Adel Taarabt a ouvert le score pour l'AC Milan. (FABIO MUZZI/AFP)

Mercato : pour Adel Taarabt (Benfica), l'Olympique de Marseille «serait le club idéal» pour se relancer

Dans une drôle d'impasse au Benfica, Adel Taarabt va quitter le club lisboète. L'ancien de l'AC Milan rêverait d'aller à l'OM. Il revient sur sa situation compliquée et sur une étiquette de joueur ingérable qui lui a trop souvent collé à la peau.

«Adel, vous n’avez joué aucun match de Championnat avec l’équipe première du Benfica pour votre première saison là-bas. Aujourd’hui, où en êtes-vous ?
J’ai repris l’entraînement ici. La situation est un peu difficile. Au début, c’était un challenge très intéressant, ils souhaitaient me recruter en vue d’un départ de Nico Gaitan. Finalement, ce dernier est resté, ce n’est que cet été qu’il est parti à l’Atlético Madrid. En plus de ça, quand je signe, Jorge Jesus est sur le banc. Un mois après, il passe chez le club rival du Sporting. Un nouvel entraîneur arrive (Rui Vitoria), je ne rentre pas dans ses plans. Je m’entraîne, je m’entraîne, et au fur et à mesure je vois qu’il ne me donne pas ma chance. Même pas lors des matches amicaux ! Mais comme je ne suis pas un joueur qu’il a choisi…

Avez-vous essayé d’en parler avec les dirigeants du club ?
Au bout d’un mois, j’en parle au président. Lui-même demande carrément aux autres joueurs pour savoir si je ne m’entraînais pas bien lors des séances. Ces derniers lui disaient qu’ils ne comprenaient pas pourquoi je n’étais pas dans le groupe. Etre à l’écart comme ça, ça m’a fait péter les plombs. Le président a ensuite organisé un rendez-vous entre le coach et moi. Je lui ai dit que je ne comprenais pas, que j’avais quand même joué au Milan, en Ligue des champions (NDLR : deux matches, avec l’AC Milan), en Angleterre pendant plus de six ans, je ne suis pas un gamin.

Taarabt (en haut, à gauche) aux côtés des Kaka, Balotelli ou Essien en Ligue des champions avec l'AC Milan. (R. Martin/L'Equipe)

«J'ai fait l'erreur de venir avec quelques kilos en trop»

Et que vous a-t-il répondu ?
Il me dit "Pour moi, Taarabt fait partie des trois meilleurs joueurs du club", mais il a aussi insisté sur ma forme physique. C’est vrai que j’étais revenu au club avec bien huit kilos de trop. Mais trois semaines après, tout était revenu à la normale. Mais l’entraîneur est arrivé avec une certaine pression, ça faisait six ans que Jesus était là, il avait remporté le Championnat, etc. Le président lui est rentré un peu dedans en expliquant que j’étais le troisième salaire du club. Du coup il est parti au clash. Il a dit que c’était son équipe, qu’il ne me voulait pas, et que c’était donc soit lui, soit moi. Il m’a mis dans le groupe pour un match de C1 (NDLR : contre Galatasaray, 2-1), Puis il a commencé à avoir de bons résultats, comme une victoire sur le terrain de l’Atlético Madrid (2-1), ça tournait bien. J’ai fait l’erreur de venir avec quelques kilos en trop. Et ici, on ne te fait pas de cadeau. Benfica, aujourd’hui, ça les fait chier de payer un salaire comme le mien.

De nombreux journaux locaux évoquaient des sorties en boîte de nuit pas forcément du goût du club…
Quand j’étais en Angleterre, le lendemain d’un match, c’était journée libre. Donc un samedi soir, au Portugal, je ne suis pas marié, je n’ai pas d’enfant, j’étais avec deux amis, on s’est dit qu’on allait sortir. Mais ç’a duré jusqu’à 1 heure du matin maxi. C’était suffisant pour qu’on soit pris en photo et pour que dès le lendemain, la presse affiche Taarabt avec sa Ferrari, etc. Le Portugal, c’est vraiment une autre mentalité. Les mecs estiment qu’on doit faire boulot, maison, boulot, maison. Mais je ne peux pas rester que chez moi ! Au club, on m’explique que tout le monde est supporter de Benfica, que je dois faire attention. Après, dès que ça me concerne, ça fait le tour du monde.
 
Vous avez donc dû vous contenter de la réserve, avec sept matches joués (un but)…
On a voulu calmer les choses, le président a vu que j’étais de bonne foi. Mais le coach a continué à ne rien vouloir savoir. Le président m’a dit ‘‘Franchement, je suis désolé, je ne sais vraiment pas ce que tu lui as fait, il ne te sent pas. Je te fais confiance, je croyais beaucoup en toi, je ne donne jamais des salaires comme le tien à Benfica à part à Luisao et à Nico Gaitan’’. Il y a encore quelques jours, il m’a dit qu’il était fier de moi, que j’étais au top au niveau du poids, que j’étais sérieux. Mais j’ai encore quatre ans de contrat ! En ce moment, je m’entraîne avec un groupe de huit joueurs dont le coach ne veut pas. Quand l’équipe première finit son entraînement, on commence le nôtre… J’ai expliqué au président que je pouvais aller dans des clubs du Golfe, en Chine, mais que je ne voulais pas ça, j’aime trop le foot pour ça. Je lui ai dit que je croyais en mon talent et que je souhaitais faire une saison pour me relancer, pourquoi pas en France.

Votre président est donc ouvert à un départ ?
Comme j’ai respecté le club, que je suis revenu en forme physiquement, il m’a promis qu’il paierait 50% de mon salaire. Il n’a jamais fait ça ! Mais franchement, je vous le dis, je n’ai jamais vécu une saison comme ça de ma vie. Je n’ai fait qu’un an au Portugal, mais j’ai l’impression d’y être déjà resté six années. Ne pas jouer, ça m’a rendu fou. Pour la première fois depuis mon départ de Lens à dix-sept ans, mes parents m’ont rejoint chez moi. Et comme j’étais suivi partout où j’allais, mon père m’a conseillé de lâcher ma maison, d’aller à l’hôtel. J’ai fait ça pendant six mois.

Désormais, vous aspirez plus que jamais à trouver un point de chute avant la fin août…
En ce moment, je constate que plusieurs joueurs se relancent en France. Le cas d’Hatem (Ben Arfa) m’a vraiment donné envie. Je ne dis pas que je vais faire la même saison que lui l’an dernier bien sûr… Faire une Ben Arfa, ce serait idéal. Rentrer en France est mon objectif numéro 1.

Si le PSG semble inaccessible, quelle serait la meilleure destination pour vous ?
Je ne veux pas absolument disputer l’Europe, je veux juste qu’un club me fasse confiance pour que je joue. On est en discussions avec plusieurs clubs.

Marseille, c’est un rêve ?
C’est la ville où j’ai grandi, où mes parents vivent. Ça serait un retour sympa à la maison, auprès de ma famille. On parlait de l’exemple d’Hatem, mais Lassana Diarra s’est également très bien relancé avec l’OM la saison dernière.
 
Dans la situation actuelle du club, Marseille serait-il vraiment un bon choix ?
Pour moi, ce serait le club idéal, celui qu’il me faut. J’aime la pression. Avec l’expérience que j’ai, je sais ce qu’un club comme l’OM peut attendre de moi. Aujourd’hui, le foot me manque vraiment. Si je reviens, ça ne sera pas pour m’amuser. Mais retrouver la France, parler aux gens en français quand tu fais tes courses dans les magasins, ça me manque. Ça fait quand même dix ans que je suis à l’étranger.

«Marseille, c'est la ville où j'ai grandi, où mes parents vivent. Ça serait un retour sympa à la maison, auprès de ma famille»

Ici avec Armand Traoré sous les couleurs des Queens Park Rangers, là où Taarabt a brillé pour la première fois. (EDDIE KEOGH/Reuters)

«Seedorf me considérait comme son fils»

Vous voulez retrouver un Championnat que vous aviez pourtant gentiment critiqué en disant : "Il n’y a que quatre gros matches à jouer" par an…
(il sourit) J’avais dit cette phrase à l’époque où j’étais encore frustré de ne pas avoir signé au PSG (en 2011). En même temps, quand tu joues en Angleterre, c’est la vérité ! Tu vas à Old Trafford, à Arsenal, à White Hart Lane, à Everton tous les week-ends… 
 
Pensez-vous encore à ce transfert avorté au PSG en 2011 ?
Je n’y pense plus. Mais en plus du PSG, il y a également eu un transfert raté au Milan à l’époque où Seedorf me voulait absolument. Malchanceux ? Pour le PSG, je devais être la première recrue des Qataris. Mais quand Leonardo m’a appelé, je sentais qu’il n’était pas chaud. Les mois suivants, à QPR, j’avais la tête dans les chaussettes. J’ai enchaîné avec Fulham, puis le Milan (en prêt), dans un club qui jouait la Ligue des champions, avec un coach qui me considérait comme son fils. Seedorf m’appelle encore aujourd’hui, il m’a même proposé de venir en Chine (NDLR : le Hollandais est l’entraîneur de Shenzhen, D2).

Ne vous sentez pas trop exigeant sur vos ambitions ?
Je n’ai que 27 ans, il suffit parfois d’une année pour retrouver ses sensations et c’est reparti. Je me sens un peu exigeant parce que j’ai des offres, notamment en Italie. Mais si j’arrive dans un club à contrecœur, juste parce que je dois changer, sans trouver quelque chose qui m’excite, ça ne va pas le faire. J’ai des offres italiennes, mais je suis numéro 10, je connais le Championnat, je vais y aller pour défendre, et je ne vais pas briller. En France, à part contre le PSG, tous les matches sont jouables. En Italie, si tu ne joues pas dans le top 5, les quinze autres équipes souffrent. Et quand t’es milieu offensif, qui aime organiser, avoir le ballon, je ne suis pas sûr de m’y épanouir. Quand tu as porté les couleurs du Milan, si tu dois repartir en Italie dans un club moins huppé, mentalement, ça fait chier. En France je n’ai encore rien découvert (NDLR : il a disputé quatre minutes en Ligue 1 avec Lens face à Sochaux en 2006), d’où mon envie d’y venir. Même si je ne ferme la porte à rien.

«Le jour où j'étais attendu, j'ai toujours répondu présent»

Vous traînez une sacrée étiquette de joueur ingérable, on parle plus souvent de votre poids, de vos sorties nocturnes, de vos retards aux entraînements. Savez-vous à quoi c’est dû ?
Je ne sais pas… Les gens reprennent tout sur moi, alors qu’ils ne connaissent pas l’homme. (il insiste) Ils ne connaissent pas l’homme ! Allez voir mes anciens entraîneurs, Martin Jol (son coach à Tottenham), Neil Warnock (QPR), Clarence Seedorf (Milan), vous allez voir, ils vont vous dire que je ne suis pas un problème, que je suis à l’heure aux entraînements, etc. Le seul truc qu’on peut me reprocher, c’est que je n’accepte pas d’être remplaçant. Oui, quand je sortais à vingt minutes de la fin, j’étais énervé. Mais je ne le fais plus ! J’ai vingt-sept ans désormais.

En voyant vos capacités dès votre jeune âge, on vous a peut-être trop attendu…
Je ne pense pas, parce que le jour où j’étais attendu, j’ai toujours répondu présent. J’ai pris des risques dans ma vie, comme aller à Tottenham à dix-sept ans, j’ai fait monter QPR en Premier League en terminant meilleur buteur et meilleur joueur. Je vais au Milan au milieu des Robinho, Kaka, tout le monde croit que je ne vais pas jouer, finalement, le premier nom sur la feuille de match, c’est le mien. Mais en fait, dès que je ne suis pas sur le terrain, les gens commencent à se poser des questions, "Qu’est-ce qu’il fait, pourquoi il n’est pas dans l’équipe". Lassana Diarra n’a pas joué pendant quinze mois, et on n’a jamais parlé de lui. Bon, de mon côté, il y a la presse marocaine qui raconte beaucoup de choses aussi. Ils ne sont pas professionnels. Il suffit que quelqu’un balance quelque chose dans un café pour que ça se retrouve dans la presse… C’est comme ça.

Vous aimeriez qu’on vous laisse un peu tranquille ?
Mais bien sûr ! Quand les gens voient quelqu’un qui a du talent sur le terrain tout va bien ; mais alors dès qu’il ne l’est plus, ils se posent des questions. Dans la rue, parfois, des gens me demandent "Pourquoi tu fais le con comme ça", alors que je ne fais rien ! Je me rends aux entraînements et je rentre à la maison, c’est tout. Etre footeux est un peu compliqué. Je n’aurais jamais pensé en faire un métier quand je jouais dans les quartiers de Marseille à cinq ans. Ce n’était que du plaisir. Et ce plaisir, je l’ai perdu sur les deux ou trois dernières années. Aujourd’hui, comme je l’ai dit à Pierre (Frelot, son agent), franchement, j’ai passé l’année la plus merdique de ma carrière, mais c’est celle où j’ai le plus appris. Ça t’ouvre les yeux. Maintenant, à moi de revenir au top.»

Timothé Crépin