hunou (adrien) (P.Lahalle/L'Equipe)
Ligue 1 - Rennes

Milieu relayeur, force mentale et renard des surfaces : Portrait d'Adrien Hunou, le joker rennais

Soldat de Julien Stéphan, Adrien Hunou a été un artisan du beau parcours européen rennais. Prédestiné au milieu de terrain, il est devenu un attaquant redoutable.

Depuis plusieurs mois, ceux qui suivent le Stade Rennais en Ligue 1 et en Ligue Europa ont l'habitude de voir jouer Adrien Hunou en position de buteur. Mais cela n'a pas souvent été le cas. Jamais, en fait. En remplaçant Sabri Lamouchi, Julien Stéphan a installé un plan de jeu ambitieux avec deux faux numéro 9 : Adrien Hunou et Hatem Ben Arfa. Si beaucoup de monde sait que ce dernier est capable d'évoluer sur tous les fronts de l'attaque, c'est nettement moins le cas d'Adrien Hunou. Très polyvalent, il a joué un peu partout durant sa jeune carrière. Son entraîneur en U14 à l'US Torcy, Nicolas Damont, se souvient : «Je l'utilisait en soutien de l'attaquant car il aimait se balader entre les deux lignes adverses, ou bien en numéro 8.» Au fur et à mesure, il est descendu d'un cran. Steven Moreira, défenseur à Toulouse formé avec lui, confirme : «Dans les équipes de jeunes à Rennes, il jouait milieu relayeur. C'était aussi le cas en sélection, où il formait une paire avec Adrien Rabiot.»
Pendant sa formation à l'INF Clairefontaine, Adrien Hunou jouait à l'US Torcy avec Steven Moreira
Pendant sa formation à l'INF Clairefontaine, Adrien Hunou jouait à l'US Torcy avec Steven Moreira
Et pourtant, pour ceux qui l'ont connu, son succès en tant que buteur n'a rien d'étonnant. Toujours Steven Moreira : «Il est très polyvalent donc il s'adapte très vite». Mais ce n'est pas sa seule qualité. «Il a toujours eu le sens du but, poursuit-il. Il était toujours bien placé. Je le comparais souvent à Inzaghi pour rigoler car il se retrouvait toujours dans les bons endroits et il n'avait plus qu'à pousser le ballon dans les filets.» Même constat pour ses anciens coéquipiers à Clermont où il a été en prêt une saison et demi. Rémy Dugimont, désormais à Auxerre, précise : «A l'époque, il jouait milieu relayeur avec Farid Boulaya. Il y avait Gaëtan Laborde à gauche, moi à droite et Famara Diedhiou en pointe. Il était très performant car il avait une grosse activité, il se projetait très vite vers l'avant. Il courait beaucoup, était très généreux dans l'effort et proposait beaucoup d'appels en profondeur. Même s'il jouait relayeur il marquait quelques buts car il était toujours bien placé offensivement.»

Clermont, Maxwel Cornet et Football Manager

Ce passage en prêt en Clermont a été le déclic pour lui. Après avoir signé son contrat pro à Rennes le 2 décembre 2013, il peinait à se faire sa place chez les A. S'il a pourtant joué plusieurs matches en tant que titulaire lors de la saison 2013-2014, son temps le jeu a considérblement chuté la saison suivante. Philippe Montanier le laissait alors partir six mois (de décembre 2014 à la fin de saison 2016) à Clermont pour s'aguerrir. Titulaire à douze reprises, il prenait petit-à-petit confiance en lui, confiance en son jeu. Il apprenait également à compenser son physique frêle par la technique. Farid Boulaya, son binôme au milieu à l'époque, résume : «il n'aimait pas trop défendre, mais c'est un bon joueur technique qui faisait de bonnes passes. Il aime aussi casser les lignes par la passe, ou en portant le ballon avec sa vitesse. Il pouvait éliminer n'importe quel adversaire avec ses crochets !» Résultat : en une quarantaine de matches il inscrivait 11 buts et 6 passes décisives, guidant Clermont dans le top 8 de Ligue 2.
«Il pense tout avec un coup d'avance», souligne Nicolas Damont, qui a toujours admiré la force mentale d'Adrien Hunou. «Il travaillait beaucoup pour l'équipe, avec un bel état d'esprit, et surtout, il acceptait de prendre ses responsabilités, dans les bons comme dans les mauvais moments. Je me rappelle d'un match important contre Nancy. On perdait 2-1, et c'est lui qui a tiré le coup-franc. Il l'a marqué, et finalement on gagnait 5-3. Une autre fois, lors de l'avant-dernière journée de la saison, on jouait le titre contre Metz. On avait perdu le match et donc le titre notamment à cause de Maxwel Cornet qui avait été très bon, mais il avait été un des seuls à assumer les responsabilités de la défaite.» Ce caractère de gagneur s'en ressent même en-dehors des terrains. «C'est un dingue de Football Manager. Il joue tout le temps et il veut toujours gagner. Par exemple s'il prend Liverpool et qu'il se fait éliminer en Ligue des champions, il recommence jusqu'à la gagner !», sourit Steven Moreira.

La confiance comme moteur

De retour à Rennes, il a encore dû travailler pour se faire sa place. Loin d'être indiscutable sous Christian Gourcuff, il a commencé à devenir un habitué du onze avec Sabri Lamouchi. Avant donc que Julien Stéphan arrive, et l'utilise comme titulaire quasi-systématiquement, notamment en Coupe d'Europe. Au fur et à mesure, il est monté en puissance, jusqu'à exploser quand le coach lui a fait confiance. Pour Farid Boulaya, c'est tout sauf une surprise : «La confiance de l'entraîneur, c'est très important pour lui. Julien Stéphan l'a lui a donné, il a su répondre présent et saisir cette opportunité». Et puis, il faut dire que le système de Julien Stéphan correspond parfaitement à son jeu. Grâce à ses expériences au milieu de terrain, il permet de ressortir vite la balle et de relancer proprement. Une qualité précieuse pour une équipe qui aime bien jouer en contre. «Sa capacité de déplacement est une force par rapport aux autres», complète Nicolas Damont. Il suffit de regarder ses derniers buts pour valider ce constat. Contre Caen (3-1, 28e j.), il marquait un but de renard en étant à la réception d'un centre au second poteau. Et que dire de ses deux buts contre le Bétis Séville (3-3 et 3-1) en seizièmes de finale retour de la Ligue Europa ? Deux déviations de centre-tirs. Finalement, son passé de milieu fait de lui un attaquant imprévisible qui peut marquer contre n'importe qui et surtout dans n'importe quelles conditions. S'il avait été titulaire contre Arsenal (0-3) au match retour des huitièmes de finale, peut-être que le résultat aurait été différent...
Emile Gillet
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