Soccer Football - Africa Cup of Nations 2019 - Group B - Madagascar v Burundi - Alexandria Stadium, Alexandria, Egypt - June 27, 2019  Madagascar coach Nicolas Dupuis with coaching staff during the national anthems  REUTERS/Suhaib Salem (Reuters)
CAN 2019 - Madagascar

«Mes joueurs ont le devoir de produire du jeu» : entretien avec Nicolas Dupuis, sélectionneur de Madagascar

Madagascar réalise une CAN historique ! Pour la première participation de leur histoire, les hommes de Nicolas Dupuis se sont qualifiés pour les huitièmes de finale, glanant au passage la première place de leur groupe. Le sélectionneur s'est livré pour FF.fr.

«Le niveau de jeu affiché est exceptionnel... Comment expliquez-vous cela ?
Je me suis endormi avec pleins de belles images... Je ne veux pas faire jouer mes joueurs contre nature ! Tous les entrainements sont basés là-dessus, je leur donne carte blanche par rapport au jeu, ils ont même le devoir de produire du jeu, puisqu'on sait le faire. Le redoublement de passes et la possession doivent être notre marque de fabrique. Sur le bloc défensif, on est capable, contrairement à beaucoup d'équipes africaines, de proposer un bloc cohérent. Voilà ce qui fait un peu la différence actuellement... Il n'y a pas de secret, on est ensemble depuis un mois et on s'entraine deux fois par jour tous les jours. On a fait une dizaine de séances vidéo, des séances de briefing... Les joueurs sont très à l'écoute. J'ai cette chance là. Ils ont une grosse discipline tactique, et on essaye de corriger les erreurs techniques qu'on fait à chaque match pour en faire de moins en moins.

Il y a aussi un petit brin de réussite...
Vous savez, je me dis toujours que le travail paie... Quand on mérite, on réussit ! Les joueurs méritent et je pense que moi aussi. S'il y a une petite part de chance, ça fait aussi partie du jeu. Comme sur ce coup-franc un peu chanceux dimanche, même si on menait déjà 1-0 et qu'un match nul nous aurait suffit amplement. Seul le travail paie et c'est ce que je n'arrête pas de dire à mes joueurs.
«On sait qu'il y a un gros engouement autour de nous»
Avez-vous conscience que vous réalisez quelque chose de complètement inédit ?
Oui et non. On est dans notre train-train quotidien, et on est en cercle fermé avec le groupe, les partenaires et le ministre qui est là aussi. On ne se rend pas trop compte, mais on nous envoie des images depuis Tanarive, où c'est la folie au pays. On sait qu'il y a un gros engouement autour de nous et qu'on a des vrais supporters à Madagascar parce qu'à chaque fois qu'on y va, c'est la folie ! Mais de là à faire bouger tout un pays... Parce que là on parle de 25 millions de personnes qui sont en train de bouger au rythme de la CAN et de nos performances, c'est fantastique !

Avec quels objectifs vos joueurs sont-ils entrés dans la compétition ?
Euh... D'être ici soudés avec moi (rires), et puis de ne pas être ridicules, parce qu'on était déjà content d'être à la CAN. On avait regardé le groupe dans lequel on était, pour nous le Nigeria était intouchable et la Guinée difficilement atteignable. Mais on voulait terminer dans les meilleurs troisièmes. On a fait mieux que ça, tant mieux !
Avez-vous senti qu'il se passait quelque chose de particulier pendant la préparation ?
Au moment des matches de préparation, on a eu des résultats mitigés. Il y a eu le match contre Luxembourg (3-3), alors qu'on menait 3-1 à la 93e, et on a aussi très nettement dominé le Kenya (0-1)... Mais on a perdu suite à un penalty étonnant... Mais j'avais le sentiment que nos adversaires étaient trop confiants et qu'ils nous prenaient un peu à la légère, alors qu'on savait ce qu'on était capable de faire. Il n'y a que nous qui étions sûrs de nos forces, personne d'autre.

Comment s'organise votre groupe ? Autour des binationaux ?
Ils ne sont pas les seuls. Parce que s'il y a un meneur ou deux dans l'équipe, ce ne sont pas des binationaux. Des joueurs comme Anicet Abel ou Ibrahim Amada sont des purs malgaches et ils tirent le groupe vers le haut. J'ai une équipe de bons mecs, et je n'ai pas de vedette, c'est l'avantage. Le boute-en train c'est Pascal Razak, et le meneur de l'équipe respecté de tous, c'est Abel Anicet !

L'ambiance doit forcément être au beau fixe...
Oui, l'ambiance est bonne, idéale pour le travail. Aujourd'hui (lundi), ils ont exceptionnellement un jour de repos en famille pour la première fois depuis un mois, donc ça c'est parfait et puis demain on reprend le travail.

Avez quels objectifs reprenez-vous le travail ?
Notre CAN, elle est gagnée. On va simplement prendre du plaisir, jouer et montrer notre plus beau visage. Il faudra aller le plus loin possible évidemment parce que les joueurs le méritent mais si ça s'arrête aujourd'hui, on aura déjà gagné notre CAN.
«Le meneur de l'équipe respecté de tous, c'est Abel Anicet !»
Il y quelques mois encore, les moyens financiers posaient problème... Tout cela semble bien lointain désormais.
Depuis, l'Etat nous aide, le ministre est avec nous tout le temps, la direction générale des sports aussi ! Heureusement, parce que notre fédération ne connaît pas trop le football et on attend avec impatience les prochaines élections. Mais on est aidé par l'Etat et les partenaires privés, c'est comme ça qu'on fonctionne. Il y a quelques mois encore, il y avait très peu de moyens, il y en a un tout petit peu plus maintenant.
Enfin, le grand public vous découvre. Votre parcours est particulier, vous entrainez Madagascar et le FC Fleury 91 en même temps... Comment gérez-vous les deux ?
Je me suis toujours débrouillé. Cette année, je n'ai pas loupé un seul match avec Fleury depuis que je suis arrivé en janvier. J'arrivais parfois quarante-cinq minutes avant le match grâce à un avion spécial que Madagascar me prenait. C'est un deal, Madagascar est prioritaire, c'est inscrit sur mon contrat à Fleury, mais je suis aussi content d'être en National parce que j'ai un super président et il mérite qu'on l'aide à faire monter son club.»

Nicolas Jambou
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