eu des touches en France mais je n’ai pas envie d’aller en  L2 ou en National. Si je rejoue au football, c’est en Algérie. Mais j'ai mes genoux qui m'embêtent… Je ne sais pas réellement où j'en suis à ce niveau-là. J’ai aussi dans l’idée un jour de transmettre aux autres. Je pense déjà au fait de pouvoir entraîner. Aujourd'hui, je me suis réhabitué à la banlieue, à mes parents, et à mes amis. Je suis redevenu le Mourad d'avant le foot. J'ai gardé les valeurs de quelqu'un qui vient d'un milieu modeste. Je n'ai jamais fait de chichis malgré tout ce que j'ai vécu. Cela m’a  fait du bien de revenir dans mon quartier. C'est aussi une manière de se guérir de quelque chose. Je suis parti à treize ans, le fait de rentrer dans une vie un peu plus normale, ça me fait du bien. Je ne sais pas si j'aurais envie de repartir.» 

Nabil Djellit