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Michel Platini : l'ombre d'un doute

Mercredi en kiosques, France Football consacre huit pages sur les remous de l'Affaire Platini. Le président de l'UEFA est pour la première fois pointé du doigt pénalement pour un versement de deux millions de francs suisses.

Le scandale de la FIFA n’épargne plus personne. Il éclabousse aujourd’hui ce que le foot français a de plus sacré : Michel Platini, triple Ballon d’Or France Football et capitaine de l’équipe de France vainqueur de l’Euro 84. Pour la première fois, le nom de l’icône du football hexagonal apparaît dans une procédure pénale lancée par la justice suisse. Sepp Blatter, le président de la FIFA, et Michel Platini font aussi l’objet d’une enquête de la commission d’éthique de la FIFA qui pourrait déboucher sur une sanction lourde de conséquences. Cette double procédure pourrait fragiliser le président de l’UEFA dans sa conquête de la présidence de l’instance internationale en février 2016 et même l’obliger à y renoncer. Le libellé de la procédure pénale ouverte contre le président de la FIFA est assez lourd. Il y est question d’un versement de deux millions de francs suisses à Michel Platini. Un paiement qualifié de «déloyal et au préjudice de la FIFA, pour des travaux «prétendument» effectués entre janvier 1999 et juin 2002». Mais c’est surtout la date du paiement qui intrigue : février 2011, soit neuf ans après la fin de la mission de Platini. Il était alors le conseiller personnel de Sepp Blatter, en poste à Paris avec un bureau et deux personnes pour l’assister. Dans une lettre envoyée hier aux 209 fédérations membres, Platini a tenté de se justifier en expliquant qu’il «s’agissait d’un travail à plein temps» et que ses «fonctions étaient connues de tous». Mais il a parlé de paiements «initiaux» et d’un «solde» versé en février 2011, ce qui contredit en partie sa version initiale et ne répond pas à toutes les questions.

Pour être candidat à l’élection présidentielle de la FIFA, Michel Platini va devoir convaincre les sages de la commission électorale qu’il a toujours agi dans le strict respect du code de l’éthique notamment lors de son vote en faveur du Qatar pour accueillir la Coupe du monde 2022. L’Article 14 précise ainsi les contours du «devoir de neutralité» des membres de la FIFA «dans leurs relations avec les autorités gouvernementales, les organisations nationales et internationales, les associations et les groupements». Le 23 novembre 2010, lors d’un déjeuner à l’Elysée, Platini était l’hôte de Nicolas Sarkozy et il a eu la surprise de se retrouver en compagnie de quelques-uns des membres les plus influents de la famille royale du Qatar. Pour Theo Zwanziger, il s’agit bien d’une transgression caractérisée du code de l’éthique. L’ancien président de la fédération allemande et ex-membre du comité exécutif de la FIFA estime que le vote de Platini aurait dû être «annulé» car il le considère comme «répréhensible». Il l’a écrit dans un document de vingt-deux pages qu’il a remis au tribunal de première instance de Düsseldorf le 8 septembre. Aujourd’hui à la retraite et dégagé de toutes fonctions, ce juriste de formation avait comparé l’entrisme du Qatar dans le monde du sport «à une tumeur cancéreuse, à contre-courant de toute éthique sportive». Il fait l’objet d’une plainte de la part de la Qatar Football Association (QFA) dont il conteste le bien fondé. Avec son avocat, il a donc rédigé un mémoire de défense pour justifier ses propos et obtenir que cette plainte soit retirée. Une audience est prévue le 6 février au tribunal de Düsseldorf et Zwanziger a demandé la présence de sept témoins, dont celles de Sepp Blatter et de Michel Platini.
 
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Eric Champel