aliadiere (jeremie) (A.Reau/L'Equipe)
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Mercato : Jérémie Aliadière, libre de tout contrat, «Ça fait six mois que je n'ai pas de club, et c'est vrai que ça me manque»

Libre depuis qu'il a quitté Lorient l'été dernier, Jérémie Aliadière (34 ans) vit désormais entre Paris et l'Angleterre. Tout en restant attentif à un nouveau challenge.

«Jérémie, on ne vous a plus vu sur un terrain de football depuis le mois de mai 2017. Où en êtes-vous aujourd'hui ?
Je vis entre Paris et l'Angleterre avec ma famille. Je suis parti en vacances, avant de reprendre les entraînements, bosser en attendant et en espérant une offre qui me tente.

Cette offre est-elle arrivée ?
Pour le moment non. J'ai eu pas mal de propositions et de contacts. Mais ce n'était pas ce que je recherchais.

Par exemple ?
On m'a proposé la Thaïlande, l'Australie, l'Inde. Des pays de ce genre-là. J'ai refusé en attendant quelque chose de plus intéressant pour moi et ma famille.

Entre l'été dernier et aujourd'hui, la France s'est-elle manifestée ?
Pas plus que ça. Je vais être honnête : l'été dernier, j'avais une offre d'un club de Ligue 1, que j'ai refusée. Au moment où ils sont venus, je ne savais pas trop ce que je voulais faire. Je venais de terminer la saison à Lorient, je souhaitais passer du temps avec ma femme et mes enfants que je n'avais pas beaucoup vu les semaines précédentes. Psychologiquement, vu que la saison avait été un peu compliquée à Lorient, je ne me sentais pas de repartir tout de suite. J'ai donc dit non. Et c'est vrai que si cette offre était revenue un peu plus tard, j'aurais signé dans ce club. Même chose aujourd'hui.
Aliadière, un come-back compliqué à Lorient la saison dernière. (V.Michel/L'Equipe)
Aliadière, un come-back compliqué à Lorient la saison dernière. (V.Michel/L'Equipe)

«Le fait d'être descendu en L2 avec Lorient m'a beaucoup touché (...) Ça a été très lourd à porter»

Peut-on savoir de quel club il s'agissait ?
Troyes. C'était aux alentours de la mi-juin. À ce moment, je sortais des matches de barrages joués avec Lorient, contre eux justement (NDLR : victoire de Troyes 2-1 à l'aller, 0-0 au retour). J'étais tellement dégoûté de la saison dernière. Je revenais à Lorient (NDLR : il avait porté le maillot des Merlus entre 2011 et 2014, avant d'y revenir en 2016) pour apporter, aider et maintenir le club. Le fait d'être descendu m'a beaucoup touché. Je n'étais pas prêt à aller à Troyes à ce moment. Ça a été très lourd à porter. Mon retour à Lorient avait été assez compliqué à la base.

Pourquoi ?
Tout le monde le sait, le président (Loïc Féry) et Alex Hayes (vice-président) souhaitaient mon retour pour que j'apporte mon expérience ; alors que le coach et le staff n'étaient pas forcément pour. Donc cela a été dur, mais pendant un court instant. Car dès mon arrivée, il n'y a eu aucun problème avec Sylvain Ripoll. Il m'a dit : "Moi, Jérem, je n'étais pas forcément pour ton retour. Mais maintenant que tu es là, si tu es bon et performant, moi, tu me connais, c'est celui qui est bon qui joue. À toi de prouver que tu as le niveau." Je lui avais expliqué que je revenais pour aider le club, qui était dernier du Championnat et dans une mauvaise situation. On n'a pas eu de problème. Il a ensuite été limogé. Avec Bernard Casoni, j'ai commencé à jouer un peu plus (deux matches avec Ripoll, 11 avec Casoni). Mais avec Sylvain, s'il était resté, je revenais petit à petit en forme et j'aurais sûrement joué davantage.

En fin d'exercice, vous n'avez pas été conservé par le club...
Ce n'est pas que je n'ai pas été conservé : la saison a fait mal à beaucoup de monde, le club ne s'y attendait pas trop avec l'effectif qu'on avait. Et, moi, c'est vrai que je suis rentré avec ma famille et je n'ai ensuite pas eu de contacts avec le président. Il n'y a pas eu de propositions. Mais le club était tellement dans un processus de reconstruction...

«L'Angleterre ? Je suis devenu un homme là-bas»

Vous parliez de votre domicile anglais précédemment. L'Angleterre reste un pays très important pour vous...
Énormément. J'y ai passé la plupart de ma carrière (NDLR : il est parti en 2001 pour Arsenal, à 16 ans). Je suis devenu un homme là-bas, j'y ai rencontré ma femme, mes enfants y sont nés. J'ai donc toujours un attachement, avec ma maison à Londres.

Concernant cet hiver, certaines rumeurs ont fait état ces derniers jours de contacts avec des formations de Ligue 2. Qu'en est-il ?
Il y a des gens qui me contactent, ça bouge oui. Mais je n'ai pas eu d'offre concrète pour le moment. J'espère que ça va venir. Physiquement, je me sens bien. La saison dernière, je pense avoir prouvé que j'avais encore le niveau et l'envie. Ça fait six mois que je n'ai pas de club, et c'est vrai que ça me manque. Je souhaite rejouer et apporter mon expérience.

Qu'auriez-vous envie de répondre à un recruteur, un entraîneur ou un supporter qui estiment qu'à bientôt 35 ans, il sera difficile pour vous d'apporter sur un terrain ?
Je peux le comprendre. Mais je peux aussi apporter en dehors du terrain et dans le vestiaire. Je suis davantage un joueur pour accompagner les jeunes et encadrer. Si c'est en tant que titulaire, très bien, si c'est comme remplaçant comme à Lorient la saison dernière, ça m'intéresse aussi.

«Je pense que j'avais les capacités pour faire une meilleure carrière»

Quel regard portez-vous sur votre carrière ?
Je pense que j'avais les capacités pour faire une meilleure carrière, je l'ai toujours dit. Mais à certains moments, on fait des choix en pensant que ce seront les bons. Et on se rend compte qu'en fait...

Lequel ou lesquels avez-vous en tête ?
Je me rends compte aujourd'hui que je n'aurai peut-être pas dû partir d'Arsenal pour aller à Middlesbrough (2007). J'aurai dû continuer d'essayer de gagner ma place à Arsenal.
Jérémie Aliadière, avec Julio Baptista, sous les couleurs d'Arsenal. (Simon Stacpoole/OFFSIDE/PRESSE/PRESSE SPORTS)
Jérémie Aliadière, avec Julio Baptista, sous les couleurs d'Arsenal. (Simon Stacpoole/OFFSIDE/PRESSE/PRESSE SPORTS)
«Je me suis dit : "Écoute, si après une saison comme celle-là, les grands clubs français ne viennent pas t'acheter, c'est qu'ils ne le feront jamais."»
Votre départ, assez tôt finalement, vers les Émirats en 2014, a-t-il également pu être un tournant ?
Je ne le regrette pas du tout. Partir là-bas a toujours été l'un de mes projets, car j'aime beaucoup cette région et ces pays. Je pars souvent en vacances là-bas depuis des années. J'ai donc toujours eu cette ambition d'y aller. Après, y signer aussi tôt n'était pas forcément programmé. Mais, au moment où cela s'est fait, j'étais dans une période où je venais de faire trois ans à Lorient. Dont une deuxième saison qui était sûrement la meilleure de ma carrière avec une vingtaine de buts (NDLR : 19 exactement). J'avais alors en tête de rejoindre des clubs comme Lyon ou Marseille, des équipes qui jouaient la Ligue des champions. Malheureusement, ces clubs ne sont pas venus. C'est là que mon état d'esprit a changé. Je me suis dit : "Écoute, si après une saison comme celle-là, les grands clubs français ne viennent pas t'acheter, c'est qu'ils ne le feront jamais." J'avais 29 ans. J'ai donc estimé que, en quelque sorte, mon tour était passé. Et quand l'offre du Qatar est arrivée, je n'ai pas voulu la manquer. Ça n'arrive qu'une fois dans une carrière. J'ai une opportunité pour aller jouer et gagner, financièrement, ce que je n'ai jamais gagné dans ma carrière, ou alors je reste une année de plus à Lorient, qui va m'emmener vers mes 31 ans, sans être certain que l'offre du Qatar revienne. Donc j'ai choisi d'y aller.

«S'il n'y a pas de club qui vient dans les prochaines semaines, je pense que ce sera sûrement la fin»

Préparez-vous déjà votre après-carrière ?
J'y pense, on est obligé. On se dit que s'il n'y a pas de club qui vient dans les prochaines semaines, je pense que ce sera sûrement la fin. Il faut donc que je m'y prépare.

Quelles sont vos envies pour la suite ?
Je n'ai pas vraiment envie de démarrer les diplômes pour entraîner, ça ne me branche pas énormément. Mais, avec mon expérience et avec ce que j'ai vécu, j'aimerai pouvoir aider des jeunes qui pensent peut-être partir comme moi je l'ai fait. Je pense que je peux beaucoup apporter à ce niveau. À la période où je l'ai fait, c'était beaucoup plus simple qu'aujourd'hui. Et je le referai d'ailleurs sans hésiter. Mais quand je vois tous les joueurs qui partent à Manchester City, à Chelsea, à Arsenal, et qu'on ne voit jamais... Ils signent, font deux ans avec les jeunes avant d'être prêtés. Ça, ce sont de très mauvais choix pour eux. Moi, à l'époque, j'y suis allé, je me suis directement entraîné avec les pros, j'ai signé un contrat de sept ans. C'était complètement différent. Là, je vois tellement de jeunes... Dès qu'ils font quelques matches en pros, même en deuxième division, ils sont tout de suite achetés. Mais je les comprends : ça fait rêver. Mais, ensuite, ils se perdent complètement, et c'est à ce moment que ce n'est pas facile...»
Timothé Crépin
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